Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 18:05

 

Ali-Baba et sa gazelle au pays des Mille et Une Nuits : suite….

 

Deux semaines déjà que nous sommes ici et nous percevons de mieux en mieux les  aspirations de ce peuple attachant. Peu à peu, au fil de nos rencontres, nous échangeons et alors qu’à notre arrivée, nous percevions leur « gentillesse » comme parfois du harcèlement, nous nous rendons compte que pour eux tous les moyens sont bons et indispensables pour trouver de quoi manger. Ici le taux de « chômage », c’est à dire sans travail, est élevé et de nombreux jeunes qui ont fait des études supérieures ne trouvent pas d’emploi ou alors des emplois sous-qualifiés.

                                                                                                          Ainsi, un taxi à qui nous disions  «  Vous avez un beau pays » nous a répondu que oui, mais qu’il y a aussi de la misère et même des endroits où l’on a faim. Il nous a ainsi confié qu’il avait une licence en lettres depuis 1995 mais que le seul emploi qu’il ait trouvé était chauffeur de  taxi. Oui, il y a des concours pour des postes mais il y a 20.000 candidats pour une cinquantaine d’emplois à pourvoir. Avec son salaire ( + ou – 300€), il doit faire vivre 7 personnes car ici pas de pension quand on est plus âgé (sauf si on a travaillé avec un contrat légal ce qui n’est pas très courant ou pour tout le secteur de l’administratif) mais solidarité et prise en charge alors par les enfants. 

 Lorsque nous sommes passés devant un palais,  à ma question si c’était celui de Mohammed VI, il m’a répondu avec ironie, non, ici c’est le « petit palais », lorsqu’il vient il habite le 2ème palais qui est beaucoup plus vaste (en insistant sur la notion de vaste) et qui va jusqu’à la mer…Celui-ci c’était celui de son père, HassanII. Nous l’avons senti aigri, déçu mais aussi fier car au moment de payer, nous avions arrondi la somme, il a refusé le pourboire en nous disant que ce n’était pas le prix convenu. Pourtant, nous, ne souhaitions pas l’humilier mais le remercier pour son partage.

Cette crise de l’emploi pour les jeunes diplômés explique aussi en partie la non-fréquentation scolaire car à quoi cela sert-il d’étudier si c’est pour ne pas exercer la profession choisie ? Sans compter les sacrifices inutiles consentis par les parents. Alors un certain nombre de jeunes préfèrent travailler tout de suite. Cela nous renvoie à l’origine de la révolution du jasmin et du suicide de Mohamed Bouazizi en Tunisie en décembre dernier.

Nous nous rendons compte aussi de la chance que nous avons de vivre en Europe avec notre système de sécurité sociale, même s’il est imparfait.

Ici, il y a aussi trop de fonctionnaires : ainsi par exemple, au port, il y a 3 douaniers alors qu’un seul suffirait. A l’office du tourisme,  4 employés tentent vainement de tromper leur ennui. Cependant, nous avons eu le sentiment de les déranger lorsque nous avons franchi la porte. L’accueil, plutôt «  froid «  associé à une mauvaise réputation relatée jusque dans notre guide, montre qu’ils ne sont pas prêts à changer les choses : encore beaucoup d’ennuis en perspective. C’est d’ailleurs une constante dans les administrations et autres services publics : on a franchement l’impression qu’ils s’em…et qu’on les em…Pourtant ils profitent de leur « pouvoir »  et la corruption semble être une règle établie.

Les Marocains en parlent ouvertement et souhaitent changer cet état de fait, demain, 25 novembre, ce sont les élections et nous sentons une grande attente  de la part de la jeunesse : attente d’une lutte contre le manque de travail et contre la corruption. C’est un des enjeux de ces élections. Voici deux petits exemples illustrant ces problèmes. D’abord la corruption : à la marina, nous avons sympathisé avec Naïma, la secrétaire. Nous la voyons soucieuse et apparemment pas très bien. Elle nous confie alors qu’elle a très souvent mal la tête depuis qu’un groupe électrogène a été installé pour le café voisin. Pourquoi avoir recours à ce mode de fourniture d’énergie ? Simplement le patron ne paie pas ses factures d’électricité, on la lui a donc coupée et lui a trouvé le subterfuge du groupe électrogène pour se fournir en énergie. Mais cela est très bruyant et dérangeant pour l’entourage. Elle a bien essayé de déposer plainte à la police du port, mais eux ne font rien car comme elle nous a dit : ils reçoivent le petit déj, le café et le jus d’orange tous les jours, alors ils ne vont pas mettre en péril cet avantage quotidien en nature pour une secrétaire chez qui le bruit du moteur provoque un  mal de tête. Devant notre étonnement elle nous a dit simplement : « mais tu sais, ici, on est au Maroc ».

