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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 08:59

Ca y est, ce 19 novembre, après avoir jonglé une fois de plus avec les kilos,  nos bagages sont prêts et le temps est venu d’embarquer pour notre retour sur Manéa. Juste à temps. En Belgique, les arbres sont dépouillés et il commence déjà à geler. Après 23h de voyage (Petit-Dour- Bruxelles National, Bruxelles National-Francfort, Francfort-Recife, Recife-Jacaré ) nous retrouvons avec bonheur notre complice. Tout est y nickel. Pas une trace d’humidité et pourtant nous sommes proches de l’Equateur. Juste besoin de dépoussiérer. La marina y est quasi vide car certains sont déjà partis vers les Antilles ou le sud du pays et les “transatiers” ne sont pas encore arrivés. Une bonne ambiance règne entre les différents équipages cosmopolites et comme d’habitude, les différents tuyaux de voyage s’échangent. Nous avons raté de peu quelques bateaux copains (Bande à part, Iris, Roméo-Charlie ) mais, grâce à la magie d’internet, nous gardons le contact et suivons les trajets de chacun.

C ’est à la poursuite de la découverte du Brésil par les airs et la terre que nous consacrerons nos premières semaines de retour au pays des “slachs”. Tout d’abord un vol de plusieurs milliers de kilomètres vers le sud et les célèbres chutes de Foz do Igaçu et puis un voyage de 24jours vers l’Amazonie. En route donc avec les bourlingueurs!

 

 DU PAYS DE LA SAMBA AU PAYS DU TANGO.

Considération liminaire.

Ce que vous allez lire est un exercice difficile : décrire avec nos pauvres mots ce que nous avons ressenti. Mais il faut que vous soyez prévenus : en aucun cas, la réalité ne se rapproche de cette description, même un peu...

 

Notre première escapade sera donc pour le sud du pays : les chutes de Foz d’Iguaçu. Trois sites se disputent le titre de champion du monde des chutes d’eau : les Niagara Falls aux USA, les chutes du Zambèze (Victoria) en Tanzanie et celles d’Iguaçu à cheval sur le Brésil et l’Argentine. Etant dans le pays, nous avons donc l’intention d’aller les voir même si elles sont loin. Le Brésil est un pays immense. Elles se situent à 6000kms d’ici ( = distance Belgique-Cap Vert) . Le rio Iguaçu serpente sur 600kms. Il s’élargit et contourne une magnifique forêt avant de se précipiter en formidables cataractes : les 275 chutes s’étalent sur plus de 3kms de large et plongent de plus de 80m de hauteur. Nous y irons en avion. Les vols intérieurs sont très nombreux et peu chers proportionnellement aux kms parcourus car au Brésil il y a très peu de lignes de chemins de fer. Quant au bus, c’est vraiment trop long...

Nous décollons de Joao Pessoa à 2h10 et arrivons à Rio de Janeiro à 6h10  pour une escale technique. Nous ne verrons rien de cette ville où il pleut lors de l’atterrissage.  Quatre heures plus tard, nous redécollons et arrivons à Foz vers 12h. C’est une ville sans grand intérêt et nous y logeons à la périphérie, au calme, à l’auberge de jeunesse. Hé oui..

Mais ce n’est pas pour la ville que nous sommes venus ici ; les vedettes de l’endroit, ce sont les “cataratas” c’est-à-dire les chutes.

Les chutes d’Iguaçu marquent une triple frontière entre le sud du Brésil, le nord de l’Argentine et l’est du Paraguay. Ce dernier ne disposant pas sur son territoire d’un point de vue sur les chutes se rattrape en tentant d’attirer les touristes vers une zone franche où les marchandises fabriquées en extrême orient (électronique surtout) sont proposées à des prix sans concurrence...Nous n’y sommes pas allés.

A l’auberge nous prenons le bus “Alimentador” et puis nous empruntons “l’ônibus 120” jusqu’à l’entrée d’un parc immense qui a été crée autour des chutes pour accueillir les visiteurs. Derrière l’importante billetterie et les quelques boutiques de souvenirs le bus du parc dessert un circuit dont chaque arrêt offre un point de vue différent sur les cataratas. Nous-mêmes descendons à la “parada trilha” d’où part un sentier menant, le long du fleuve, vers les chutes. Sur celui-ci des coatis gourmands et opportunistes se promènent eux aussi et un cobra se chauffant au soleil sur la rambarde de la promenade créera beaucoup d’effroi (à juste titre) parmi les touristes.

 

 RETOUR AU PAYS DES “SLACHS”  *

Les premières que l’on aperçoit sont déjà importantes, mais à un détour du sentier, l’ensemble du site se dévoile d’un coup. C’est très impressionnant...Il y en a plein!!! Hautes, larges, bruyantes. La puissance qui se dégage du spectacle est effarante.

Progressant de points de vue en belvédères, nous atteignons bientôt un kiosque qui donne accès à une passerelle permettant d’aller tutoyer les chutes à mi-hauteur et de très près.

Alors là, c’est le clou du spectacle: au milieu, dessus, dessous...Nous sommes immergés dans un nuage d’embruns. Le bruit est assourdissant....

Abrupte, immense et totalement noyé dans la vapeur d’eau l’endroit s’appelle la “Garganta del Diablo” (gorge du diable) . Comme toujours, les lieux où se produisent des phénomènes naturels impressionnants ou mal expliqués, sont réputés abriter dieux ou diables.

Nous sommes au coeur du spectacle, médusés par le fracas et les embruns et par toute cette puissance qui se déchaîne autour de nous. Quelle splendeur!

L’Argentine entend bien concurrencer son grand voisin sur le plan du spectacle aquatique et dès le lendemain nous quittons donc “Foz do Iguaçu” pour “Puerto de Igazu” réputée plus pittoresque que sa voisine brésilienne.

Nous passerons donc du pays de la samba à celui du tango.

Mêmes principes d’organisation ici que du côté samba : bus, parc à billetterie et magasins de souvenirs. Nous empruntons le “Sendero Verde”, petit sentier qui s’enfonce dans la jungle et où nous aurons la chance d’apercevoir singes, varans, oiseaux, papillons et à nouveau les coatis opportunistes. Nous commencerons ensuite par 2 circuits où sentiers et passerelles à claire-voie tutoyent les chutes. D’abord,  le “Circuito Inferior” qui forme une boucle de 3kms et offre une vue des chutes en contre-plongée et nous enchaînerons par le “Circuito Superior” moins spectaculaire mais entretenant le suspense et où les eaux qui  se précipitent sont souvent irisées par de magnifiques arcs-en-ciel.  Ici les points de vue sont plus nombreux et plus proches de l’eau mais aucun n’offre la vision panoramique d’hier. Nous gardons le meilleur pour la fin et empruntons le Tren Ecologico de la Selva qui nous conduit vers la Garganta del Diablo. Nous continuons cette fois au niveau du fleuve. La passerelle part d’un point tranquille, en amont, elle  court à deux ou trois mètres de la surface. Les mouvements de l’eau contre les pilotis témoignent d’un fort courant. Pour preuve, les restes du pont précédent emporté par les crues de 1982. Un peu inquiétant! 

 RETOUR AU PAYS DES “SLACHS”  *

Petite prière donc au saint patron des ingénieurs qu’on espère brillants en calculs de résistance des matériaux car au bout de cette longue passerelle sur le fleuve ( 1130m) on surplombe la “Garganta del Diablo” (la même que du côté brésilien mais cette fois vue du dessus) et là le cours tranquille du fleuve change radicalement: 13.000 m3 d’eau par seconde se précipitent d’une hauteur de 90m en 14 chutes dans un canyon en forme de fer à cheval. Cette masse d’eau énorme qui se jette au fond du trou est absolument EPOUSTOUFLANTE de puissance, IMPRESSIONNANTE de bruit et de fureur. Un bruit de 100 locomotives (ou mille?) . Ce gouffre hurlant est presque attirant. L’appel du diable certainement... Durant toute une journée nous avons parcouru plus de 7kms, surpris et à chaque fois émerveillés de la puissance sans limite et la de beauté de la nature...

 

Chaque côté des “cataratas” a ses avantages : la partie brésilienne offre une vue plus panoramique des chutes tandis que le flanc argentin donne une vision plus rapprochée et plus intimiste. La magie opère dans un pays comme dans l’autre.

Nous visiterons aussi le parc des aves, parc ornithologique en pleine forêt tropicale et peuplé d’oiseaux colorés : toucans, aras de toutes les couleurs, nandous, ibis rouges, colibris, harpies...Nous y verrons aussi des orchidées, de superbes plantes et de magnifiques papillons aux couleurs plus vives les uns que les autres.

 

 

 RETOUR AU PAYS DES “SLACHS”  *

Le soir détente dans et auprès de la piscine de l’auberge et échange avec d’autres globe-trotters colombiens, mexicain et même un groupe de tchèques!

C’est donc avec de magnifiques images dans la tête mais surtout du bruit dans les oreilles que nous sommes rentrés à Jacaré avec pour objectif de maintenant préparer nos sacs à dos pour notre prochain périple vers l’Amazonie.

 

* "Slachs" : version belge de tongues, chaussures très utilisées au Brésil

 
 
 
Published by manéa - dans 2013-2014
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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 14:00

MOUILLAGES DANS LA « BAIA DE TODOS OS SANTOS »


Remis de nos émotions « apicoles » ( un essaim d’abeilles « nomades » avait choisi le dessous de notre bimini comme future ruche. Nous avons donc dû aller loger à l’hôtel en attendant l’intervention des pompiers le lendemain vu leur nombre ( plus de 20.000 selon les « bombeiros ») et leur dangerosité (abeilles africaines),  nous avons donc quitté Salvador da Bahia ce jeudi 28 mars pour enfin prendre le temps de découvrir sa baie. C’est une des plus grandes au monde : elle a plus de 1000km2,  compte 56 îles à la végétation luxuriante mais celles-ci ne sont pas toutes habitées.

Nous avons commencé par la plus grande (36km L/20km l) et la plus proche : Itaparica. Située à une dizaine de milles face à Salvador,  elle a conservé un caractère rural même si les riches salvadoriens y ont leur résidence secondaire. Nous avons choisi d’y mouiller à la pointe nord devant la marina et le petit village d’Itaparica. Ici, nous retrouvons d’autres voiliers rencontrés au fil de nos navigations : les français Ingrid et Philippe sur »Iris », Lisa et Sven, les suédois,sur « Randivag », les belges Jeanne et Bernard sur « Asa Branca » et d’autres avec qui nous faisons connaissance.DSC05291 C’est ainsi que nous rencontrons  Olivier et sa petite famille, et, c’est certain  le monde est vraiment petit puisqu’à notre arrivée au Brésil, à Jacaré,  c’est Didier, son père que nous avions croisé. L’intérêt de ce mouillage, outre l’atmosphère paisible et le charme désuet de cette petite cité, est la « Fonte da Bica » : source d’eau minérale aménagée en fontaine qui alimente tous les habitants. Eau délicieuse… Nous en avons d’ailleurs  profité pour faire le plein des réservoirs du bateau. Ici, aussi il y a beaucoup de grands bancs de sable. A marée basse,  il y a des trouvailles. C’est ainsi que le capitaine a ramassé des palourdes que son second a préparées. Hum….les pâtes tomatées et crémées aux palourdes : un régal ! Ici, les pêcheurs passent proposer leurs produits  aux voiliers. Cette fois c’était des langoustes. Le second a donc concocté un autre plaisir gustatif pour son capitaine : les langoustes à la crème safranée. Des taxis collectifs (Kombis) desservent toute l’île et s’arrêtent quel que soit le lieu sur un simple geste de la main. Découverte de l’île et avitaillement en sont donc facilités.

