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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 17:59


Virée aux Baléares.

 

Lorsque nous vous avons quitté la semaine dernière, nous étions nostalgiques, alors rien de tel que l’action pour faire passer ce coup de blues.

Notre projet est de quitter la France pour gagner les Baléares et en premier lieu Minorque : une navigation plus longue que pour aller en Corse, et c’est bien d’augmenter progressivement la difficulté.

Nous avitaillons Manéa, faisons provision de camenbert “Coeur de Lion” (la “came”  du capitaine et pub gratuite...) mais une fois de plus, Eole a décidé de nous faire progresser dans l’apprentissage de la patience et pendant quatre jours, nous serons forcés de rester au mouillage devant Hyères. Alors pour m’occuper, ayant trouvé des pêches pas chères, je nous fais des confitures. Elles remplaceront toutes celles que nous avons déjà mangées. Autre occupation : la dégustation de glaces, péché mignon du capitaine qui devient un expert et la fréquentation du cyber-café et du port pour y consulter la météo.DSC00781

Enfin, ça y est! Le 18, nous pouvons enfin partir et de bon matin nous levons l’ancre. L’île de Porquerolles au loin est ceinturée par une écharpe de brume, beau spectacle mais qui nous en prépare un autre. A peine entrés dans la petite passe entre la presqu’île de Giens et Porquerolles, nous sommes dans la purée de pois, on ne voit pas à 100m et chacun utilise la corne de brume pour se signaler. Le spectacle et l'ambiance sont assez surnaturels mais oh combien, stressants!. Après deux heures d’errance dans ce “fog”, nous redécouvrons le bleu de la Méditérranée dans le ciel et l’eau. 

La traversée s’effectue sans problème, le vent est avec nous mais faible au début. La première nuit est claire, et durant mon quart, je vois cinq étoiles filantes mais je ne vous révélerai pas mes voeux. La fin de la deuxième nuit sera moins cool, car à notre arrivée sur Minorque, le ciel est plein d’orages et le vent et la mer se lèvent. Nous n’entendons pas le tonnerre mais nous voyons une multitude d’éclairs zébrer et illuminer le ciel. Durant notre traversée, nous avons croisé deux ou trois bateaux ou ferries maximum. Celle-ci a duré 50h pour parcourir 236 Miles : pas de record de vitesse battu!

Le jour se lève et nous mettons le cap sur Ciutadella, deuxième ville de Minorque. De loin, au bord de la mer, nous croyons apercevoir des caravanes rangées les unes à côté des autres mais ce sont en fait, des maisons identiques collées les unes aux autres :  ce n’est pas du meilleur goût esthétique. Le long des côtes, il y a quelques horribles constuctions avec des grands hôtels en forme de barre qui défigurent le paysage,DSC00836 mais heureusement des réalisations urbanistiques plus récentes essayent de rattraper difficilement ces conceptions architecturales du passé . 

Minorque est l’île la plus au nord des Baléares et n’est guère élevée : en moyenne 60 à 100m, elle forme une sorte de plateau, de “table “ posée sur la mer et découpée par une multitude de petites anses appelées “calas” qui constituent des mouillages agréables : la première que nous fréquenterons à notre arrivée, est la cala “San Saura”: une baie circulaire, entourée de pins avec une eau bleue turquoise sur un fond de sable blanc, mais que de monde!!! Des voiliers, mais aussi une multitude de petits bateaux à moteur loués à la journée et qui mouillent n’importe comment et n’importe où. En moins de temps qu’il n'en faut pour le dire, nous sommes cernés! De plus, au milieu de tout cela, des vedettes de promenade viennent amener leur lot de touristes pour les faire plonger ou mieux leur faire descendre le toboggan situé à l’arrière du bateau .Tout cela évidemment très discrètement!DSC00801

Le capitaine n’en croit pas ses yeux, lui qui me présentait Minorque comme une île calme, peu fréquentée, doit revoir son opinion, qui datait il est vrai, de 1996. Nous devons sans cesse couver Manéa pour éviter les “abordages”. Mais le soir, la cala retrouve son calme. Fatigués par cette surveillance et notre traversée, nous passons une nuit excellente et le lendemain, nous mettons le cap sur la cala Macarella, qui est très sauvage, située entre deux parois de falaises, avec des pinèdes recouvrant les rives jusqu’en bordure de deux petites plages de sable au nord et à l’ouest. Mais surprise, l’entrée de la cala à l’ouest est fermée par des bouées. Peu de bateaux, mais il est tôt. Dès midi, une mutitude de petits bateaux à moteur envahissent à nouveau les lieux n’importe comment. Est-ce parce que nous sommes le week-end? Faut-il penser à naviguer hors juillet et août? 