Autre exemple illustrant la difficulté de trouver du travail même pour les diplômés : un jeune serveur d’un resto avec qui nous avons sympathisé nous a confié vouloir changer de job et partir travailler comme manœuvre maçon parce que là il est assuré de recevoir un salaire. En tant que serveur, il est payé selon le nombre de couverts faits et non de manière fixe. S’il n’y a personne, pas de salaire donc. Or, il est présent de l’heure d’ouverture du restaurant jusqu’à la fermeture et cela sans être assuré de gagner quoi que ce soit. N’oublions pas le « rabatteur » dans la rue qui vous vante son resto. Le salaire d’un manœuvre maçon est de 100 dirhams/jour càd +ou- 9€, et il trouvait cela correct pour travailler de 8h à 17h en recevant du pain et un yaourt comme 1er repas  et puis du pain et un œuf dur comme repas principal.  Evidemment, travail au jour le jour et non par contrat.

Dès que le soir tombe, une multitude de petits commerces « clandestins » apparaissent : vente de paquets de mouchoirs en papier au détail, enfants vendant des « babioles », ainsi, une petite fille de 5 ou 6 ans vendait quelques roses hier soir…Apparemment elle était seule…

Lorsque nous allons déguster une glace, nous fréquentons très souvent le même établissement et au fil des jours nous nouons des contacts. Cela commence toujours par « Français ? En vacances ? ». Nous précisons bien que français non, en vacances oui et nous bavardons un peu avec le serveur. De fil en aiguille, nous lui demandons où il va en vacances si il le peut. Et bien, non, les Marocains n’ont pas le droit de sortir de leur pays pour aller en vacances sinon pour les pays arabes (Emirats Arabes nous a-t-il dit), l’Europe leur est ouverte si c’est avec un permis de travail, pas de permis touristique. Alors évidemment de l’Europe, ils en rêvent, d’ailleurs leurs yeux pétillent…Ces échanges nous font mesurer de plus en plus la chance que nous avons de vivre dans une démocratie et dans la liberté, même si c’est un système imparfait.  Papotant avec lui, il nous confie lui aussi que le Maroc a un grave problème avec le manque de travail. En fait il y a peu de travail régulier avec contrat et sécurité mais il existe une multitude d’emplois journaliers et il y a un grand sens de la débrouille pour le boulot.DSC02188

Nous nous sommes déjà rendu compte aussi de la multitude d’intermédiaires dans tous les domaines : ex : au niveau de la pêche : il y a évidemment les pêcheurs. Arrivés au port des camions frigorifiques les attendent sur les quais et là, le patron négocie le prix des caisses de sardines par ex qui vont du bateau au camion ; des transporteurs viennent en mobylette chercher des caisses de sardines qu’ils s’empressent de livrer aux restos, des livreurs à pied font plusieurs fois l’A/R avec leur triporteur quasi au pas de course, sans doute payés à la caisse livrée , à même le sol d’autres hommes étêtent et éviscèrent des sardines que des petits marchands cuisent sur des braseros et vendent aussitôt…  Cette multitude de petits boulots permet à chacun de vivre… Volontairement nous n’avons fait de photos « misérabilistes »mais de la misère, il y en a. A elle seule, la vision des bateaux de pêche dépasse l’entendement, ce ne sont pas des photos d’un cimetière de bateaux que nous vous avons envoyé mais bien celles de bateaux sortant régulièrement.

Un problème que nous plaisanciers rencontrons, c’est la pose de filets dérivants au large des côtes par certains pêcheurs. Ceux-ci sont quasi invisibles lorsqu’on navigue même de jour et une fois que le voilier « entre dedans » celui-ci s’entortille autour de l’arbre d’hélice et endommage voire empêche le fonctionnement du moteur. Il faut alors se mettre à l’eau et le découper autour de l’arbre mais ce n’est pas toujours possible (houle, nuit…) Il y en a même à l’entrée du port de plaisance. Cette semaine, ici, nous étions le seul voilier à ne pas en avoir pris un. Ainsi, un bateau copain, parti la semaine dernière vers les Canaries, s’en est pris un à 80 Milles des côtes, il y avait de la houle, c’était la nuit et donc ils ont dû attendre le jour. Florence, qui est pourtant plongeuse professionnelle, n’a pu que constater les dégâts au matin. Résultat, leur voilier doit être sorti de l’eau pour réparer, ce qui entamera bien leur caisse de bord. Autre considération, ces filets sont totalement « aveugles », n’importe quoi s’y laisse piéger, y compris évidemment les dauphins, qui privés d’air, meurent noyés ! Ces pratiques interdites seraient d’après ce qu’on raconte, financées par les Espagnols, qui payeraient des pêcheurs Marocains pour faire ce sale boulot. Si c’est vrai, honte à eux !