Après une semaine de vie relax, nous sommes partis avec Jeanne et Bernard, équipage d’ « Asa Branca » vers l’île de Bom Jesus dos Passos. Navigation tranquille, qui nous a fait découvrir les projets brésiliens dans cette belle baie : construction de plate-forme pétrolière…Force est de constater qu’une fois de plus l’économique ne rejoint pas l’esthétique  ni l’écologique, mais qu’il prime encore et toujours. Mouillage tranquille devant cette petite île où nous avons retrouvé Arantxa et Pantxo, l’équipage de « Bande à part » (un sangria de 7,65m), avec qui nous avions vécu de belles soirées « caïpirinniennes » à la Chapada Diamantina. Nous avons d’ailleurs remis cela un soir sur «  Manéa ». DSC05361C’est une île hors du temps où la gentillesse des habitants est sans égale. Elle est habitée essentiellement par des pêcheurs qui naviguent sur d’élégants bateaux traditionnels : les » saveiros* ».

Après 4 jours de découverte et de vie paisible, nous avons levé l’ancre et quitté la Baia de Todos os Santos pour remonter le fleuve Paraguaçu sur 12 milles en direction de Maragogype. Le rio serpente à l’intérieur des terres à travers un paysage varié où se mêle végétation tropicale, rochers de couleur ocre et berges envahies de mangrove. Navigation qui nous a permis de découvrir un autre Brésil, épargné par le tourisme et loin de l’agitation des grandes villes. Région de petits villages qui ont gardé un caractère authentique avec une population qui vit entre passé et futur (déplacements à cheval, approvisionnement en eau par camion- citerne mais énormes paraboles sur les toits et GSM  par ex…).

Maragogype est une petite ville de 20.000 habitants, située dans le « Recôncavo », région fertile qui entoure la baie de Tous les Saints et qui a été une des plus prospères par sa production  agricole de canne à sucre et de tabac, mais aussi par son élevage. Le samedi, un important marché typique s’y tient. Les fermiers du « Recôncavo » y descendent de leurs « fazendas* » à cheval pour vendre leurs récoltes et leur bétail, chevaux, zébus, taureaux…

Nous y avons vu des étalages bariolés par les délicieux fruits du Brésil, les piments, des variétés de graines et de farines, le tout à des prix dérisoires comparé à ceux pratiqués à Salvador. Dépaysement assuré par cette scène haute en couleurs de la vie bahianaise. Le marché étant excentré et le samedi jour de congé scolaire,  des gamins proposent de ramener vos courses à l’aide de leur brouette, pour un prix modique. Ici, nous avons rencontré des gamins heureux de vivre, bien alimentés et allant à l’école. Le transport scolaire se fait d’ailleurs via des navettes maritimes. Autre curiosité ou particularité, ici ce n’est pas le chien qui est promené mais le canari avec sa cage.

 Nos achats effectués et ramenés au bateau, nous avons repris la direction du centre-ville d’où nous sommes partis en bus vers Sao Felix et Cachoiera. La route serpente à travers un paysage de collines dont certaines ont été largement déboisées au profit des cultures et de l’élevage et traverse des petits villages hors du temps. Ces deux villes situées sur les rives du Paraguaçu ( rive droite Sao Felix et à gauche Cachoiera) sont reliées par un vieux pont métallique à la Gustave Eiffel, dont la particularité est qu’il est aménagé à la fois pour le train (voie ferrée) et pour les piétons, chevaux, vélos, motos, voitures…DSC05397Lorsqu’un train se présente, la circulation routière s’arrête de part et d’autre du pont et la route redevient voie  ferrée pour laisser place au convoi de chemin de fer. Curieux mais astucieux ! Ces villes à l’architecture coloniale parfois décrépite, si pas en ruine, témoignent du riche passé  de la région. Nous nous sommes laissés prendre au charme de leurs ruelles bordées de maisons aux couleurs pastels et d’églises aux façades délabrées. Ici règne une atmosphère indolente  et, comme à Maragogype et dans les îles visitées dans la baie, nous avons enfin pu regoûter à la douceur de vivre brésilienne, retrouvé un peuple heureux de vivre même s’ il n’est pas riche.        

 La poterie est aussi une tradition  régionale. Dimanche donc, nous reprenons le bus mais cette fois nous irons moins loin, nous nous arrêterons à Coqueiros. Village aussi hors du temps, au bord du fleuve, où les fermiers descendent à cheval passer leur jour de congé. Nous nous croyons en plein western. Ambiance assurée !DSC05383 Nous voulons y rencontrer Dona Cadu, une potière connue et reconnue. Passant devant une habitation, nous voyons une vieille dame couchée à même le sol, porte ouverte. Nous passons outre et pourtant c’était chez elle. Nous n’en croyons pas nos yeux lorsqu’elle nous invite à entrer. Son habitation  est indescriptible. Apparemment , au Brésil, la production artistique ne nourrit pas son homme ou sa femme… Contrainte ou consentante,  elle semble satisfaite de son sort, vivre de ses poteries achetées par de grands restaurants de Salvador, Rio et Brasilia par ex, pour un prix qui nous semble dérisoire (4 € pour un grand plat à moqueca*). Cette dame dont c’est l’anniversaire ce dimanche (93 ans) est pétillante, respire la joie de vivre et la malice. Auprès d’elle nous avons vécu un moment exceptionnel et une leçon de vie.                                        

 Retour en bus et dernières caïpirinha avec nos cop’s d’ »Asa Branca » car la durée de leur séjour au Brésil touche à sa fin et il est temps pour eux de songer à « hiverner » le bateau avant leur retour en Belgique fin avril.

Lundi, nous redescendons donc le rio Paraguaçu et c’est sous un grain que nous mouillons devant Itaparica. Retrouvailles avec des bateaux copains et les habituelles occupations : faire de l’eau, l’avitaillement, la lessive et les 1000 et 1 bricolages ou travaux indispensables pour garder Manéa en pleine forme….et les jours filent plus vite les uns que les autres !

Lexique

Fazenda      :ferme

Moqueca     :plat bahianais typique. Poisson ou crevettes (camarao revenus avec ail, oignon, tomates, coriandre dans du lait de coco et de l’huile de palme (dendé)

Saveiro     : embarcation traditionnelle de Bahia. Grand voilier en bois de 15 à 20m de long, aux formes ventrues et dont le mât choisi avec beaucoup de soins est constitué d’un tronc d’arbre effilé et rectiligne, cintré dans sa partie haute. Une importante grand-voile et un petit foc forment le moyen de propulsion. Pas de moteur bien sûr!

 

 

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 13:14

UNE PERLE AU PAYS DES DIAMANTS.

 

Ce jeudi 21 mars, dès 6h, avec Aranxa et Pancho (un couple de jeunes basques très sympa) nous quittons la marina, direction la gare autoroutière afin de prendre le bus vers la « Chapada Diamantina « et plus précisément Lençois , 425 kms à l’ouest de Salvador. Cette ville fut fondée en 1844 suite à la découverte de diamants dans la région. On pense qu’actuellement 8O% des diamants y sont encore enfouis dans le sol. A l’époque, de nombreux aventuriers se sont rués sur le site, improvisant des tentes sous de vastes toiles appelées lençois en portugais, d’où le nom de la ville. Du jour au lendemain, la ruée vers le diamant transforma le campement en véritable ville.DSC05169 Mais on vient surtout ici pour les possibilités de randonnée offertes par la Chapada Diamantina : région de basse montagne aux canyons parsemés de cascades d’eau pure, percée de grottes spectaculaires et au décor de plateaux tabulaires appelés « tepuys »par les indiens qui occupaient la région avant l’arrivée des Portugais. Cette région a été décrétée parc national en 1985.

Partis dès 7h, tout au long du trajet nous observons les dégâts causés par la plus grande sécheresse dans le Nordeste depuis 47 ans. Notre route est bordée de nombreuses « fazendas » (=fermes) d’élevage extensif et nous y voyons un bétail rachitique broutant la terre ou une herbe rase et jaunie. Une grande partie du cheptel est paraît-il déjà morte. Traversant une petite ville nous observons une très longue file sur la rue. En fait, nous nous rendons compte que ces gens attendent de pouvoir entrer à l’hôpital public.

A la sortie d’une autre ville, devant un quartier défavorisé, nous lisons : « programma de la luz para todos ». Le Brésil est un pays immense  devant faire face à d’énormes défis (santé, éducation, sécurité…) et le fossé entre les riches et les pauvres y demeure incommensurable. Il est d’ailleurs beaucoup plus palpable dans les grandes villes. A Salvador, nous voyons très souvent des gamins dormir dans la rue sur des cartons, coincés entre 2 poubelles à toute heure du jour ou allongés sur un muret emballés dans du plastique pour ne pas perdre les effluves de la colle ou du crack tandis que des buildings ou des habitations privées sont gardés par des vigiles  armés jusqu’aux dents. C’est d’ailleurs ainsi que nous sommes « gardés » à la marina. La présence policière est aussi impressionnante. Nous n’avons pas l’habitude de voir nos rues sillonnées par des policiers et des militaires avec la panoplie complète des armes. C’est paraît-il pour lutter contre l’insécurité.  Peut-être sommes-nous « anormaux » mais cela nous met mal à l’aise. 

Dès notre arrivée à 14h, nous sommes accueillis par Washington,  propriétaire de la pousada où nous logerons.

Dépôt des bagages, rafraîchissements et départ pour une reconnaissance de la ville. Nous sommes étonnés car tout y est fermé, non pas pour cause de sieste mais parce que les « touristes » ici sont des randonneurs et ne rentrent qu’à la nuit tombée. C’est à ce moment que Lençois s’éveille : rues étroites et pavées bordées de petites maisons coloniales sans étage et colorées, restaurants et cafés en plein air, ambiance décontractée et sécurisée. Nous apprécions beaucoup et c’est avec nos couples de jeunes basques (oui, oui,  2 car c’est ici qu’ Aranxa a retrouvé sa sœur Maïté et Pierre, le compagnon de celle-ci. Depuis 5 mois, ces derniers font le tour de l’Amérique du Sud, avec leurs sacs à dos.) que nous partagerons les deux soirées que nous vivrons à Lençois tout en sirotant de délicieuses caïpirinha.

DSC05159Vendredi départ pour une excursion classique : découverte du Rio Mucugêzinho et du Poço do Diabo  ( le saut du diable), de la Gruta da Lapa Doce (une grotte de 850m où nous admirons des milliers de stalactites et de stalagmites de différentes grosseurs et surtout couleurs résultant des eaux de ruissellement chargées de différents minéraux), de la Gruta Azul (grotte bleue) pour terminer par l’ascension du Morro do Pai Inacio (1120m) au coucher du soleil nous offrant une vue splendide sur la vallée et les plateaux. Bien qu’elle comprenne un long trajet en voiture, cette visite associe balades permettant la découverte de la flore (orchidées, plantes endémiques…) et du mode de vie rural ( plantations de café, habitations en pisé…)) et possibilités de baignade. Cette journée fut partagée avec des brésiliens sympas. DSC05155 

"Quand le dernier arbre sera coupé, quand la dernière rivière sera assèchée et le dernier poisson pêché, vous comprendrez que l'argent ne peut se manger"

 Après une nuit bien méritée, un petit déjeuner pantagruélique, nous rencontrons Puma qui sera  notre guide pour la journée. Avec lui, nous remontons le lit de la rivière, un agglomérat de galets de toutes les grosseurs et couleurs, y observant les femmes lessivant dans les bassins naturels et étalant le linge sur les rochers pour le sécher. Un plus loin nous découvrons le " Salao de Coloridas Areias "(salon des sables colorés : les roches de couleurs différentes sont très friables). Grimpant toujours, passant à gué en sautant de bloc en bloc nous atteignons le Poço Halley (bassin de baignade) où nous nous rafraîchissons les pieds et puis nous descendons par un sentier de chèvre et un chaos rocheux vers la " Cachoeira da Primavera "(cascade de printemps) et finalement nous reprenons la direction de Lençois où nous dînons pour repartir vers le "Ribeirao do Meio",  rando plus facile, dans la forêt qui nous permet d’observer différents oiseaux tous plus colorés les uns que les autres pour arriver à un bassin  dans lequel aboutissent une succession de toboggans naturels. C’est là que nous avons vu une espèce en voie de disparition : un chercheur de diamants(" garimpeiro "). Puma est un guide attentionné, aimant sa région et partageant avec passion ses connaissances sur la flore, la faune, l’histoire et la géologie,

Fatigués par nos 15 km de grimpette, nous repartons vers Salvador par le bus de nuit.

