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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 17:30

IMPRESSIONS MAROCAINES OU LE JOURNAL D’ALI-BABA ET DE SA GAZELLE

Arrivés sur la terre d’Afrique, c’est sûr, nous sommes dans un autre monde.

Comme port d’entrée et d’attache au Maroc, nous avons choisi Agadir, qui signifie « grenier fortifié » Pour y entrer, nous avons hissé le pavillon jaune demandant la visite des douanes. Le » marinero » (comment dit-on en arabe ?) qui nous accueille et nous aide à nous amarrer nous précise bien que nous ne pouvons pas bouger du bateau en attendant la visite de la police et des douanes. Nous avons de la chance, ils ne se font pas attendre : d’abord le policier en uniforme impeccable et puis le douanier dans une tenue un peu plus relax (durant notre séjour, nous observerons qu’ils aiment porter l’uniforme : multiples gardiens de sécurité par ex). Vérification des documents du bord, prise des passeports pour y apposer le tampon d’entrée et puis bien sûr, le questionnaire sur ce que nous avons à bord : alcool, cigarettes. ..Nous les savons pointilleux et avant qu’ils ne procèdent à la fouille méthodique comme cela s’est pratiqué sur des bateaux copains à leur arrivée,  nous déclarons donc et montrons nos deux fardes achetées à Gibraltar.  C’est le maximum autorisé à l’importation.  Le douanier est très intéressé par nos Malboro et nous en demande un paquet : cadeau !  Il en prendra deux dans la farde : un pour lui et un pour le policier à qui il le donne. Il est à noter que le policier n’a rien demandé lui mais a accepté sans sourciller. Nous sommes donc entrés au royaume du « bakchich »

Ici, le temps n’a pas du tout le même sens que chez nous en Europe : voulant prendre le bus, nous repérons les abris-bus, et à notre grande surprise, aucun horaire ni n° de lignes sur ceux-ci. Nous avons déjà observé qu’une foule nombreuse est massée auprès de ceux-ci et lorsque nous demandons les horaires, les marocains nous regardent étonnés : il n’y a pas d’horaire, le bus passe quand il passe et tu l’attends. De même pas de n° de lignes. Nous savons où nous voulons aller mais évidemment ne connaissons pas le n° du bus qui peut nous y conduire puisqu’il n’y a aucune info, alors nous aussi nous attendons et quand le 1er bus s’arrête, nous lui demandons le n° du bus à prendre pour arriver à notre destination. Très gentiment, le renseignement nous est donné et le bus 4, celui qui doit nous conduire à la gare routière arrive enfin. Ici, systématiquement tous les bus s’arrêtent à chaque arrêt ne sachant pas s’ils auront ou non des clients. Le chauffeur, nous promet de nous indiquer notre arrêt. Pourtant le trajet dure et nous remarquons que nous sortons peu à peu de la ville et entrons dans sa banlieue pour ne pas dire la zone : ici plus d’arrêts de bus signalés, difficile de comprendre pourquoi le chauffeur s’arrête là ou là, sans doute l’habitude, des terrains vagues, des bâtiments en construction dont certains ressemblent plus à des entrepôts ou des remises mal construites en blocs de béton brut plutôt qu’à des maisons…Bref, nous ouvrons de grands yeux. Nous arriverons à ce qui semble être le terminus  (un semblant de rond-point autour d’un terrain vague) seuls dans le bus.

Nous découvrant, le chauffeur éclate de rire car il croyait que nous étions descendus (en fait nous n’étions plus dans son angle de vision) mais nous promet de nous avoir « à l’œil » et cette fois de nous indiquer où descendre. Nous papotons avec lui en attendant qu’il redémarre. A telle heure ? Non, quand il le décidera… Il nous explique qu’il est né après le tremblement de terre de 1960 où il a perdu 3 frères et 3 sœurs, qu’auparavant il était pêcheur mais a eu un accident et s’est reconverti en chauffeur de bus, que la ville d’Agadir s’agrandit de manière exponentielle ce qui pose problème. Il est content de nous parler de son pays et de la mer. Puis, il repart. Sensation que nous n’avons pas la même notion du temps : comme nous l’a dit un marocain : « vous avez l’heure, nous, nous avons le temps ».