Nous ne vous parlerons pas de l’hygiène car si le poisson est frais, il est lavé avec l’eau du port sur laquelle flotte du mazout…

Ici au port,  nous sommes en cage dorée car il n’est pas question d’en sortir pour aller mouiller à l’extérieur par ex…et lorsque nous déciderons de quitter le Maroc, nos passeports nous seront repris pour y apposer le tampon de sortie et une fois qu’ils nous seront rendus avec la lettre de pavillon (= sorte de carte d’identité du bateau) de Manéa que les autorités portuaires détiennent depuis notre arrivée, nous ne pourrons plus quitter le port et nous devrons « déguerpir » dans l’heure suivante.

Ce samedi 26 novembre, nouveau grand départ !!!

Nous rêvons de découvrir l’Anti-Atlas et le grand sud marocain avec son désert. Nous avons réfléchi à différentes formules : location de voiture, logements par nos soins….ou opter pour un circuit organisé. Finalement nous choisirons cette formule car elle nous offre beaucoup d’avantages : d’abord tous deux, nous profiterons pleinement des paysages puisque nous serons conduits, ensuite nous irons là où nous n’oserions pas nous aventurer seuls (le désert par ex), tout sera organisé et pris en charge (logements, repas, visites…) et donc nous pourrons profiter au maximum de notre trip  et enfin la formule choisie nous permettra de faire des rencontres  puisqu’il est prévu que nous logions chez l’habitant.

Depuis plus de 10 ans, le capitaine rêve de voir le désert et puisqu’il va fêter sa nouvelle dizaine et son statut officiel de pensionné, ce sera l’occasion de concrétiser l’un de ses rêves.DSC02246

Décrire ce que nous avons vécu durant ces six jours nous sera difficile tant cela a été riche : richesse d’abord des paysages montagneux, variés, d’une beauté  à couper le souffle, sensation d’immensité, puis découverte d’une vie rurale dure et parfois semblant archaïque (ainsi pas de tracteur mais uniquement des ânes et des araires en bois pour labourer le sol), femmes portant des charges énormes, déplacements à pieds ou en vélo sur de longues distances dès le plus jeune âge, solidarité de tous pour le travail dans les champs et oasis : enfants, femmes….et pourtant visages rieurs. Descendants d’esclaves noirs, berbères, arabes peuplent encore les villages et oasis de la vallée du Drâa et y vivent en harmonie. Enfin et surtout richesse des contacts noués lors de nos rencontres : gentillesse, bonne humeur, humour, attentions, prudence…de notre chauffeur Moubarak avec qui nous avons vécu durant ces six beaux jours et qui nous a fait partager son amour de ce superbe pays. Régulièrement il nous apprenait l’un ou l’autre mot berbère, langue essentiellement parlée dans le sud.

Richesse aussi de nos rencontres dans les coopératives visitées. Ainsi à Tamegroute, à la coopérative de poterie, un enfant voulait nous vendre un dromadaire en terre cuite pour un dirham.  Le potier qui nous accompagnait nous a recommandé de ne pas lui donner d’argent  car d’abord les enfants étaient nombreux et ne pas donner à tous risquait de créer des jalousies et puis leur donner de l’argent c’est aussi les inciter à ne plus aller à l’école et l’école, c’est la chance de s’en sortir. En tant qu’anciens profs, nous avons été touchés par son message, d’autant qu’ils essaient de valoriser le travail de tous dans le village en ayant créé un magasin communautaire et non de se concurrencer par un commerce individuel, le bénéfice des ventes étant partagé équitablement entre les différentes familles de potiers et le surplus consacré à l’éducation des enfants. Et tout naturellement nos échanges se sont poursuivis à l’ombre d’un mimosa en savourant le verre de thé au thym offert si gentiment.DSC02323