Beauté minérale et sérénité, nature encore authentiquement sauvage, gentillesse des habitants ont fait de ce séjour une réussite, contrastant avec l’impression en demi-teinte laissée par notre escale salvadorienne jusqu’à présent : bruit, voiture-reine, insécurité bref, mégapole avec tout ce que cela comporte d’aspects négatifs.

 


 

Chapada Diamantina.

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 18:42

SALVADOR DA BAHIA, ESCALE MYTHIQUE ?

DSC05074C’est donc le dimanche 10 mars que nous arrivons dans la baie de Todos os Santos et que nous nous amarrons à la marina du Terminal Nautico. Elle a pour avantage d’être au pied de la ville haute et du centre historique : le « Pelourinho* » que l’on atteint très vite grâce à l’ »Elevador Lacerda » (ascenseur modern style).                          

DSC05265C’est à Salvador que l’histoire du Brésil a commencé au XVIème siècle. Colonie fondée en 1549 par le portugais Tomé de Sousa, elle devient rapidement un centre de la culture de la canne à sucre. Le besoin de main d’œuvre et sa proximité avec les côtes africaines en font une plaque tournante de l’esclavage des africains. Troisième ville du pays par sa population (4 millions d’habitants actuellement et 1 million seulement en 1970), elle est de fait la première par son cœur. Salvador, ville la plus africaine du continent fascine par son caractère tropical et afro-brésilien. Elle a été surnommée «  la Rome noire » du Brésil….Rome pour le nombre impressionnant d’églises que compte la ville (365, une pour chaque jour de l’année dit-on…) et noire parce que Salvador est aujourd’hui une mégapole peuplée à 80% des descendants des anciens esclaves.

A peine débarqués, nous partons en reconnaissance et découvrons que nous sommes dans une cage dorée. Jour et nuit la marina est gardée par des vigiles armés jusqu’aux dents et il n’est plus question de sortir une fois la nuit tombée. Le skipper du bateau voisin l’a d’ailleurs appris à ses dépens : un couteau sur la gorge et il y a  laissé son sac et bonjour les ennuis (plus de passeport, de carte bancaire…) Il n’est pas le seul, cela arrive très régulièrement. Le quartier où nous nous sommes s’appelle «  Comércio » et on y trouve le port, les marchés couverts, de nombreux bureaux…Le jour il est sécurisé par la police mais dès la fermeture des bureaux celle-ci déploie ses forces ailleurs, là où il y a du monde. Le quartier devient alors une zone de non-droit. Comme dans d’autres pays, l’expansion trop rapide de la ville entraîne de nombreux problèmes dont l’insécurité et la violence liées à la pauvreté et les autorités n'arrivent pas suivre. En vingt ans la population a explosé et le paysage urbain et littoral s’est fortement modifié et dégradé. Les grandes artères se sont multipliées avec favelas et immeubles chics de part et d’autre. Salvador s’étale maintenant sur des dizaines de kilomètres. Si nous voulons bouger le soir, nous devons rentrer en taxi. Nous le ferons au retour d’une soirée au « Pelourinho* ».DSC05103 Nous l’avions lu mais n’imaginions pas l’effet que cela produit ! Notre chauffeur de taxi roule vite, comme tout brésilien qui se respecte, et comparé aux chauffeurs de bus ce n’est rien. Mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est que tout en surveillant les voies transversales, il brûle les feux rouges. Il ralentit mais ne s’arrête pas. Au Brésil, en ville, la nuit, on ne s’arrête pas aux carrefours, feux ou pas feux et cela est autorisé, voire conseillé. Ceci, pour éviter toute agression dès l’arrêt du véhicule. Alors nous n’osons pas imaginer ce qui se passerait si nous tombions en panne…

Après une bonne nuit, nous occupons les 5 premiers jours de notre escale à nettoyer les fonds et les équipets, à lessiver, car lors de notre voie d’eau due à notre oubli de fermeture de vanne, l’eau de mer s’était infiltrée partout ! Le côté positif est que nous avons pris de l’avance dans le nettoyage et l’inventaire de Manéa  avant notre retour en Europe.

Nous sommes frappés par le bruit permanent qui règne en ville : musique sans se soucier des décibels ni des voisins (dans le coffre ou sur le toit de leur voiture les brésiliens placent un énorme baffle, idem pour les bateaux touristiques. Même les églises diffusent le dimanche les offices à l’aide de haut-parleurs !). Ici la voiture est la nouvelle divinité, de nombreux magasins lui sont consacrés, et le conducteur n’hésiterait pas à  écraser, mais en le klaxonnant, le piéton ( les passages piétons sont rares et non respectés ),…Lors de nos déplacements nous sommes aussi déconcertés, déroutés par la présence de gamins dormant dans les rues, sur un carton, coincés entre deux poubelles à toute heure du jour ou de la nuit alors que nous sommes dans le pays qui est la cinquième puissance économique mondiale. Pays émergent. Nous avions déjà entendu parler « des enfants de la rue » mais entre le fait de le savoir et celui de le voir de ses yeux il y a une énorme différence : la réalité.  Cela nous paraît inconcevable. Parents et grands-parents, nous sommes touchés par ces gamins qui ne nous demandent pas de l’argent mais à manger. Certes en Europe il y a aussi des sans abri mais ce sont essentiellement des adultes dont l’état de précarité résulte, semble-t-il, d’un refus d’accepter certaines contraintes (conflits dans la famille, refus d’aide, refus du refuge parce que le chien ne peut y aller…) Or ici, il s’agit la plupart du temps d’enfants ayant été abandonnés dans la rue. Dans quel état de détresse des parents doivent-ils être que pour en arriver à «  oublier » un enfant de 5 ou 6 ans dans la rue ? (Petit Poucet où es-tu ?) Toutes les conséquences de ces abandons sont affolantes : perte d’identité, non-scolarité, malnutrition, santé déficiente, drogue pour oublier la faim…

Pour survivre ces « gamins » doivent chaparder souvent dans la violence et en réponse à cela la présence policière a été augmentée. Cela a un coût et peut-être pourrait-on envisager de dépenser cet argent autrement…De plus, que penser des dépenses énormes consenties pour la construction de stades de foot en prévision du mondial de foot 2014 et des JO de 2016?

Ici nous sommes loin de l’Afrique, nous sommes dans un pays qui semble moderne mais où la richesse produite ne profite qu’à une infime partie de la population…et cela nous met mal à l’aise.

Nous avons visité le « Pelourinho* », centre historique, restauré.  C’est un quartier très populaire : le musicien Gilberto Gil y est né, c’est là que se trouve la maison de Jorge Amado, le plus célèbre des écrivains bahianais. La ville a su y préserver de nombreux exemples exceptionnels d’architecture Renaissance. Les maisons polychromes aux couleurs vives souvent ornées de décorations en stuc de grande qualité, les nombreuses églises essentiellement baroques et rococo, l’animation musicale (nous avons assisté à la fin d’une des répétitions  du groupe de percussions « Oludum* ») sont une des caractéristiques de la vieille ville.

Dans notre album Picasa vous verrez quelques photos de l’église Sao Francisco qui est une des plus fastueuses églises baroques du monde : profusion d’or (800kg) et richesse de l’ornementation intérieure. Contraints de participer à sa construction les esclaves africains se sont exprimés à travers leur travail : déformation des visages des chérubins, anges sexués (castrés au 19èS !), figures féminines enceintes… Cette église dédiée à Saint François le « Poverello » est un paradoxe puisque dédiée à un saint qui prêchait le dénuement….Vous pourrez aussi observer que tous les fidèles qui assistent à l’office ne sont pas logés à la même enseigne. Certains sont des « privilégiés » et ont, comme au théâtre, des loges pour y assister.  Tout ce quartier historique est « cerné » par la présence policière afin d’y garantir la sécurité. Nous, les touristes, n’avons droit qu’aux places et rues piétonnes et au début de quelques rues transversales. Mais juste le début….Et encore ! S’il y a du monde ! Le reste est interdit ! Dangereux ! Ne pas s’y aventurer ! Ce quartier a du charme mais nous n’y sentons pas d’âme. Il est trop touristique à notre goût. De retour au bateau, nous lisons dans notre guide : « …largement restauré grâce aux fonds de l’UNESCO, ce quartier a perdu une part de son caractère ainsi qu’une partie de son ancienne population invitée à se loger ailleurs « . (Lonely Planet) Mais où ? Et à quel prix ? C’était un quartier populaire.

Pourtant, nous irons encore, en bus (!),  vers un autre coin populaire  « Ribeira » pour y voir l’église la plus populaire de Salvador : « Nosso Senhor de Bonfim »( Notre Seigneur du Bon Secours) Ce lieu de culte est connu pour 2 choses : il est d’abord un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du pays. On y vient prier pour obtenir un travail, une guérison ou pour remercier le Seigneur des miracles qu’on lui attribue.DSC05240 Il y a d’ailleurs une salle des miracles tapissée des photos de ceux qui ont obtenu quelque chose ainsi que des reproductions en cire d’organes guéris par l’intercession divine, ex-votos très kitch !!! Ensuite, il est l’exemple parfait du syncrétisme entre le catholicisme et le candomblé*. De nombreux afro-brésiliens se montrent très superstitieux et certains objets sont réputés porter chance ou malchance, notamment à Salvador, des rubans en tissu coloré qui font partie de la tradition catholique du Bonfim, porte-bonheur s’ils sont offerts. Sur les marches de l’église des offrandes sont faites aux orixas* .

Toutes ces précautions à prendre ne nous ont guère incités à visiter davantage cette ville que nous pensions mythique et avec laquelle nous nous sommes sentis en désaccord profond dans les valeurs de vie même si nous pensons que voyager ce n’est pas découvrir le monde avec nos propres valeurs inamovibles et définitives.

Lorsque l’on parle du Brésil on parle souvent de « miracle brésilien » mais nous nous demandons : pour qui est ce miracle ?

Lexique

Pelourinho : poteau sur lequel étaient attachés les esclaves condamnés à être fouettés (équivalent de notre pilori). Nom donné au vieux cœur historique de Salvador.

Oludum : groupe de percussions mondialement réputé qui combine des rythmes africains avec un son brésilien très moderne.

capoeira : voir définition  http://fr.wikipedia.org/wiki/Capoeira

 

Candomblé : culte importé d’Afrique qui se déroule en langue Yoruba (tribu du Niger) sous la forme d’une danse en l’honneur des dieux ou « orixas ».

Orixa : chacune a sa  personnalité et son histoire. Masculin ou féminin, chacun(e) peut changer de sexe. Le candomblé est donc beaucoup plus tolérant envers l’homosexualité et la bisexualité que les autres religions. A l’époque de l’esclavage, craignant de voir ces pratiques renforcer leur identité, les colons interdisaient aux esclaves de pratiquer religion, danses et  musique. Afin de contourner ces interdictions, ces derniers ont donné des noms et une apparence chrétienne à leurs divinités  africaines et ils ont ainsi pu vénérer leurs dieux sous les traits d’un saint.        

 Exemples : Iémanja est la déesse de la mer et revêt souvent l’apparence de la vierge Marie. Fleurs, parfums, bijoux….sont alors jetés à la mer pour satisfaire la mère des eaux et lui demander aide et protection. Xango, dieu du tonnerre se retrouve transposé en saint Georges terrassant le dragon (oui, oui, les montois !).

