Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 18:42

SALVADOR DA BAHIA, ESCALE MYTHIQUE ?

DSC05074C’est donc le dimanche 10 mars que nous arrivons dans la baie de Todos os Santos et que nous nous amarrons à la marina du Terminal Nautico. Elle a pour avantage d’être au pied de la ville haute et du centre historique : le « Pelourinho* » que l’on atteint très vite grâce à l’ »Elevador Lacerda » (ascenseur modern style).                          

DSC05265C’est à Salvador que l’histoire du Brésil a commencé au XVIème siècle. Colonie fondée en 1549 par le portugais Tomé de Sousa, elle devient rapidement un centre de la culture de la canne à sucre. Le besoin de main d’œuvre et sa proximité avec les côtes africaines en font une plaque tournante de l’esclavage des africains. Troisième ville du pays par sa population (4 millions d’habitants actuellement et 1 million seulement en 1970), elle est de fait la première par son cœur. Salvador, ville la plus africaine du continent fascine par son caractère tropical et afro-brésilien. Elle a été surnommée «  la Rome noire » du Brésil….Rome pour le nombre impressionnant d’églises que compte la ville (365, une pour chaque jour de l’année dit-on…) et noire parce que Salvador est aujourd’hui une mégapole peuplée à 80% des descendants des anciens esclaves.

A peine débarqués, nous partons en reconnaissance et découvrons que nous sommes dans une cage dorée. Jour et nuit la marina est gardée par des vigiles armés jusqu’aux dents et il n’est plus question de sortir une fois la nuit tombée. Le skipper du bateau voisin l’a d’ailleurs appris à ses dépens : un couteau sur la gorge et il y a  laissé son sac et bonjour les ennuis (plus de passeport, de carte bancaire…) Il n’est pas le seul, cela arrive très régulièrement. Le quartier où nous nous sommes s’appelle «  Comércio » et on y trouve le port, les marchés couverts, de nombreux bureaux…Le jour il est sécurisé par la police mais dès la fermeture des bureaux celle-ci déploie ses forces ailleurs, là où il y a du monde. Le quartier devient alors une zone de non-droit. Comme dans d’autres pays, l’expansion trop rapide de la ville entraîne de nombreux problèmes dont l’insécurité et la violence liées à la pauvreté et les autorités n'arrivent pas suivre. En vingt ans la population a explosé et le paysage urbain et littoral s’est fortement modifié et dégradé. Les grandes artères se sont multipliées avec favelas et immeubles chics de part et d’autre. Salvador s’étale maintenant sur des dizaines de kilomètres. Si nous voulons bouger le soir, nous devons rentrer en taxi. Nous le ferons au retour d’une soirée au « Pelourinho* ».DSC05103 Nous l’avions lu mais n’imaginions pas l’effet que cela produit ! Notre chauffeur de taxi roule vite, comme tout brésilien qui se respecte, et comparé aux chauffeurs de bus ce n’est rien. Mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est que tout en surveillant les voies transversales, il brûle les feux rouges. Il ralentit mais ne s’arrête pas. Au Brésil, en ville, la nuit, on ne s’arrête pas aux carrefours, feux ou pas feux et cela est autorisé, voire conseillé. Ceci, pour éviter toute agression dès l’arrêt du véhicule. Alors nous n’osons pas imaginer ce qui se passerait si nous tombions en panne…

Après une bonne nuit, nous occupons les 5 premiers jours de notre escale à nettoyer les fonds et les équipets, à lessiver, car lors de notre voie d’eau due à notre oubli de fermeture de vanne, l’eau de mer s’était infiltrée partout ! Le côté positif est que nous avons pris de l’avance dans le nettoyage et l’inventaire de Manéa  avant notre retour en Europe.