La journée de dimanche nous a encore offert un autre cadeau. A notre arrivée à Ouled Driss, point de départ de notre première méharée, Moubarak est soucieux car au bivouac où nous devons passer notre 1ère nuit dans le désert, un groupe est attendu et il craint que nous soyons dérangés par leur présence. Nous le rassurons et enfourchons nos montures. Quelle aventure ! Habitant près du parcours de Paris-Roubaix, je croyais que l’épreuve suprême consistait à effectuer un km à vélo sur les pavés de l’enfer du Nord. Que nenni ! C’est faire une heure de dromadaire ! Jamais rien vu d’aussi inconfortable. Nous n’avons qu’une hâte : arriver et descendre de ces engins infernaux ! L’objectif étant de «  voir le coucher du soleil sur le désert », nous arrivons évidemment dans l’obscurité et impossible de voir où nous allons. Chacun sait que quand on ne sait  pas où on va, ça parait long ! DSC02369

Après une heure et demie de torture, nous parvenons enfin au bivouac. Nous y sommes les premiers et nous y serons bientôt rejoints par un groupe de 48 étudiants vétérinaire de 5ème et 6ème année de l’université de Rabat. Ils sont curieux et les conversations s’enchaînent. Cette soirée avec eux, nous l’avons vécue comme un magnifique cadeau : discussion sur leur avenir, questions –réponses à propos de l’Europe et de ses mirages, jeunes remplis d’idéal et de rêves pour améliorer la vie de leur pays, enthousiasme et espérance après les élections de ce 25 novembre qui a vu vainqueur le parti de la lampe et de la justice, attentions de leur part pour que nous ne nous sentions pas « mis de côté » ( une blague est racontée en arabe, immédiatement ils nous la traduisent) , fierté du président du cercle qui voulait absolument faire découvrir sa région à ses condisciples du Nord et qui envisage de s’installer dans celle-ci même si les sirènes de la facilité et du gain facile tenteront de l’attirer en France où il a déjà effectué des stages, conscience des problèmes fondamentaux du pays : hygiène, éducation, ignorance de la campagne à la ville : ainsi il est interpellé par le fait que l’étude du dromadaire qui est un animal important pour l’économie du sud du pays ne soit pas abordée durant les études vétérinaires. Or, il est conscient de l’impact économique de celui-ci…

Nous découvrons aussi qu’ici au Maroc, toutes les études supérieures sont effectuées en français et non pas en arabe ou berbère ce qui n’est pas facile pour eux mais quel atout économique ! De même le métier de vétérinaire n’en est qu’à ses débuts : le pays qui est immense n’en compte que 520, c’est donc un métier d’avenir mais avant cela il va falloir apprivoiser la population…Notre soirée s’est donc déroulée dans la joie entre discussions, musique et danses autour du feu et puis cuisson du pain de sable( galette de pain déposée directement sur le sable chaud, recouverte d’un couvercle métallique et entourée des braises du feu pour sa cuisson ) et puis partage et dégustation de ce délicieux pain. Vers minuit, nous regagnons notre tente et nous nous endormirons bercés par les chants et danses. Une des forces de la jeunesse est sa résistance et c’est vers 6h30 que nous serons réveillés car il ne s’agit pas de rater un des moments magiques du désert : le lever du soleil…Moment de communion et d’émotion et puis, après avoir échangé nos adresses mail, dans la joie, la caravane de nos amis d’un soir s’ébranle vers le retour à la civilisation.

Peu après, ce sera notre tour, guidés par Ali notre chamelier silencieux mais très attentif à notre confort. Nous devions sans doute être un peu tendus hier car ce retour vers Ouled Driss se passera beaucoup mieux que l’aller, ou est-ce déjà l’habitude ?

Durant notre 3ème jour nous gagnerons une autre région du désert : les dunes de Chegaga. Silence, beauté, immensité…Nous sommes seuls au bivouac et c’est sous un ciel étoilé comme nulle part ailleurs que nous nous endormons.DSC02400

Au petit matin, seulement 3° dans notre tente mais dès le lever du soleil, nous sentons monter la température. Le capitaine est heureux de débuter la journée de son anniversaire dans ce décor du « Crabe aux pinces d’Or ».DSC02404 Après un petit déjeuner berbère, nous quittons notre bivouac direction Foum-Zguid. La piste nous donne des petites sensations de Dakar, nous traversons le « désert noir »(désert de roches), apercevons des mirages et ne rencontrons que quelques troupeaux de moutons et chèvres et des nomades. Nos yeux ne savent où aller pour capter toutes ces beautés.