 

Toute la subtilité et l’ambivalence du style brésilien sont ici : le dimanche matin, à la messe, tout le monde est catholique mais le lundi soir ou n’importe quel autre soir de la semaine, les mêmes iront au « terreiro de candomblé» se laisser posséder par les dieux africains ou leur sacrifier un animal avec la même ferveur qu’au culte dominical. A Salvador, où le candomblé est très présent dans la vie sociale, toutes les fêtes catholiques sont marquées en parallèle ou simultanément par de grandes manifestations du candomblé. 

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/SalvadorEtLaBaie

 


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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 17:59


L’immensité et la diversité du Brésil.


Grand comme les Etats Unis sans l’Alaska (mais sans doute avec Hawaï), comme l’Europe sans la Russie (avec la Réunion ?), le Brésil est une fédération d’états (26) qui offre une grande diversité de climats, de paysages mais aussi de population et 7700km de côtes !!! 65% de la population est concentrée dans les 6 grandes villes du pays : Sao Paulo, Belo Horizonte, Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, Recife et Fortaleza…si bien que la majorité de la population vit dans des villes tentaculaires avec tous leurs avantages et inconvénients alors que d’autres vivent au milieu de nulle part.

Nous avions choisi d’arriver dans l’état de Bahia, à Salvador, dans la baie de « Todos los Santos ». Les explorateurs portugais comme les espagnols avaient coutume de donner aux territoires qu’ils découvraient le nom du saint du jour de la découverte. Cette baie ayant été découverte le 1er novembre 1501, elle a ainsi été baptisée « Tous les Saints ».

Notre choix était fait pour des raisons de navigation mais aussi parce que Bahia est un peu le « cœur africain » du Brésil. C’est là que vit la majorité de la population noire du pays. Plus au sud, après Rio c’est quasi tout blanc et plus au nord, c’est l’Amazonie et les indiens. Bahia, c’est africain et ça, ça nous plaît bien…

Mais bon, le « cadeau » surprise technique de la traversée nous a obligé à faire notre entrée dans ce pays continent par l’état du Paraiba qui était le plus proche de Mindelo, de près de 400Nm, point de départ de notre traversée

L’état du Paraiba et du Pernambuco.

 Jacaré yacht village (www.marina-jacare-village.com), est situé  10km à l’intérieur des terres, sur le fleuve ou rio Paraiba,. C’est ici qu’arrivent la plupart des voiliers après la traversée. Depuis notre départ, c’est la 1ère fois que nous rencontrons autant de voiliers et d’équipages belges : 4 avec nous ! C’est ici aussi que nous avons fait nos 1ers pas sur le sol brésilien.

Les formalités d’entrée dans le pays nous ont occupé toute une matinée (police fédérale pour l’immigration, marine et receita federal 2X(douane) pour Manéa. Pour la première fois, les autorités nous ont demandé la preuve de nos revenus avant de nous accorder un visa pour 90 jours. Les brésiliens sont fiers de la montée de leur puissance économique et ils veulent appliquer les mêmes lois aux européens que celles que ceux-ci leur appliquent. Heureusement qu’internet existe…Mais bon, nous avons obtenu notre sésame pour 90 jours.

Après avoir récupéré, bricolé, lessivé, cherché un soudeur inox, nous avons peu à peu découvert notre environnement et de nouveaux oiseaux ( urubu, colibri…) .

La marina de Jacaré est un petit village gaulois où l’on se sent bien et où tout est occasion de faire la fête : un départ, un anniversaire….DSC04943

Fin de la première semaine de notre séjour, nous sommes allés en train (coût 0,20€) à Joao Pessoa (capitale du Paraiba) assister au « bom sabadinho ». La semaine de travail se terminant le samedi à 12h, chaque semaine,  un orchestre y joue sur une place publique. Peu à peu la foule grossit, l’ambiance monte et tous ceux qui sont déjà ou encore capables de danser se déhanchent : du bébé en Pampers à la dame âgée avec sa canne ou celle ayant un plâtre au pied. L’ambiance est bon enfant et à la détente.

L’essentiel des touristes dans l’état du Paraiba est brésilien, peu d’étrangers. Nous étions donc remarqués. Un des guitaristes de l’orchestre est d’ailleurs venu nous remercier pour notre écoute attentive et nos applaudissements. Il faut dire qu’il les méritait bien tellement son jeu était superbe ! Une dame âgée (70 ans) m’a dit que j’avais de beaux yeux et aussi remercié d’être là.

Avec Jeanne et Bernard (2 voileux vrais belges mais parlant portugais car Bernard a travaillé au Brésil)) nous sommes partis en bus, pour 3 jours à la découverte d’Olinda et de Recife. Ces villes se situent à 120km au sud de Jacaré dans l’état du Pernambuco. Les bus sont très confortables et d’un prix correct: climatisation, sièges inclinables en quasi lits : nous n’hésiterons pas à les utiliser lors de nos prochains voyages sur de longues distances.

Olinda est un des bijoux du Brésil, préservée du temps par son écrin de verdure et surtout par l’Unesco qui l’a déclarée « patrimoine culturel de l’humanité ». Son nom viendrait du cri que poussa le capitaine portugais qui découvrit le site de ses 7 collines : »O linda ! »( oh ! la belle !)DSC04990

La vieille ville a conservé son lacis de ruelles pavées escarpées et pentues bordées de maisons coloniales aux façades colorées ainsi que ses nombreux couvents et églises (plus de 20 !!) à l’exubérance baroque et aux richesses infinies. Il ne faut pas  oublier que les explorateurs portugais avaient mis «  le petit Jésus » dans leur valise avant de partir ! Leur but était d’impressionner, émerveiller et persuader indiens et esclaves par leur Dieu et pour cela ils ont utilisé l’or à profusion. Cela crée même de grands paradoxes : ainsi à Olinda l’église et le couvent Sao Francisco, qui comme le nom l’indique sont dédiés à St François le « poverollo », fondateur d’un ordre mendiant, ne sont pas des lieux sobres et dépouillés mais au contraire surchargés et clinquants d’or.

Devant chaque édifice religieux il y a une croix marquant la distance entre le temporel et le spirituel.

Au monastère San Bento, le crucifix est situé au jubé et regarde vers l’extérieur afin que les esclaves, convertis de force mais qui n’avaient pas le droit d’entrer dans le même édifice religieux que leurs maîtres puissent le voir quand même.

A la Sé (= cathédrale) nous nous sommes recueillis sur la tombe de Dom Helder Camara (1909-1999), ancien évêque de Recife qui a connu une grande popularité par son engagement en faveur d’une plus grande justice sociale envers les brésiliens les plus pauvres, les sans-terre du Nordeste. Figure emblématique de « la théologie de la libération » il fut souvent inquiété par le pouvoir politique brésilien (condamné à 7 ans d’exil intérieur en 1970) mais c’est Jean-Paul II qui lui a donné le coup de grâce en 1985 en le remplaçant par un évêque beaucoup plus conservateur. La théologie de la libération n’avait pas bonne presse à l’époque au Vatican…Notre guide nous a d’ailleurs expliqué que c’est grâce à Dom Helder Camara qu’il travaille car celui-ci est à l’origine de la création d’une école de formation pour « guides touristiques ». 

Nous avons aussi visité le musée des « mamulengos » ou spectacles de marionnettes itinérants, tradition typique du NE brésilien et les héros « cangoceros » (=bandits) Lampion et Maria Bonita y sont beaucoup représentés. Ce sont les parallèles de nos Robin des Bois et Marianne. DSC05042                                                                                                            

 Nous avons donc beaucoup marché dans cette jolie ville avant de parcourir le vieux Recife le jour de notre retour.

Et ensuite préparatifs pour notre départ vers Salvador de Bahia. Nous avons enfin récupéré notre pièce ressoudée et faisons nos formalités de sortie de l’état du Paraiba. C’est une particularité du Brésil : chaque bateau doit faire son entrée et sa sortie de l’état où il séjourne.

Le mardi 5 mars nous quittons donc Jacaré mettant le cap vers le sud. Navigation très contrariante : agitée par une mer houleuse les premières 24h, pertubée  par l’oubli de la fermeture d’une vanne alors que nous gîtions avec pour résultat pas mal d’eau à vider et éponger de nuit dans les soutes et coffres, le régulateur de charge des panneaux solaires grillé, et ensuite pour cause de peu ou pas de vent navigation lente et finalement agréable. Le capitaine a loupé sa 1ère prise : un énorme poisson qui a  emporté toute la ligne : leurre, hameçon, bât de ligne et 200m de fil !!! Nous l’avons vu se  débattre et résister mais impossible de le ramener…Finalement, après 5 jours de mer nous sommes arrivés à Salvador de Bahia…ville mythique, mais cela sera l’histoire du prochain numéro…. 

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/Bresil1Paraiba

 

 

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 17:39

 « A équipage déterminé, adversité ne saurait résister »                                    

                                                     proverbe russe attribué à Stakhanov


Nous ne sommes pas les premiers à réaliser une transat mais chacune d’elles est une expérience unique puisqu’ effectuée par un voilier et un équipage différents et ce, à des moments différents.

Après cette traversée de 14 jours de l’Afrique vers l’Amérique, nous allons tenter de vous partager nos ressentis.

Chaque navigation d’un endroit à l’autre nous permet une douce séparation : nous quittons un pays, un continent que nous avons apprécié avant d’en découvrir un nouveau.

Le défi n’a pas été de traverser l’Atlantique mais plutôt d’oser vivre ensemble dans la solitude au moins 2 semaines, dans un espace réduit, loin de tout, en nous sachant dépendants de la météo et de la mécanique…

Parmi vous certain(e)s nous ont souhaité de faire des rencontres extraordinaires durant cette traversée. D’abord elle nous a permis d’aller à la rencontre de nous-mêmes : nos limites, notre endurance, nos qualités insoupçonnées aussi bien physiques que mentales et puis d’aller à la rencontre de l’autre aussi dans ses qualités et limites. Voilà donc pour les rencontres extraordinaires que nous avons faites : oser aller jusqu’au bout de nous-mêmes, découvrir le potentiel que nous avons au-delà de ce que nous pensions imaginables. Importance aussi de la solidarité et de la confiance que nous avons l’un dans l’autre aux moments cruciaux que sont les changements de voile, les prises de ris : en général le capitaine aux manœuvres plus physiques et le moussaillon à la barre…De très beaux moments à 2 !!

Le plus dur à gérer a été la fatigue. Nous avons donné des milliers de coups de barre tout en surveillant le cap et à la fin de chaque quart nos yeux n’en pouvaient plus de voir défiler les chiffres…Pourtant chacun de nous a été attentif à la fatigue de l’autre.  Notre lit a d’ailleurs été occupé 24h/ 24 par l’un ou l’autre de nous lorsqu’il avait terminé son quart.

Nous avons navigué bâbord amure, d’abord sous génois tangonné à la grand-voile et puis après le passage de l’Equateur sous génois ou trinquette et grand-voile, durant 336h20 dont 62 h de moteur essentiellement dans le Pot-au-Noir. Celui-ci a été pour nous la découverte d’un univers marin inconnu : vents changeants, inconstants en force et en direction, orages, averses soudaines et diluviennes de grosses gouttes chaudes qui « karchérisent » Manéa et l’équipage, nuit plus que noire où il était impossible de distinguer le ciel de la mer…

Nous nous sommes mis à la cape 28h15 (en 3X). 22h pour dormir et 6h15 pour nous protéger des grains.

Durant ces 1709 M parcourus nous avons seulement croisé 4 cargos dont un qui s’est dérouté pour nous et nous a souhaité « a good sailing » via la VHF.