Dans le bus, nous sommes les seuls européens et les enfants observent,  nous sommes les étrangers et je comprends, via le regard de fillettes, qu’elles sont surprises : j’ai les cheveux courts et je n’ai pas de bijoux. Ici, dès leur plus jeune âge, toutes les filles en ont. Alors une femme sans bijoux cela leur pose question…Suis-je une pauvre ?

Pour eux aussi nous sommes des riches et ils ont du mal de comprendre que nous prenions le bus plutôt que le taxi. Un trajet de plusieurs kms coûte 4 dh/personne (=+ ou- 35cts) et le même en taxi 20 dh (1,8€) pour 2 ou 3 maximum…Pourtant, c’est une des manières de sentir la vie d’un pays, se mêler à sa population.

La vie ici, proportionnellement pour nous, ne coûte rien : ainsi par exemple, une baguette coûte 13,5 cts, une délicieuse assiette de friture de poissons, calamars et crevettes avec pain et petite salade marocaine 34dh càd 3€, un grand verre de jus d’orange frais pressé : 4Dh.

Un des aspects de leur comportement nous agace : ils sont parfois très collants et attendent pour certains, quasi systématiquement la pièce. Il est difficile pour nous de les « rembarrer », nous avons du mal d’être fermes, mais après quelques jours, nous commençons à nous y faire. Selon eux, ce qui les guide, c’est « le plaisir de la gentillesse » mais leur gentillesse n’est hélas pas toujours désintéressée. Nous en avons quand même rencontrés quelques-uns et le leur avons dit. Lors de notre visite à Marrakech, finalement  nous nous adressions aux femmes car elles n’attendent rien en retour. Il est aussi fatigant d’être sollicité sans cesse dès que l’on regarde quelque chose ; c’est ce qu’ils appellent « plaisir des yeux ». Alors maintenant dès qu’ils nous interpellent, nous disons « plaisir des yeux » et ils comprennent.

Nous avons aussi du mal avec le marchandage quasi systématique. Ainsi le taxi commence à 60dh et après marchandage en arrive à 20 mais si on ne dit rien…

Dès que l’on quitte les centres villes pour leur périphérie, nous sommes frappés par la pollution des sacs plastiques qui s’accrochent à tout et sont autant d’ »ornements ». Il y en a partout !!!La gestion des déchets est elle aussi, un problème.

Le Maroc est un pays qui nous a toujours attiré et nous avons envie de le découvrir côté citadin et côté rural.

Pour le côté citadin, nous choisissons Marrakech, ville d’1.100.000 habitants, (3ème ville du pays) située à 260 kms au NE d’Agadir qui est notre port d’attache. Et pourquoi partir alors que nous sommes dans une ville ? Agadir a été détruit par un terrible tremblement de terre en 1960 et il ne reste quasi rien de son passé : juste sa citadelle ou kasbah DSC02112                                                                    

Le lundi 14 novembre, sacs et valise bouclés, nous embarquons donc à la gare routière. Trois heures de bus nous attendent.  Nous empruntons route et puis autoroute et nous constatons que dès que l’on quitte les villes , il y a très peu de circulation . Alors que dans les villes, le parc automobile semble important, cela est donc loin d’être la réalité.                                                                                                  

Nous sommes également frappés par l’importance de la  présence policière et militaire : nombreux contrôles avec barrages, postes de gendarmerie « royale » à l’entrée et sortie de l’autoroute. Sentiment d’être dans un état très contrôlé : ainsi à l’hôtel fiche d’identité avec indication de notre provenance, du lieu de notre retour, de la durée de notre séjour…Présence policière et militaire importante également en ville.

Cette traversée de 270kms nous fait découvrir des régions superbes : on traverse en effet une partie ( la plus basse) de l’Atlas.

Omniprésence de la royauté : dans chaque magasin, échoppe, café, lieu public petit ou grand, figure un ou des portraits de Mohammed VI  et ou du même et de sa famille, sur chacun des billets ou des pièces quasi une seule figure : M6, gendarmerie dite « royale », palais dans de nombreuses villes…Ainsi à Agadir comme à Marrakech, il n’habite pas le palais de son père Hassan II, le souverain précédent, mais il y a simplement fait construire un autre palais…Il faut savoir que le Maroc est encore une monarchie constitutionnelle de droit divin. «  Mohammed VI descend d’Ali, le gendre du Prophète . Le royaume qui a fait de l’islam la religion d’Etat a pour devise : « Dieu, la Patrie et le Roi ». Le monarque est à la fois le chef suprême de la nation et son guide spirituel en qualité de Commandeur des croyants. De fait, il exerce, avec ses conseillers, un pouvoir temporel quasi absolu. C’est lui qui nomme et révoque le 1er ministre et les membres de son cabinet et peut dissoudre les assemblées. Il conserve la haute main sur quatre ministères clés : Défense, Affaires intérieures, Affaires étrangères et Affaires religieuses. » (extrait du Géoguide, Maroc)