Nous sommes frappés par le bruit permanent qui règne en ville : musique sans se soucier des décibels ni des voisins (dans le coffre ou sur le toit de leur voiture les brésiliens placent un énorme baffle, idem pour les bateaux touristiques. Même les églises diffusent le dimanche les offices à l’aide de haut-parleurs !). Ici la voiture est la nouvelle divinité, de nombreux magasins lui sont consacrés, et le conducteur n’hésiterait pas à  écraser, mais en le klaxonnant, le piéton ( les passages piétons sont rares et non respectés ),…Lors de nos déplacements nous sommes aussi déconcertés, déroutés par la présence de gamins dormant dans les rues, sur un carton, coincés entre deux poubelles à toute heure du jour ou de la nuit alors que nous sommes dans le pays qui est la cinquième puissance économique mondiale. Pays émergent. Nous avions déjà entendu parler « des enfants de la rue » mais entre le fait de le savoir et celui de le voir de ses yeux il y a une énorme différence : la réalité.  Cela nous paraît inconcevable. Parents et grands-parents, nous sommes touchés par ces gamins qui ne nous demandent pas de l’argent mais à manger. Certes en Europe il y a aussi des sans abri mais ce sont essentiellement des adultes dont l’état de précarité résulte, semble-t-il, d’un refus d’accepter certaines contraintes (conflits dans la famille, refus d’aide, refus du refuge parce que le chien ne peut y aller…) Or ici, il s’agit la plupart du temps d’enfants ayant été abandonnés dans la rue. Dans quel état de détresse des parents doivent-ils être que pour en arriver à «  oublier » un enfant de 5 ou 6 ans dans la rue ? (Petit Poucet où es-tu ?) Toutes les conséquences de ces abandons sont affolantes : perte d’identité, non-scolarité, malnutrition, santé déficiente, drogue pour oublier la faim…

Pour survivre ces « gamins » doivent chaparder souvent dans la violence et en réponse à cela la présence policière a été augmentée. Cela a un coût et peut-être pourrait-on envisager de dépenser cet argent autrement…De plus, que penser des dépenses énormes consenties pour la construction de stades de foot en prévision du mondial de foot 2014 et des JO de 2016?

Ici nous sommes loin de l’Afrique, nous sommes dans un pays qui semble moderne mais où la richesse produite ne profite qu’à une infime partie de la population…et cela nous met mal à l’aise.

Nous avons visité le « Pelourinho* », centre historique, restauré.  C’est un quartier très populaire : le musicien Gilberto Gil y est né, c’est là que se trouve la maison de Jorge Amado, le plus célèbre des écrivains bahianais. La ville a su y préserver de nombreux exemples exceptionnels d’architecture Renaissance. Les maisons polychromes aux couleurs vives souvent ornées de décorations en stuc de grande qualité, les nombreuses églises essentiellement baroques et rococo, l’animation musicale (nous avons assisté à la fin d’une des répétitions  du groupe de percussions « Oludum* ») sont une des caractéristiques de la vieille ville.

Dans notre album Picasa vous verrez quelques photos de l’église Sao Francisco qui est une des plus fastueuses églises baroques du monde : profusion d’or (800kg) et richesse de l’ornementation intérieure. Contraints de participer à sa construction les esclaves africains se sont exprimés à travers leur travail : déformation des visages des chérubins, anges sexués (castrés au 19èS !), figures féminines enceintes… Cette église dédiée à Saint François le « Poverello » est un paradoxe puisque dédiée à un saint qui prêchait le dénuement….Vous pourrez aussi observer que tous les fidèles qui assistent à l’office ne sont pas logés à la même enseigne. Certains sont des « privilégiés » et ont, comme au théâtre, des loges pour y assister.  Tout ce quartier historique est « cerné » par la présence policière afin d’y garantir la sécurité. Nous, les touristes, n’avons droit qu’aux places et rues piétonnes et au début de quelques rues transversales. Mais juste le début….Et encore ! S’il y a du monde ! Le reste est interdit ! Dangereux ! Ne pas s’y aventurer ! Ce quartier a du charme mais nous n’y sentons pas d’âme. Il est trop touristique à notre goût. De retour au bateau, nous lisons dans notre guide : « …largement restauré grâce aux fonds de l’UNESCO, ce quartier a perdu une part de son caractère ainsi qu’une partie de son ancienne population invitée à se loger ailleurs « . (Lonely Planet) Mais où ? Et à quel prix ? C’était un quartier populaire.