DSC04928Nous avons été gâtés par les couleurs de la mer et du ciel : camaïeu de bleus et de gris : bleu métallique, bleu acier, gris bleu, gris souris, gris clair….

Nous avons aussi fait des observations astronomiques de néophytes : la Grande Ourse est toujours présente dans le ciel mais beaucoup plus basse sur l’horizon, la queue du poêlon est vers le bas et évidemment l’étoile polaire est totalement disparue : nous l’avons vue descendre dans le ciel au fur et à mesure que nous avancions pour terminer sur l’horizon. ( ben oui, elle indique le N et nous sommes dans le S)

Nous avons découvert la constellation du Scorpion.

La forme de la lune elle aussi est différente dans le ciel : le croissant a la forme d’une assiette creuse et non celle d’un D ou d’un C. Les gens du continent sud disent qu'elle "sourit".

Phénomène aussi de l’eau dans l’entonnoir ou l’évier : elle ne tourne plus dans le sens des aiguilles d’une montre pour s’évacuer mais à l’envers. (force de Coriolis)

Au registre des regrets : le fait de ne plus avoir pu prendre ensemble nos repas comme lors de toutes nos navigations précédentes car l’un de nous devait toujours être présent  à la barre. Cette « corvée » a aussi gâché une bonne observation de la mer. A part les escadrilles habituelles de poissons volants et quelques oiseaux nous n’avons rien vu, pas même un dauphin…

Et puis en arrivant ici à Jacaré sensation semblable à celle ressentie après un accouchement (du moins pour la moussaillonne) : c’était dur, on en a parfois c….mais comme cela en vaut la peine ! Toute la fatigue s’efface…

Que dire en conclusion ? Cette traversée a été ni enfer, ni paradis, juste une belle expérience. Nous sommes contents de l’avoir faite mais aussi contents qu’elle soit terminée. Nous y avons expérimenté concrètement ce que signifie « être dans le même bateau ».  Le meilleur est à venir : à nous la découverte de ce pays continent…

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/Transat2013

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 09:53


 

Sao Vicente et Santo Antao.

 

 

Petit rappel : pour les « moins bons en géo », la carte de ce minuscule pays se trouve sur notre premier album picasa du Cap Vert.

 

Progressant, toujours plus à l’ouest ce samedi 12 janvier, nous levons l’ancre et partons vers l’île de Sao Vicente. C’est une navigation surprenante (courant déportant vers la côte de 3 nœuds aux abords du canal entre Santa Luzia et Sao Vicente ). Vers 16h30 nous arrivons dans la baie mythique de Porto Grande, plus précisément devant la ville de Mindelo. « La plus belle rade de l’archipel » dit-on et donc escale appréciée sur la route des Amériques.DSC04668

Nous sommes dans une marina, la seule de l’archipel et il y règne une atmosphère différente d’ailleurs, chaque équipage s’affairant à préparer son bateau pour LA traversée. Chaque jour des équipages larguent les amarres. Il y a des bateaux de tous  genres : du plus grand (3 mâts) au plus petit. Ceux qui partent comme ceux qui sont encore au port sont habités par le même sentiment car pour la plupart d’entre nous, c’est la première traversée. Bien sûr chacun a déjà vécu au moins une semaine de traversée mais ici ce sera une traversée océanique d’au moins 14 jours qu’il faudra accomplir. Ici nous sommes au pied du mur. Ici c’est la concrétisation du rêve.

Mindelo, capitale culturelle du Cap Vert est une ville animée : artistes, musiciens…C’est une petite cité aux maisons colorées et aux rues vivantes surtout le matin : marché au poisson, vendeuses dans les rues, marché aux légumes…C’est ici que vivait Cesaria Evora, décédée le 17 décembre 2011. Nous apprécions beaucoup ses mornas et coladeras et sommes allés au cimetière rendre hommage à la diva aux pieds nus.

L’île de Sao Vicente est très aride, 2% seulement de terres cultivables et ici aussi l’eau est un problème. Cependant le gouvernement y remédie peu à peu en créant un réseau de distribution d’eau potable provenant de l’usine de désalinisation. C’est l’île voisine de Santo Antao qui est le producteur agricole.

Manéa étant en sécurité, nous sommes partis 3 jours à la découverte de Santo Antao. La marina est idéalement située pour se rendre par ferry sur la plus occidentale des 10 îles du Cap Vert.  Elle se situe à 9 milles de Sao Vicente et la traversée est souvent houleuse si bien que les ferries ont gagné le surnom de « bateau vomi ». Pour preuve, dès que la traversée débute, les employés de la compagnie distribuent à tous les passagers des sacs plastique et ils sont certainement bien utiles vus les bruits entendus lors de notre retour.

Avec ses 779 km2, sa superficie en fait la 2ème plus grande île de l’archipel. Sa longueur maximale est de 43km contre 24 km de large.  Ile très montagneuse avec 3 pics culminant à plus de 1800m et la séparant en 2 versants. Ile surprenante par son contraste, mélange de végétation et de terres arides. Le nord, partie  au vent de l’île, reçoit les pluies, concentre les plantations et les cultures, et est donc la zone verte tandis que le sud reste très sec. Quant au centre il y fait très frais puisque situé sur les hauteurs. Les plages y sont rares car la côte est rocheuse et montagneuse. Plus terrestre que maritime, c’est l’île de l’eau, des terrasses cultivées, du grogue parfumé et des vallées inaccessibles.

Débarqués à Porto Novo, nous partons en aluguer vers Ribeira Grande. Nous traversons l’île par une route pavée de 35km, tortueuse, construite à la main, pierre par pierre durant 13 ans à travers la montagne. C’était la seule voie d’accès pour les différentes vallées. On l’appelle « l’Estrada Corda », la route de la corde, car elle traverse l’île telle une corde jetée dans la nature, passant dans la montagne à plus de 1.000m d’altitude, d’un bout à l’autre de Santo Antao. Route grandiose, paysages époustouflants, nous sommes déjà séduits…

Nous avons pris un guide dont le prénom à lui seul est déjà tout un programme : Jésus Bonaventure, appelé familièrement Bau. Avec beaucoup d’humour, de délicatesse et d’attentions il nous fera découvrir SON île.

DSC04676L’essentiel des randonnées « spectaculaires » se concentrent vers le nord, là où les cultures abondent occupant tous les espaces où il est possible à l’homme de grimper et c’est haut ! C’est là que nous vivrons nos 3 jours de découverte.

« Faut compter +ou-3h, ça monte de + ou- 150m «, nous dit Bau au départ de notre 1ère balade….Evidemment lui est né ici, a parcouru des dénivelés incroyables sur des kms pour se rendre à l’école dans sa douce jeunesse. C’est sûr, nous n’avons pas les mêmes capacités de résistance ni la même façon d’additionner les dénivelés si bien qu’au terme de nos randos (plus longues que 3h !), nous sommes souvent arrivés fatigués mais subjugués par le grandiose des paysages, les panoramas vertigineux sur les vallées mais plus encore par le travail et le courage des générations de paysans qui ont créé et entretiennent ces mosaïques de terrasses aux cultures de manioc, canne à sucre, bananiers, caféiers, choux, ignames, maïs, patates douces…Les pentes sont raides, très raides et nos arrêts nombreux l’ont été autant pour contempler le paysage que pour récupérer…Les habitants de Santo Antao sont des marcheurs et doivent sans doute posséder des tendons d’Achille plus longs que les autres car le pied est tellement cambré quand on monte!DSC04801

Sur les hauteurs, le centre de l’ile est très boisé (eucalyptus, acacias, pins…) et comporte une « cova » (cratère) dont le fond est occupé par fermes et cultures et les flancs par des terrasses. C’est de là que débutera notre 2ème rando. Après avoir grimpé 150m pour atteindre le col, nous découvrons la ribeira (rivière et par extension vallée) de Paül plongeant vers l’océan et c’est par un sentier muletier pavé partant de 1157m que nous descendrons vers la vallée (nous nous arrêterons à 400m). Versants rocheux vertigineux, pics déchiquetés, crêtes minérales ciselées en dentelles et dans le moindre espace accessible à l’homme (nous nous demandons souvent comment !!!) des cultures en terrasse parfois à 2 étages pour tirer parti du moindre m2, système d’irrigation très ingénieux, maisons perchées au-dessus du vide, sentiers de « chèvre » parcourus inlassablement par hommes et femmes souriants, ….Nous n’avons pas assez de nos yeux pour découvrir et admirer cette nature généreuse à la fois préservée, respectée et domptée par l’homme. 

Avec Bau nous avons suivi des petits chemins, nous nous sommes « perdus » entre les plantations en terrasse de canne à sucre, nous avons observé les femmes et les plus âgés écossant les petits pois, mettant à sécher le café, triant les haricots, s’arrêtant pour nous regarder passer et parler un peu avec nous, nous proposant à boire tandis que les plus jeunes galopent pieds nus sur les pavés et nous demandent une photo et que d’autres portent de lourdes charges sur la tête ou travaillent dans les terrasses très soignées…,Incroyable ce que l’homme a pu monter comme murs et aligner comme pavés au fil des siècles.DSC04815 Travail titanesque lorsque l’on voit les déclivités. Nous avons fait plus que randonner dans la nature, Bau nous a permis de « sentir » le quotidien, l’âme des Cap Verdiens. Merci à lui qui nous a fait découvrir et aimer son île, son petit pays, comme on dit ici et tout cela dans la bonne humeur, le rire et les nombreux échanges à partir de nos questions curieuses (mais ne suis-je pas femme ?)

Le soir nous logions chez l’habitant, occasion de « dégustations », de partages le tout en musique… car 7 Cap Verdiens sur 10 jouent d’un instrument…

C’est une île fantastique, d’une incroyable beauté et ici le nom de Cap Vert prend tout son sens. C’est avec un goût de trop peu que nous sommes revenus à Mindelo.

Ingrid et Philippe, nos copains du bateau Iris nous ont rejoint à la marina et ensemble nous préparons et discutons de LA traversée car eux ici vont au Brésil. Hélas, maintenant le visa touristique n’est plus accordé aux européens de l’espace Schengen que durant 90 jours sur 180 jours alors qu’auparavant nous pouvions y séjourner 180 jours consécutifs suivis par la  sortie du pays : un seul jour suffisait  (beaucoup allaient juste faire tamponner leur passeport dans la pays voisin et puis rentraient) et puis retour possible pour à nouveau 180 jours. Il nous faudra donc sortir chaque fois 90 jours de ce pays continent avant de pouvoir y retourner et cela complique beaucoup nos projets de découverte car nous devons également tenir compte des vents et des courants. Pour Manéa par contre, pas de soucis, il peut y séjourner 2 ans consécutifs.

Ce dimanche 27 janvier, le Cap Vert (les Tubaroes Azul = les requins bleus) jouait en coupe d’Afrique contre l’Angola et a gagné par 2-1. Cela a donné lieu à des scènes de liesse incroyable en ville (concert de klaxons des voitures mais aussi des ferries, foule habillée aux couleurs du pays…). Ambiance assurée !

 Notre envie de revoir encore Santo Antao nous titille et nous conduit à y retourner. Une fois encore nous en sommes revenus séduits.

Nous espérons que les photos de notre album picasa reflètent ce que nos yeux ont vu et vous séduiront à votre tour.