 

Après un séjour de 4 jours à Marrakech, voici en partage nos sensations et impressions contrastées : nous sommes heureux d’avoir découvert une ville au passé historique et culturel très riche, bien conservé (beauté) et en même temps déçus, agacés des emprunts à la modernité qui sont déplorables : pollution du bruit et des odeurs des milliers de mobylettes se faufilant jusque dans la moindre ruelle de la Médina . Parfois, même, un voile bleuté flotte sur la ville. Poules, chats et chiens se nourrissent dans les poubelles, odeurs nauséabondes donc et quelques mètres plus loin parfums délicats dans les jardins. Beauté des objets fabriqués et des lieux visités.DSC02115

Tradition et modernité se côtoient aussi par exemple dans les moyens de transport tous plus inventifs les uns que les autres : charrettes tirées par des ânes, carrioles tirées par des hommes, vélos, mobylettes , transportant des marchandises plus importantes qu’eux, bus bondés, taxis »pourris », voitures de luxe…Bref, une ville grouillante de vie où il faut sans cesse être attentifs si on ne veut pas être renversé, écrasé…DSC02096

La place Jemaa-el-Fna, place centrale de la Médina (=vieille ville) où jadis, les sultans exposaient pour l’exemple les têtes des suppliciés, est un lieu qui offre à chaque instant de la journée un spectacle différent : charmeurs de serpents , montreurs de singes, acrobates, musiciens, vendeurs de fruits secs, de jus de fruits frais ….et le soir d’innombrables gargotes se montent avec rapidité : dans une atmosphère enfumée par les grillades touristes et Marrakchis s’installent autour de longues tables et mangent (pour avoir testé, pas terrible et très cher par rapport aux prix pratiqués dans la ville) en se distrayant du bagout des jeunes gargotiers « polyglottes » qui se disputent la clientèle au son des orchestres ambulants…Bref, bain de foule différent mais assuré tout au long de la journée.

Des centaines de marchands ambulants aussi viennent de la campagne pour vendre leur maigre production sur un petit étal au sol ou dans leur carriole.  Vente de quasi tout et n’importe quoi au détail : cigarette, paquet de mouchoirs en papier, œuf, gants de toilette,,…                                                                  

 De multiples petits métiers abondent : du cireur de chausssures au guide touristique en passant par le porteur, le muletier qui se vend à la journée avec son animal… Ici, quand on n’a pas de travail, on n’a rien, et donc rien pour manger. Ce n’est pas comme dans notre société belge où on a droit alors à des allocations de chômage…Ceci explique un peu pourquoi notre pays leur paraît être un eldorado où on est assuré d’avoir au moins à manger tous les jours. Eux, pas.

Vu le nombre d’enfants grouillant dans les rues et essayant de vendre des « babioles », la fréquentation scolaire ne doit pas être au top et le nombre d’illettrés et d’analphabètes doit probablement être important. C’est la campagne électorale (vote le 25 novembre, durée de la campagne : 2 semaines) et sur les espaces publics réservés aux différents partis pour se présenter nous avons observé qu’ils se représentent sous forme de pictogramme : balance, cheval noir cabré, rose,…Discutant avec notre hôtelier du problème scolaire, il nous explique qu’ici effectivement, tous les enfants ne vont pas à l’école car dans les familles pauvres, il faut travailler et puis il faut aussi payer son matériel  et toutes les familles ne peuvent pas le faire. Une des pratiques de l’école qui lui tient à cœur c’est  «  la correction »  c’est-à-dire que si tu ne connais pas ta leçon, le maître te corrige physiquement et selon lui c’est une bonne chose car ainsi on la retient. Il nous confie que c’est grâce à cette correction 2x pour la conjugaison en français et 2x pour la conjugaison en arabe qu’il les connaît bien, idem pour ses tables de multiplication. Il déplore d’ailleurs qu’au collège et au lycée, cette méthode ne soit plus appliquée, que ce soit la liberté d’apprendre ou non qui soit mise en avant car selon lui alors on ne retient rien.  Nous sommes bien loin de nos pédagogies où il faut d’abord partir du vécu de l’élève…