Pourtant, nous irons encore, en bus (!),  vers un autre coin populaire  « Ribeira » pour y voir l’église la plus populaire de Salvador : « Nosso Senhor de Bonfim »( Notre Seigneur du Bon Secours) Ce lieu de culte est connu pour 2 choses : il est d’abord un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du pays. On y vient prier pour obtenir un travail, une guérison ou pour remercier le Seigneur des miracles qu’on lui attribue.DSC05240 Il y a d’ailleurs une salle des miracles tapissée des photos de ceux qui ont obtenu quelque chose ainsi que des reproductions en cire d’organes guéris par l’intercession divine, ex-votos très kitch !!! Ensuite, il est l’exemple parfait du syncrétisme entre le catholicisme et le candomblé*. De nombreux afro-brésiliens se montrent très superstitieux et certains objets sont réputés porter chance ou malchance, notamment à Salvador, des rubans en tissu coloré qui font partie de la tradition catholique du Bonfim, porte-bonheur s’ils sont offerts. Sur les marches de l’église des offrandes sont faites aux orixas* .

Toutes ces précautions à prendre ne nous ont guère incités à visiter davantage cette ville que nous pensions mythique et avec laquelle nous nous sommes sentis en désaccord profond dans les valeurs de vie même si nous pensons que voyager ce n’est pas découvrir le monde avec nos propres valeurs inamovibles et définitives.

Lorsque l’on parle du Brésil on parle souvent de « miracle brésilien » mais nous nous demandons : pour qui est ce miracle ?

Lexique

Pelourinho : poteau sur lequel étaient attachés les esclaves condamnés à être fouettés (équivalent de notre pilori). Nom donné au vieux cœur historique de Salvador.

Oludum : groupe de percussions mondialement réputé qui combine des rythmes africains avec un son brésilien très moderne.

capoeira : voir définition  http://fr.wikipedia.org/wiki/Capoeira

 

Candomblé : culte importé d’Afrique qui se déroule en langue Yoruba (tribu du Niger) sous la forme d’une danse en l’honneur des dieux ou « orixas ».

Orixa : chacune a sa  personnalité et son histoire. Masculin ou féminin, chacun(e) peut changer de sexe. Le candomblé est donc beaucoup plus tolérant envers l’homosexualité et la bisexualité que les autres religions. A l’époque de l’esclavage, craignant de voir ces pratiques renforcer leur identité, les colons interdisaient aux esclaves de pratiquer religion, danses et  musique. Afin de contourner ces interdictions, ces derniers ont donné des noms et une apparence chrétienne à leurs divinités  africaines et ils ont ainsi pu vénérer leurs dieux sous les traits d’un saint.        

 Exemples : Iémanja est la déesse de la mer et revêt souvent l’apparence de la vierge Marie. Fleurs, parfums, bijoux….sont alors jetés à la mer pour satisfaire la mère des eaux et lui demander aide et protection. Xango, dieu du tonnerre se retrouve transposé en saint Georges terrassant le dragon (oui, oui, les montois !).

 

Toute la subtilité et l’ambivalence du style brésilien sont ici : le dimanche matin, à la messe, tout le monde est catholique mais le lundi soir ou n’importe quel autre soir de la semaine, les mêmes iront au « terreiro de candomblé» se laisser posséder par les dieux africains ou leur sacrifier un animal avec la même ferveur qu’au culte dominical. A Salvador, où le candomblé est très présent dans la vie sociale, toutes les fêtes catholiques sont marquées en parallèle ou simultanément par de grandes manifestations du candomblé. 

 

https://picasaweb.google.com/117764391907794569223/SalvadorEtLaBaie

 


Partager cet article

Repost 0
Published by manéa - dans 2012-2013
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Manéa.over-blog.com
  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
  • Contact

Profil

  • manéa

Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

 DSC01498

       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…