Tout au long de notre séjour au Cap Vert (un peu moins à Sal car île déjà plus touristique) nous avons été surpris par la gentillesse de ses habitants. A chaque service rendu, nous nous attendions à les voir tendre la main, réclamer une pièce. Et bien non, c’est juste pour faire plaisir car ils sont contents que l’on vienne visiter leur petit pays. Un grand sourire suivi d’un obrigado (a) suffit. Dur, dur de perdre nos réflexes de méfiance… 

                                                                                                                                      Petit pays mais  grand par la volonté de ses dirigeants de le sortir de son sous-développement : électricité partout, même dans les endroits éloignés, campagne pour l’installation de l’eau potable en ville, scolarité obligatoire jusqu’à 15 ans (défi relevé pour 85% des enfants), santé publique prioritaire (campagne de médecine scolaire, prévention dentaire, port de lunettes…), propreté des rues….véhicules en ordre (contrôle technique)…DSC04739

Une fois de plus nous reposons donc la question : le développement d’un pays aurait-il quelque chose à voir avec l’honnêteté et la volonté de ses dirigeants ? Le fait qu’il y ait eu des liens avec Cuba a-t-il influencé les dirigeants notamment dans leur priorité accordée à l’éducation et à la santé ?

Pays qui a aussi sa propre monnaie stable, les escudos capverdiens. (1€=110 escudos) : un réel défi pour un si petit pays.

Pays qui semble réussir le pari que si les jeunes partent pour poursuivre leurs études à l’étranger (dentiste, médecins…), ils rentrent exercer leur métier au pays et ne restent que rarement en Europe. (Le dentiste et le personnel hospitalier, tant médecins qu’infirmières,  nous l’ont démontré. Par parenthèse, une visite aux urgences coûte 100escudos ou 1€)

Petit pays qui mérite donc d’être découvert et certainement soutenu et encouragé dans ses efforts pour se sortir du cercle infernal du sous-développement, car il ne semble pas attendre lui, qu’on l’aide pour s’aider lui-même !

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/CaboVerde2SaoVicenteSantoAntao

 

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 17:46


Première partie : Sal et Sao Nicolau.


Au Cap Vert, on a bien quitté l’Europe mais on n’est pas encore en Afrique.

Dès notre arrivée, la gentillesse des habitants nous entraîne à nous glisser dans le rythme local, nonchalant et chaleureux. Ici personne ne court.

Encore un archipel volcanique. Celui-ci est tropical et se compose de 10 îles, toutes différentes et disposées en « fer à cheval » sur l’océan. Sa superficie est de 4.033 km2 (15% de la Belgique). Ancienne colonie portugaise, il est indépendant depuis le 05 juillet 1975 et est probablement un des seuls pays d’Afrique de l’Ouest qui soit réellement démocratique (élection présidentielle tous les 5 ans). « Si il n’a pas fait pas du bon travail, on change « nous dit Aurélien, rencontré à Tarrafal de Sao Nicolau lorsque nous discutons avec lui du gouvernement de son pays…

Il est habité par + ou - 400.000 habitants répartis très inégalement : sur Santiago, la plus grande île de l’archipel : 125.000 à Praïa, la capitale, et 55.000 à Assomada. 70.000 à Mindelo sur Sao Vicente et le reste sur les autres îles ou dans des petits villages. La diaspora capverdienne, elle, est estimée entre 700.000 et un million d’expatriés, vivant principalement aux USA, Portugal, Hollande, Italie et France.DSC04580

 Le climat y est agréable toute l’année (25 à 30°) et l’eau est bonne (24°). C’est un archipel du vent. Il souffle généralement de NE et est un peu plus fort en hiver (20 à 25 noeuds). Entre les îles, il se renforce par effet venturi. Les courants de marée peuvent y être assez forts. (jusqu’ à 4 noeuds). Les îles offrent des spots remarquables. Kite-surf, surf, planche à voile y sont donc les activités sportives reines.

Ici le coût de la vie est assez élevé quand on le compare à celui des pays voisins de l’Afrique continentale notamment en ce qui concerne l’alimentation. En effet, beaucoup de biens de consommation courante sont importés soit des autres îles plus vertes ou du Brésil, du Portugal, de l’Espagne ou encore des Pays-Bas (depuis notre départ dans tous les pays visités nous avons trouvé du gouda !) . Seuls les délicieux poissons et fruits de mer sont très bon marché.

Nous projetons de visiter quatre îles parmi les « Barlovento » c'est à dire celles du nord de l’archipel, les îles au vent (voir carte sur album picasa).

La première : Sal. Nous y faisons nos formalités d’entrée : immigration et douane le 25 décembre. Le premier cap verdien que nous rencontrons en mettant le pied à terre s’appelle Joseph…Oui, oui…Nous sommes bien le 25 décembre ! Les douaniers sont souriants, attentionnés : 10 minutes en tout… Cela nous change de Dakar !

C’est une île plate, aride et très ventée de 216 km2 qui s’est naturellement tournée vers le tourisme balnéaire (plage de sable blanc de 8kms au sud) et les sports nautiques. Elle est la seule à posséder un aéroport international.

C’est donc ici que nous accueillerons Barbara, Matthieu et Mathias qui viennent nous rendre visite et vivre une semaine avec nous pour les fêtes de fin d’année. Ce sera une semaine de retrouvailles,  bref que du bonheur !

Sal présente peu d’intérêt si ce n’est le village de Palmeira (port de l’île où les voiliers peuvent se mettre au mouillage en dehors du chenal). C’est un village authentique avec la vie d’un village du bord de mer : cargos, ferry, retour des pêcheurs, vente du poisson, raccommodage des filets, bars, enfants jouant sur la plage ou sur les filets….Les maisons sont colorées et cubiques, avec un toit plat sur lequel pose la citerne d’eau. Ici pas d’eau courante dans toutes les habitations. L’eau est une denrée rare et provient de l’usine de désalinisation. On fait la queue à la « fontana » pour s’en procurer et elle coûte 1 escudo/l càd 10€ le m3. Durant leur semaine avec nous, notre famille résinoise a donc vécu à la spartiate et a fait l’expérience de la rareté de l’eau et de sa valeur.

Les salines (le sel a d’ailleurs donné son nom à l’île) de Pedra de Lume sont un autre centre d’intérêt. Elles ont été exploitées à partir du 18ème et reprises  par les Salins du Midi de 1831 jusqu’ en 1984.DSC04584 Aujourd’hui encore rien ne semble avoir changé : le tunnel, les entrepôts, les chariots, le téléphérique et les baraquements : tout est là avec les salines au creux du cratère d’un volcan et le tout offre un paysage étrange et a des allures de mine abandonnée comme dans le Far-West décrit dans les films de notre enfance….

Le site de Buracona est une autre curiosité avec une piscine naturelle dans laquelle la mer s’engouffre. Matthieu et Mathias y ont nagé.

Et enfin nous  passerons beaucoup de temps au sud, sur la plage « touristique » de Santa Maria : Mathias y a parcouru des kms de la plage à l’océan, et retour…Pour y aller, nous découvrons que le centre de l’île que nous traversons, est un désert aride avec de petits monticules sans quasi aucune végétation.

 Pour circuler, pas de bus,  on prend des « aluguer » ( ce qui veut dire à louer, pour les sièges bien sûr). Ce sont soit des minibus (12 ou 15 places) ou des pick-up avec des bancs à l’arrière et à l’air libre bien sûr : ici, il ne pleut pas !  Leur prix est très bas. Ils sont en bon état et très contrôlés, intéressants si on souhaite se déplacer d’un point à un autre. C’est aussi une manière de côtoyer la population locale qui est très gentille. Nous n’avons jamais attendu.           

 Au contraire des autres îles visitées (les Canaries par ex), au Cap Vert,  les eaux sont toujours nourricières et nous nous sommes évidemment laissé tenter par poissons, poulpes, langoustes… tout cela pour des prix plus que démocratiques.

Lorsque nous revenions de l’aéroport où nous avions conduit notre petite famille pour son retour, nous avions un peu le blues mais celui-ci a été atténué par nos retrouvailles avec Philippe et Ingrid et leur bateau Iris, un bateau copain rencontré à Dakar. Ils nous ont suivi en Casamance et ont été aussi séduits par cette belle région.  Ce n’est donc que le lundi 7 que nous mettrons le cap plus à l’ouest vers l’île de Sao Nicolau découverte, (qui l’eut cru ?) le 6 décembre, et qui est plus verte. Longue de 50km sur 25 km de large, elle compte 13.500 habitants.

Après 18h de navigation sur une mer houleuse et un vent tellement chargé de poussières ( l’harmattan) que nous n’avons aperçu l’île qu’à un mille et demi ( vive le GPS !), nous avons mouillé devant le paisible village de Tarrafal et son port.

Pas de doute, c’est une île montagneuse. Le mouillage est situé face à une falaise dans laquelle se découpe une vallée très encaissée qui joue le rôle d’accélérateur transformant le vent en rafales très soutenues.DSC04605 Impressionnant. Après nous être reposés, nous allons faire nos papiers d’entrée dans l’île (formalité très rapide), des gamins se précipitent pour être « gardien » de notre annexe et nous partons à la découverte de ce petit village tranquille.

Ici, comme dans les autres îles, les écoles sont surchargées. Une moitié des élèves va donc en classe le matin de 8h30 à 12h30 et l’autre l’après-midi de 13h à 17h. Il y a beaucoup moins de vacances que chez nous et il y a cours le samedi. Les classes primaires sont très peuplées (entre 35 et 45 élèves) mais les classes maternelles que nous avons visitées,  comptent assez peu d’enfants (scolarité non obligatoire) et sont bien encadrées. Les élèves du primaire portent tous un tablier bleu et ceux du secondaire ont un uniforme de couleur différente selon les îles. L’école est obligatoire jusqu’à 15 ans et le Cap Vert est le pays d’Afrique qui a le taux d’alphabétisation le plus élevé (85%).  La connaissance des langues étrangères est une priorité dans l’éducation et dès l’entrée du secondaire les élèves doivent  apprendre le français et l’anglais en plus du portugais qui est la langue nationale, le créole étant la langue véhiculaire. Ici déjà, le courage des Cap Verdiens se vérifie. Nous avons découvert que si l’école leur impose l’apprentissage des langues (par la grammaire surtout nous ont confié certains jeunes) ils poursuivent celui-ci par tous les moyens imaginables (étude autodidacte du dictionnaire pour le vocabulaire ou découverte du français à partir des livres « Martine » par exemple). Et cela donne des bons résultats.

La santé publique semble être aussi un souci des dirigeants au Cap Vert : ici le port de lunettes est courant, la dentition semble soignée, les hôpitaux fonctionnent et ne sont pas des bâtiments vides, cette année verra la 1ère campagne de médecine scolaire…Pas de détritus ni de sacs plastiques dans les rues mais des poubelles et des rues propres…   

 La nature n’a pas gâté les Capverdiens comme les Sénégalais par exemple. Ils ne sont indépendants que depuis 1975,  pourtant ils sont plus «  développés » tout en bénéficiant probablement de moins de «  générosités « notamment européennes que le Sénégal (pas d’ONG au cap Vert…). Les aides connues se font sur le mode de la coopération en mettant « le pied à l’étrier » aux Cap Verdiens qui se prennent ensuite en mains.

Le développement d’un pays aurait-il quelque à voir avec la volonté et l’honnêteté de ses dirigeants ? Le fait qu’il y ait eu des liens avec Cuba a-t-il influencé les dirigeants notamment dans leur priorité accordée à l’éducation et à la santé ? (c’était la minute philosophique…)

Au port de Tarrafal, nous rencontrons Aurélien, pêcheur parlant français qui nous propose de nous accompagner pour découvrir l’île en randonnant un peu. Après nous être mis d’accord sur le prix de la journée pour nous guider (18€) nous le retrouvons le lendemain et partons vers l’intérieur de l’île. DSC04611Un aluguer nous dépose à Cachaço (+- 1000m) d’où nous descendrons à pied vers Ribeira Brava ( à 300m et capitale de l’île) en empruntant sur 6km un sentier muletier pavé. Le paysage est magnifique avec des montagnes volcaniques déchiquetées, de profondes vallées bien vertes et des villages ou maisons accrochés à flanc de collines. Manguiers, papayers, bananiers, terrasses de culture de choux, manioc, pommes de terre, tomates, carottes, haricots et  canne à sucre se succèdent tout au long de notre descente.                                                Durant celle-ci, une odeur que nous identifierons plus tard comme celle du rhum, nous titille les narines déjà bien avant d’ ’arriver au « trapiche » (pressoir à canne à sucre). C’est en effet la saison de sa récolte  et nous aurons donc la chance d’assister au pressage des cannes pour en récolter le jus et ensuite à la distillation du grogue ou rhum blanc du Cap Vert.