Il fait chaud et nous mettons le taud. Le capitaine veut perforer la toile avec son opinel pour la refixer, et se tranche le bout du doigt. Heureusement pas trop grave, notre pharmacie contient des “strips” et il n’en gardera qu’une jolie cicatrice mais pas de baignade avant quelque temps! Le spectacle ne manque pas, et nous ne nous embêtons pas entre les ninos qui plongent en vrille, le phénomène nudiste pagayant sur une planche mais avec sac au dos (beaucoup plus d’hommes nus que de femmes), les gamins faisant leur numéro devant les filles et vice-versa et surtout la beauté du lieu, les poissons qui prennent la pose...DSC00821

Dimanche matin, après avoir levé l’ancre, cap sur la cala Trebalunga, où nous espérons avoir un peu plus de tranquillité mais là horreur, les bateaux viennent déposer leur horde de touristes qui, tels des fourmis, envahissent la plage.DSC00830 Dépités, nous partons vers le sud et à notre rythme, flânons le long de la côte, tout en contemplant le travail spectaculaire de la mer qui a érodé le bas des falaises en y creusant des grottes qui pourraient accueillir notre bateau excepté la hauteur du mât.DSC00873 Le soir, nous mouillons à l’abri du cap Fonts, nous y sommes enfin seuls! Dès le lever, nous mettons le cap sur Mahon, capitale de l’île, bâtie sur une falaise de 50m et qui domine l’un des ports naturels les plus sûrs de la Méditerranée. Profonde entaille du plateau côtier qui s’enfonce de trois milles dans les terres, elle a constitué un enjeu stratégique majeur pour le contrôle de la navigation depuis l’Antiquité jusqu’au début du 19ème siècle. De nombreuses calas creusent les rives nord et sud de ce vaste fjord, mais l’appât du gain les a faites fermer par des bouées payantes ou par des pontons flottants. Pas d’autre alternative que de s’amarrer à l’un ou l’autre de ces endroits payants si on veut visiter la ville, pas d’indication non plus sur le coût. Nous nous amarrons au ponton de bois flottant Cristina sur lesquels il y a eau, electricité et poubelles.DSC00899 Nous ne voyons personne et en annexe, nous gagnons la rive pour pouvoir flâner et déambuler dans la petite ville dont le coeur historique se situe dans un rayon de 300m. C’est là que l’on observe les traces des occupations successives : anglaises notamment avec des maisons basses aux bow windows (fenêtres à guillotine) verts aux murs chaulés ou avec des façades rouges. Les représentants de la "perfide Albion " sont restés peu de temps mais ont marqué la ville, en lui léguant leur goût pour le thé et leur penchant pour le gin. Celui-ci, appelé Gin Xoriguer, diffère du britannique par sa fabrication et sa présentation car on l’obtient par la distillation d’alcool éthylique d’origine agricole et de baies de genièvre et les minorquins le dégustent avec du jus de citron. C’est ce qu’ils appellent “pommada”. Lorsque nous allons nous avitailler dans un super mercado, nous sentons encore très fort cette présence anglaise dans l’approvisionnement  : tout un  rayon de beans de toutes les sortes et toutes les couleurs, idem pour le pain et le thé par exemple...et quasi rien pour les goûts français...DSC00888