Autre problème pour les enfants : leur dentition. De nombreuses petites échoppes vendent sucreries et bonbons au détail et donc nombreux gamin(e)s aux dents cariées ou déjà perdues. Depuis le début de notre séjour nous sommes aussi frappés par la jeunesse de la population (70% a moins de 30 ans) et du nombre important d’enfants en bas-âge. Notre hôtelier nous dira qu’ici l’espérance de vie, c’est 60 ans.

Ici nous sommes au cœur de la récupération de tout ce que notre société de consommation jette et la leçon est à retenir : multitude d’ateliers de réparations de vélos et de mobylettes qualifiés d’ obsolètes chez nous (MBK et les antiques « Mobylettes ») dans des espaces hyper –réduits (2m sur 2m), de télé et autres appareils électro-ménagers, deuxième vie aussi donnée aux pneus en les transformant en objets utilitaires (seaux par ex) ou décoratifs (cadres). Nombreux petits garages réparant R12, R4…C’est aussi un peuple qui a le sens de la débrouillardise et de l’opportunisme, de l’à-propos : ainsi par ex jeudi soir, il tombe 2 gouttes, et hop voici 2 ,3, puis 4, 5, 6 marchands de parapluie sortis de la lampe d’Aladin.

Religion omniprésente : appels réguliers du muezzin à la prière et où que nous soyons, nous l’entendons. Il y a 300 mosquées. Nous ressentons comme une forme d’intolérance le fait que les non-musulmans ne peuvent pas pénétrer dans les mosquées. Nous sommes pourtant prêts à respecter leurs coutumes comme enlever nos chaussures par exemple( tant pis pour eux !). C’est comme si chez nous on interdisait l’entrée des églises aux non-chrétiens…

Un des moments forts de nos visites a été la découverte des tanneries de la rue Bab-ed-Debbagh  où nous sommes arrivés  un peu par hasard après nous être quasi perdus dans les ruelles labyrinthiques des souks et de la Médina. Nous avons été impressionnés par la « puanteur » qui se dégage de cet endroit, le travail physique des tanneurs qui ont chacun leur spécialité et la « beauté » des objets fabriqués qui en sortent.DSC02022 Le Berbère qui nous a proposé de nous guider tout au long de la visite a tenu parole : c’était par fierté pour le travail accompli, par « gentillesse » et totalement gratuit. Autre moment fort : la  visite d’ un atelier de tissage. Un  vieil homme travaille sur un métier antique : deux pédales pour inverser la trame et une cannette qu’il envoie à la main et récupère de l’autre côté. Un petit coup pour tasser le tout et hop, on recommence. Le vendeur nous présente des produits déjà réalisés : ils sont de toute beauté mais nous préférons la chaleur des coloris de la couverture que le vieil homme est en train de tisser. Soudain, il avance son métier de quelques centimètres et coupe grossièrement la trame. Son travail est terminé. Nous demandons s’il est possible de l’acheter : oui, bien sûr ! Ok, marché conclu. Celle-là ( et sans doute les autres aussi) ne sera pas  «  made in China » !

Peu à peu à force de nous balader d’un coin à l’autre, nous nous sommes de – en – perdus. Selon nous, c’est ainsi que l’on sent le mieux la vie d’une ville.

Un autre chouette moment, a été la visite des jardins Majorelle qui inspirent à la « zénitude », lieu enchanteur où le vert profond des plantes exotiques  (cactus, bambous géants, nénuphars…) se mêle au bleu éclatant des bassins, des jarres et de la villa.DSC02128

Nous avons aussi dégusté de délicieux petits déjeuners marocains (jus d’oranges, crêpes) de succulentes tajines, des glaces pour le capitaine…

Vendredi fin de journée, heureux de nos découvertes, nous avons repris la route vers Agadir et c’est avec bonheur que nous avons retrouvé Manéa et la tranquillité de la marina.

 

 

 Maroc 1.

 

 

 

 

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Published by manéa - dans 2011
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  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
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Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

 DSC01498

       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…