 

Pour préparer le grogue on réunit sur la cour du trapiche :

-le trapiche est un pressoir actionné autrefois par des bœufs tournant autour des cylindres et remplacés aujourd’hui par un moteur.

- le Mestre de trapiche, responsable des opérations de production de « mel » (= jus de canne fermenté ) et de grogue.

-les cannes récoltées en fleur entre janvier et mai-juin et effeuillées manuellement.

-les quintos, tonneaux de 100l, qui servent à stocker et transporter le jus de canne.

-la cabane au toit de paille de canne où le jus fermente naturellement pendant quelques jours (régulièrement un ouvrier tourne à la surface pour en faire échapper le gaz)

-l’alambic, nettoyé avec de la cendre et du citron, à demi enterré dans un four en pierres sèches (volcaniques évidemment et donc gardant bien la chaleur) où brûle un feu alimenté par les feuilles et les fibres de canne broyées. Il recevra le » mel », qui sera chauffé une heure ou davantage. La vapeur distillée est refroidie par condensation dans un tuyau passant dans de l’eau fraîche.

Visite avec dégustation de ce « grogue de terra ». Il est parfumé et titre + ou -50°…Et puis, cela va de soi, achat mais pas uniquement parce que nous estimons que notre rôle social est de soutenir l’économie locale… La moussaillonne a découvert et apprécie le ponch et la caïpirinha…avant-goût du Brésil.

Après cette dégustation nous continuons notre descente et atteignons Ribeira Brava, but de notre randonnée. C’est une petite ville coquette, blottie dans la vallée. Elle tire son nom de la violence des eaux qui dévalent lors des pluies qui sont importantes l’été. Entourée de sommets, la cité répond à la nature grandiose par ses rues pavées, étroites et ses maisons colorées.

Après l’effort, pour nous requinquer nous dégustons une « cachupa » plat national et  traditionnel des îles : il est préparé de différentes façons selon les ingrédients que l’on a sous la main mais toujours avec des féculents (maïs, pommes de terre, manioc, patates douces…), de la viande  (porc, chorizo, poulet)  et des légumes (oignons, haricots, carottes, bananes plantain, fèves, chou…). Cela a l’aspect d’une grosse soupe, est délicieux et pas trop épicé.

Ici, comme sur l’île de Sal, les commerces ressemblent à d’autres maisons. Seule la porte est ouverte et tout y souvent vendu pêle-mêle : du shampoing à l’évier de cuisine en passant par la roue de brouette…

 Son église à façade blanche est la cathédrale du Cap Vert et contrairement à la plupart des autres églises du pays, son intérieur est riche.

Fatigués mais contents de notre journée de découverte nous rentrons à Tarrafal.

Après notre visite à l’école maternelle, ce vendredi nous fera le cadeau de retrouvailles avec les bateaux de Philippe et Damien qui nous proposent une autre balade, cette fois vers l’ouest de l’île où ils vont se ravitailler en grogue avant leur traversée ( Du temps de la marine en bois, il était de tradition d’arroser les départs, les arrivées, les 1ères fois où l’on aperçoit la terre…Les occasions étaient et sont toujours multiples même pour les bateaux en plastique ! ).                                                         

D’abord, d’’un côté de la route pavée,  des plages de sable noir, de l’autre un chaos caillouteux et puis la route se faufile entre des volcans, traverse le village de Praia Branca, descend vers la côte et remonte les lacets jusqu’à Fragata, village perdu au bout du monde où nos voileux s’approvisionneront en grogue. Nous n’ aurons pas assez de nos yeux pour contempler ces paysages inviolés, bruts. Malheureusement, les cahots des pavés dans l’aluguer nous ont empêché de photographier.

Mais il nous faut continuer en progressant toujours vers l’ouest : cap sur Sao Vicente.

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/CaboVerdeSalSaoNicolau

 

 

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 16:23

 


« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace »   Alexandra David-Neel.

 

 

Nous avons complété l’album picasa « Dakar » avec quelques photos illustrant le problème de l’insalubrité due en grande partie au plastique sous toutes ses formes, à l’abandon sur la plage du poisson qui ne sera pas vendu mais pas perdu pour tout le monde car chats, chiens et vautours se les disputent allègrement. C’est un problème qui touche toute l’Afrique et début décembre, un « sommet » des états de l’Afrique de l’Ouest était organisé sur ce thème.

Une petite vidéo vous donne aussi l’ambiance festive des marchés (remarquez la créativité dans les chapeaux en arrière-plan…)                                                                                                                                      

Comme vous le savez, nous avons quitté Dakar le jeudi 5 décembre à 11h. Au départ, un peu de vent puis plus rien et risée « Perkins « jusqu’à minuit. Enfin le vent se lève et ne nous quittera plus : il est juste bien : NE 10 à 18 nœuds. Nous naviguons quasi vent arrière et nous finissons au travers car le vent refuse.

Notre veille est active entre tous les chalutiers éclairés, les nombreuses pirogues de pêche plus grandes que Manéa (certaines font 22m) sans feux de navigation mais se signalant à nous par de grands coups de torche et les filets heureusement bien éclairés, eux. Les eaux sont très sablonneuses et il y a très peu de fonds (45 m maximum) même à 40M des côtes.

Nous avions calculé notre départ en fonction de la distance à parcourir pour  arriver de jour à l’entrée du chenal de la Casamance et à la marée montante car alors celle-ci nous pousse. Le balisage dans la passe qui a entre 5 et 8m de fonds est franc. Nous avons eu de bonnes conditions pour y entrer car peu de mer mais notre fatigue était bien présente avec nos 24h de navigation. Les déferlantes sur les bancs de sable sont assez impressionnantes quand même.DSC04437

Avant de vous présenter nos découvertes, quelques mots de la Casamance.

La situation de la Casamance ne peut s’expliquer sans une prise en compte de son isolement géographique, héritage des découpages coloniaux. Si vous prenez votre atlas vous découvrez que c’est une région enclavée entre un petit pays anglophone : la Gambie et un pays lusophone, la Guinée-Bissau. C’est de fait une région isolée du reste du Sénégal. A cet enclavement, s’ajoutent de grandes difficultés de communication : un seul bateau relie Ziguinchor au nord (Dakar 2x/semaine)

La Casamance c’est un fleuve long de 350 km qui se ramifie en d’innombrables bras (les bolongs). La mer remonte jusqu’à plus de 100km dans les terres. La riziculture traditionnelle en zone de mangrove reste essentiellement de subsistance comme la pêche. Cela ne suffit pas pour faire vivre la région qui connaît un fort exode rural vers la capitale. Ici pas de savane aride à perte de vue mais des espaces arborés, verts, verts de mangrove et de riz.

Ici, les particularismes culturels régionaux sont forts et dans les discours, perce souvent un mépris des gens « du nord ». Ainsi ayant pris un taxi-brousse pour aller à Oussoye et discutant le prix, je me suis entendu dire que « tu discutes comme une Wolof, toi » (Wolof étant l’ethnie essentiellement présente à Dakar).

Cette région est traditionnellement appelée « le grenier du Sénégal ». C’est là en effet qu’on trouve le plus d’arbres fruitiers et de rizières, la pluviométrie y étant nettement plus importante que dans le reste du pays. Nous nous sommes « limités » à la basse et moyenne Casamance, région de l’estuaire et autour de Ziguinchor où nous avons surtout rencontré des Diolas qui tentent à tout prix de maintenir leurs coutumes contre les influences du Nord. Ici la population est d’abord animiste et puis chrétienne quoiqu’il y ait quelques communautés musulmanes. Tous vivent en parfaite harmonie. Ainsi, comme il n’y a pas d’électricité dans les villages, certains possèdent quand même un groupe électrogène et à Karabane par exemple, celui-ci sert pour l’école, le dispensaire, l’église et la mosquée…Bel exemple de cohabitation…

Armée ? rebelles ? Enlèvements ? Que des bruits « kikour ». La Casamance vit maintenant dans la paix et ses habitants regrettent toutes ces rumeurs qui créent beaucoup de tort au tourisme. Ils soupçonnent d’ailleurs le Nord de les laisser courir, voire de les amplifier pour garder les touristes potentiels…

Notre première escale est Elinkine.DSC04366

Nous y sommes frappés par le calme, l’atmosphère paisible de ce petit village même s'il est grouillant de vie. Village de pêcheurs et donc nombreux départs et arrivées de pirogues. Nous sommes entourés d’oiseaux et leur chant nous réjouit. Ainsi, le matin, les hirondelles de Guinée s’alignent sur Manéa et nous réveillent. Dès que le soir tombe, les djembés entrent en action jusqu’à ce qu’il fasse nuit noire.

Nous ne nous imposons pas, demandons à rencontrer le chef du village. Cela commence toujours par « kassoumaye » (ça va ?) auquel on répond « kassoumaye kep » (ça va bien) et puis : Et la  ? Et le travail ? Ces préliminaires terminés, les adultes tout en nous accompagnant discutent de tout et de rien. Les enfants se groupent autour de nous, nous donnent la main et sont fiers de se promener à nos côtés. Chacun de nous pourrait ainsi voir ses dix doigts « occupés ». Ils nous réclament de les prendre en photos et éclatent de rire quand nous les leur montrons. Ils ne nous demandent rien et leurs parents n’éprouvent aucune inquiétude. Nous sommes à 1000 lieues des peurs européennes…

DSC04525Nous étions partis avec du petit matériel scolaire (on ne se refait pas !!!) : bics, gommes, taille-crayons, crayons de couleur, craies, sacs à dos…et avons donc avec le chef du village rencontré Assane Sambou, le directeur de l’école élémentaire (400 élèves uniquement en primaire pour 2000 habitants…Cela vous donne une idée du nombre d’enfants…) à qui nous avons donné une partie de notre cargaison avec pour lui mission de les donner, distribuer à qui en aura le plus besoin. Il était très reconnaissant pour ce don mais en même temps ennuyé car sa mission de distribution s’avèrera difficile. Les conditions de travail pour les enseignants ne sont pas faciles : classes surpeuplées et à degrés par manque d’enseignants, mobilier « rustique », matériel quasi inexistant…Ainsi avec beaucoup d’humour, nous faisant visiter son école, il ouvre une porte nous disant : « le bureau du directeur. Mais peut-on parler de bureau quand la pièce est vide et qu’il n’y a même pas de table ? » Salaire basique quand il est payé (nous avons entendu à la radio sénégalaise mi-décembre que les militaires et les enseignants allaient faire grève car ils attendaient toujours leurs salaires d’octobre et de novembre…) Et nous qui nous plaignons quand le nôtre est payé avec un jour de retard…

Quelques petits travaux d’entretien pour Manéa : nettoyage de la coque pour la moussaillonne, réparation des coutures décousues à la capote pour le capitaine et encore une révision pour le moteur de l’annexe qui n’en fait qu’à sa tête depuis le début de notre saison c’est-à-dire ne pas démarrer et cela malgré 2 révisions paraît-il bien faites aux Canaries et pas gratos…Aussi ici, cherchons-nous Modou, le mécano du village. Il est paraît-il, le spécialiste des moteurs pour les grosses pirogues mais ne connaît pas les petits et pourtant lui, parviendra à le faire démarrer. Il est heureux de ne avoir rendu ce service et quand nous lui demandons son prix il nous répond : « c’est toi qui voit. Donne ce que tu veux » et il est très heureux avec ce que nous lui donnons : 3000cfa (l’équivalent de 4,5€, ce qui rassurez-vous, était très correct)

Au village, les femmes font sécher le poisson et nous sommes étonnés de n’y voir aucune mouche malgré la chaleur.