Revenus sur Manéa, nous préparons le souper et recevons la visite du messager des “ladrones”(= les voleurs), à savoir l’employé chargé de récolter le paiement de l’emplacement. Dès le départ, nous le sentons un  peu tendu, il demande la longueur et la largeur du bateau et nous donne un document à compléter concernant l’identité du bateau et de ses passagers. Nous lui demandons s’il faut le remplir tout de suite (il commmence à faire noir...), et il nous fait comprendre d’attendre d’abord le prix. Nous sommes vaguement inquiets car certains ports espagnols n’ont pas la réputation d’être bon marché! Après quelques minutes de calculs à la lueur de sa lampe frontale (on n’arrête pas le progrès!), le verdict tombe : 154,8O€ pour une nuit!!! Il est visiblement gêné et sans doute, changeons-nous de couleur, car il nous demande tout suite si nous restons. Mais où aller alors que la nuit est déjà tombée et que tout est payant? Il nous détaille ensuite la douloureuse : en fait, plus ou moins 85€ qui comprennent l’amarrage de Manéa, plus l’électricité, plus l’eau et enfin l’annexe (mais comment se déplacer d’un ponton flottant vers la rive sans celle-ci?) Le tout saucé par 18% de TVA et le reste, soit pratiquement 70€, est une taxe votée par le gouvernement espagnol le premier juin 2010, dite taxe de signalisation maritime, et qui normalement, est valable 10 jours. Après, faut repayer! La mort dans l’âme, nous vidons notre porte-mannaie, précisément rempli juste quelques minutes auparavant. Notre repas a un goût bizarre, celui que l’on ressent après une arnaque.DSC00890

Le lendemain matin, son collègue qui parle parfaitement français, nous explique d’abord qu’il y a une erreur en notre faveur dans notre facture (on nous rendra presque 25€, une fortune!) et que cette taxe est une honte, qu’elle va faire fuir les clients, qu’il comprend notre émotion et que certaines communautés refusent de l’appliquer. Mais ici à Mahon, eux ne peuvent rien faire car c’est un port commercial qui dépend du gouvernement central . N’empêche, OK pour la taxe, mais 85€ pour un ponton  flottant, où l’utilisation d’une annexe est donc indispensable, sans sanitaires, c’est du grand luxe! Enfin, c’est surtout le PRIX du grand luxe mais sans aucun de ses services . A titre de comparaison, à Hyères, une nuit coûte 47€ avec wifi et accès aux sanitaires, et on trouve cela déjà pas donné! Pour nous soulager, sur la fiche de renseignements, nous écrirons en grand LADRONES ce qui veut dire en espagnol, voleurs, bandits, etc...Il nous conseille de protester par écrit et de le faire savoir aux autres plaisanciers. En effet, ce type d’information ne se trouve nulle part, lorsqu’on appelle au port, ils ne répondent pas et les tarifs sont introuvables sur internet. Et puis, cette taxe ouvre la porte à de nombreuses questions : est-elle applicable à tous les plaisanciers ou seulement aux non espagnols? Alors est-ce légal dans le cadre de l’Europe? Combien de fois par an les espagnols vont-ils la payer? Que se passe-t-il si on va un jour au port et neuf jours au mouillage et puis que l’on retourne au port? Tout cela nous semble flou et dès notre retour nous nous pencherons sur ce problème....DSC00904

Sur ce, nous larguons les amarres et ne restons pas une minute de plus. Nous retournons au cap Fonts, et mercredi matin sans regret, nous quittons Minorque pour Majorque où nous arrivons en début de soirée à Pollenca après avoir parcouru 51 miles. Espérons qu’ici il n’y aura pas de surprise!

P.S. Connaissez-vous l’origine du mot mayonnaise? Et bien, il s’agit tout simplement de mahonnaise, sauce qui existait à Mahon , que Richelieu a sans doute appréciée et qu’il a ramenée en France dans ses bagages vers 1756 quand Minorque fut française pour une courte période (1756-1763). Après les “rosbeefs” l’ont reprise.

P.S.bis : bonne reprise à tous ceux et celles que nous connaissons et qui reprennent le chemin de l’école et en particulier à Margaux et Alexandre qui rentrent “ à la grande école” pour minimum 12 ans de bagne (sans réduction de peine!), à Simon qui rejoint l’école des grands et à Sandrine qui va entamer une carrière de “bourreau”.

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Published by manéa - dans Croisière 2010
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  • : Le blog de Manéa.over-blog.com
  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
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Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

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       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…