Nous nous octroyons une excursion : au pied du fromager,DSC04415 nous prenons un taxi-brousse direction M’Lomp, petit village à une dizaine de kms avec encore un habitat traditionnel (cases à étage en « banko »= argile rouge), un musée de la vie diola, baobab sacré…C’est Léon, qui s’improvise notre guide et ses explications sont très intéressantes. Nous découvrons une pirogue en construction au pied d’un fromager abattu cette année. Nous sommes étonnés par la légèreté de ce bois qui est déjà sec.

Ensuite direction Oussoye, avec pour projet de saluer le roi mais pas de chance, ce dimanche a été décrété par celui-ci jour sans femme dans la ville. De fait il n’y a que des hommes et donc pour nous pas question de le saluer. Le rôle du roi est important : il est le représentant de Dieu (les Sénégalais sont d’abord animistes avant d’être chrétiens ou musulmans) et c’est lui qui règle les conflits de personnes (un peu comme le juge de paix chez nous), vient en aide aux démunis… tandis que le chef du village lui est le représentant du pouvoir politique.

Le mardi 11 décembre nous levons l’ancre et remontons le fleuve un peu plus loin et c’est à la pointe Saint Georges que nous mouillons. Juste avant notre mouillage nous avons été « arraisonnés »par le zodiac (1 des 2 boudins dégonflés) des militaires (sans uniforme…,) l’un mitraillette au poing et un second nous questionnant : d’où venez-vous ? Où allez-vous ? Combien de membres d’équipage ? Mais ni papier ni stylo pour noter…

Après avoir mouillé, nous découvrons un adorable petit village de cases. De la fumée nous  attire et là découvrons un four à pain en « banco »  et faisons la connaissance d’Ousmane, boulanger débutant : c’est seulement le 2ème jour qu’il y cuit son délicieux pain au feu de bois. Durant les 3 jours vécus dans cet endroit idyllique, nous nous sommes régalés de ce pain dont la saveur m’a rappelé les couques que Mammy confectionne avec les « restes » de sa pâte à tarte. Comme à Elinkine, ici pas d’eau courante mais des puits gardant précieusement l’eau récoltée durant l’ »hivernage »(= saison des pluies) et pas d’électricité. Aussi le soir, dès 8h, plus un bruit, chacun dort…Vie simple et saine rythmée par le lever et le coucher du soleil, le travail aux champs ou à la pêche, les œufs, poulets cochons et chèvres, les fruits et légumes de saison… Ici chacun mange à sa faim…DSC04560A la pointe Saint Georges, nous avons vécu 3 jours de bonheur…Un petit campement y propose  de délicieux repas, des jus naturels (bissap, bouye (fabriqué avec le pain de singe, fruit du baobab) le tout assaisonné de bonheur. Clara et Gilbert le transpirent. Michel, leur employé, lui nous propose des balades découvertes. Sans lui, jamais nous n’aurions osé marcher dans la mangrove et la mer avec de l’eau parfois jusqu’à la taille vers Petite Pointe, village de pêcheurs qui eux n’ont même pas de puits. C’est donc un des leurs qui en pirogue va s’approvisionner dans un village voisin, y remplit des jerrycans, les ramène et puis les vend. Ce village pourrait sembler être un décor pour le tournage d’un film évoquant la vie au début du XXème siècle en Afrique : poules, poussins, cochons et porcelets se promènent dans les allées de sable ou entrent dans les maisons, les femmes font sécher et fument le poisson tandis que les hommes se reposent de la pêche. Les enfants jouent au foot avec une boîte vide de margarine… Pourtant, non, cela n’a rien à voir avec une BD (Tintin au Congo par exemple), nous sommes dans la réalité. Ces gens vivent cela chaque jour et ils ne semblent pas malheureux. Leur accueil est chaleureux.DSC04466

Mais il n’y a pas que les villages et leurs leçons de vie qui valent le coup. La nature est là avec sa mangrove, ses oiseaux, ses poissons et ses bolongs.DSC04508 Et c’est là que Michel nous emmènera dans sa pirogue : découvrir les recoins secrets du bolong aux crocodiles. Sa viande est paraît-il excellente…Ouf…Nous n’avons vu que la peau de celui tué il y a deux semaines…Quelle paix, quelle nature luxuriante…

Et puis, vendredi 14, nous quittons avec regret cette belle pointe et mettons le cap sur Ziguinchor, plus avant dans les terres. Navigation de 3h sans problème et découverte d’une petite ville provinciale où nous pourrons faire un avitaillement plus complet surtout pour les fruits et les légumes avant notre départ pour les îles du Cap Vert, plus précisément à Sal, où nous devons être arrivés au plus tard le 29 décembre puisque c’est là que Barbara, Matthieu  et Mathias viendront nous rejoindre pour une semaine.

Le Sénégal a maintenant pour nous plusieurs visages : Fatou, Aïda, les courageuses mama lessives du CVD, Moussa et Sadjiu, les passeurs philosophes, Mola le réservé, qui a gardé Manéa durant notre escapade à Saint-Louis, Dieudonné le souriant, Diego et Moustapha les voiliers, mama bijou et mama nougat, Nancy, Léon, Ismaïlova notre guide au Djoudj, Modou le docteur hors-bord « Mac Gyver », Clara et Gilbert ainsi que Michel les rois du cocktail bonheur, Assane Sambou directeur de l’école et sa famille, Ousmane le boulanger…DSC04443Autant de visages d’hommes et de femmes, fiers de leur pays, heureux que nous nous y intéressions, astucieux et débrouillards, vivant simplement et proposant spontanément leurs aide (ainsi par exemple à Dakar, Aïda m’a accompagné au marché HLM, marché des tissus pour les africains en  se faisant un devoir de marchander pour moi les prix), joyeux, s’intéressant à notre vie et ne comprenant pas par exemple la notion de froid. Pas question de comparer avec le frigo ou le congélateur. N’ayant pas d’électricité peu en possèdent un, fonctionnant alors au gaz. Et à 20° ils mettent déjà leur polaire et bonnet à pompon…Alors pour eux la neige, c’est une notion plus qu’abstraite…

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/Casamance

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 15:51

 

Plutôt que d’attendre au CVD notre passavant, nous avons décidé de partir découvrir le Nord du Sénégal et plus particulièrement Saint- Louis et sa région.

Direction la gare routière Colobane (appelée Pompier: pq?) à Dakar où nous sommes mis de suite dans l’ambiance : précipitation des chauffeurs sur les éventuels passagers et début du marchandage de notre trajet en taxi brousse (Peugeot 505 familiale  5 + 2 enfants à l’arrière transformé en 8 places adultes : 2 à l’avant, 3 au milieu et 3 à l’arrière). Après d’âpres discussions, chacun est satisfait, la voiture complète et nous nous y installons : nous sommes 8 + 2 bébés et les bagages! Durant ces 270 kms, nous serons donc très “collés serrés”. Première frayeur : 5 à 6 costauds doivent pousser pour faire démarrer la voiture et puis quelques autres petites “bricoles” : arrêts pour faire le plein d’eau du radiateur, ajout régulier d’huile....Sortie difficile de Dakar et embouteillages jusqu’à Rufisque. Pollution sonore  (klaxons, sifflets des gendarmes, moteurs qui pétaradent...), olfactive (putréfaction des détritus,  mélange huile-diesel…) et visuelle (nuage de gaz d’échappements, déchets en tous genres partout mais surtout des plastiques).Colobane

Direction Thiès et puis Saint Louis : traversée de villages de cases ou de briques de terre crue avec à chaque entrée ou sortie de ceux-ci, des décharges à l’air libre dans lesquelles se nourrissent poules et chèvres. Selon nous, la gestion des déchets devrait être un des problèmes prioritaires à résoudre par le gouvernement. Partout où nous passons,  nous voyons les habitants jeunes ou vieux jeter à terre ou dans l’eau leurs déchets. Il faut dire qu’il n’y a pas de poubelle. Entre tous ces villages de brousse dans un paysage de savane arbustive, nous apercevons des troupeaux de zébus, découvrons le travail des femmes récoltant les arachides… Enfin, après 4h30 de route, nous arrivons enfin à Saint Louis et sommes heureux de détendre nos jambes en marchant direction notre gîte dans un quartier populaire  sur le continent : le quartier Sor(Saint-Louis historique est en fait une île sur le fleuve Sénégal). Ce ne sont pas d’abord des paysages féeriques mais une fois encore des déchets partout étalés dans la rue, des biquettes qui courent partout dans une foule grouillante et dans un marché permanent.Le vieux St-Louis.

Installation et puis première balade découverte de Saint Louis…Ile aux rues découpées en damier sur le fleuve Sénégal et reliée à la terre par le célèbre pont Faidherbe construit par Eiffel (pour rappel le Sénégal est une ancienne colonie française). Un coup de pinceau et des restaurations ne lui feraient pas de mal mais quel changement avec Dakar, quel calme! Si le Saint Louis colonial a parfois des allures de ville morte, c’est très certainement parce que Sor, ville africaine, a pris le relais.

Samedi 8h départ vers le nord : la réserve ornithologique du Djoudj (la 3ème au monde).Djoudj Ce parc national situé à la frontière mauritanienne ne se peuple qu’avec l’arrivée des oiseaux migrateurs. Pour le peuple ailé, c’est le premier point d’eau accessible après l’immensité aride du Sahara. Nous y avons été séduits autant par la variété et le nombre d’oiseaux que par le côté paisible des villages traversés pour y parvenir. Nos photos vous parleront davantage.

Fin d’après-midi, en calèche nous faisons à nouveau le tour de la ville de Saint-Louis avec un moment plus long dans le quartier des pêcheurs. A perte de vue des pirogues multicolores et des enfants qui jouent dans les filets. Une population très dense qui vit dans des habitations minuscules et donc essentiellement dans la rue (plus de 20.000 personnes sur 0,3km2). Comme ailleurs la plage est jonchée de détritus en tout genre et de cadavres de poissons.

Retour au gîte où nous ne fermerons pas l’oeil jusqu’à 5h le lendemain car c’est La Tamkharit (le Nouvel-An musulman) et le muezzin de la mosquée voisine psalmodie des incantations toute la nuit. Fatigués, nous ferons une dernière balade dans une ville très désertée.C'est la fête!

Lundi, retour vers Dakar mais cette fois en bus local. Moitié moins coûteux et plus spacieux. Les autochtones sont manifestement étonnés, intrigués que des “toubabs” empruntent les mêmes moyens de locomotion qu’eux. Nous ne le regrettons pas car le voyage n’a pas été monotone : imaginez un bus dont tous les sièges sont occupés, un couloir central équipé de strapontins également tous occupés. Quelques arrêts dans les villages et à chacun de ceux-ci, invasion de vendeurs ambulants : petits paquets d’arachides, mandarines, citrons, beignets, madeleines, menthe, et même de la mousse à raser a été proposée en riant au capitaine. Une autre fois, c’est un marabout édenté qui vendait des gri-gri contre les maux de dents (si, si…) Et puis, une détonation violente qui signale qu’un pneu a éclaté. Tout le monde descend calmement et la réparation s’effectue sous les yeux de nombreux curieux. Nombreux arrêts aussi pour des contrôles par la gendarmerie…Ce trajet n’aura duré que 5h et nous n’avons pas vu le temps passer à parler avec l’une ou l’autre.

Fatigués mais contents de notre escapade nous rentrons au CVD où nous retrouvons avec plaisir Manea qui avait été confié pour ces 3 nuits aux bons soins de Mola.

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/SaintLouisDuSenegal

 

Published by manéa - dans 2012-2013
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  • : Le blog de Manéa.over-blog.com
  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
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Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

 DSC01498

       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…