Après un délicieux repas de brochettes et frites, nous reprenons la route, direction Tata. A nouveau des paysages différents mais tout aussi sublimes. Arrivés à Tata, une autre surprise nous attend car ce soir nous logeons chez l’habitant. C’est une maison en blocs et non en briques de terre crue comme très souvent. Nous débarquons fatigués, saluons nos hôtes qui nous installent dans une pièce qui est sans doute la pièce de réception de la maison. Une pièce nue, recouverte de tapis au sol et de coussins. Ce qui nous frappe dès l’abord, c’est l’absence de meubles. Dans la cour gambadent des biquettes. Nous nous asseyons et avons droit aux différents rites de bienvenue : l’eau chaude pour nous laver les mains, le parfum sur nos vêtements, l’encens dans le petit bruleur au charbon de bois : de quoi éloigner le mauvais œil et nous souhaiter la « baraka ». Après ces différents rites, c’est la cérémonie du thé et puis nous partons visiter la coopérative de dattes qui a pour but de fournir du travail  et de mieux rétribuer chacun.

A notre retour, nous rencontrons d’autres personnes, nous nous perdons un peu dans la composition de la famille et dans les différents liens de parenté entre toutes les personnes qui nous sont présentées,  les différentes générations vivant ensemble et de plus parfois il y a eu des remariages. Apparemment notre arrivée a été signalée et c’est l’événement du jour. Même l’iman viendra nous saluer. Nous bavardons, échangeons sur les élections et retrouvons les mêmes attentes que celles évoquées ci-dessus : lutte contre la corruption, développement de l’alphabétisation, du travail…  et aussi sur l’Europe. DSC02491                                                 

 Ensuite une table basse est amenée et c’est le moment du repas : un délicieux couscous maison que nous mangeons avec les doigts à même le plat. Devant notre incompétence, nous aurons droit aux cuillers…La soirée est riche en échange avec chacun, les hommes sont présents et les femmes font de brèves apparitions excepté Aïcha, une des filles de la maison, qui mangera avec nous.

Durant tout ce temps, nous nous demandons « mais où allons-nous dormir ? ». Le repas terminé la table basse est emportée et des couvertures nous sont apportées. Voici donc la réponse à notre question : nous allons dormir là, sur les tapis. Heureusement, nous avions pris nos sacs de couchage. Séance de rires quand nos hôtes découvrent cet objet inconnu. Le capitaine n’a pas eu de gâteau mais tout au long du jour, il a reçu des tas de surprises et il n’est pas prêt d’oublier cette journée d’anniversaire hors du commun. Fatigués, nous nous endormons à la berbère c’est-à-dire à même le sol et ce seront les biquettes qui le lendemain feront le réveil matin.DSC02499

Après avoir « refait notre lit », retour de la table basse et petit déjeuner berbère : d’abord une soupe à base de riz et céréales accompagnée de dattes( ça tient au corps) et puis galette chaude de pain avec thé ou café au lait infusé de thym, confiture ou fromage.

Après ce copieux petit déjeuner un de nos hôtes nous invite à venir visiter la petite école maternelle fréquentée par Zora (une des enfants de la maison). Nous y sommes accueillis comme des personnalités et au signal de leur institutrice tous les petits bouts entament une chanson. Certains sont émus et pleurent mais la petite Zora très fière vient nous faire un bisou. Françoise se prendrait presque pour la princesse Mathilde lors d’une de ses visites.  Cet accueil chaleureux nous a aussi touchés.

Cette nuit chez l’habitant nous a marqués : nos hôtes, qui n’ont pas grand-chose, se préoccupant sans cesse de notre bien-être, leur hospitalité ne peut être qualifiée que de généreuse et chaleureuse et quelle fierté parfois un peu naïve en nous faisant découvrir leurs projets : école maternelle, coopérative de dattes…

Nous les quittons et reprenons la route : direction Tafraoute. Une fois encore nous découvrirons des paysages splendides et nous ferons le plein de beau. Pour notre dernière nuit, nous dormirons à l’hôtel.

Notre voyage touche presque à sa fin et il y a un peu de nostalgie dans la voiture.

Nous avons eu du mal d’ »amerrir », tant nous revenons riches : riches de toutes les beautés de la nature mais surtout riches de toutes les rencontres faites dans la simplicité, l’authenticité, la vérité, la générosité. Riches de questions aussi : la place de la femme dans cette société patriarcale par exemple. Nous avons ainsi le sentiment d’un peu mieux sentir l’âme du Maroc, de sentir un peu mieux battre son cœur et les attentes de ses jeunes.

Nous sommes plus conscients encore de la grande chance que nous avons de vivre en Belgique, pays de liberté  où même si le système est imparfait ou que certains  même en profitent de façon éhontée,  la sécurité sociale est une réelle protection.

Moubarak, notre chauffeur découvre avec étonnement Manéa. Il n’avait jamais vu de voilier et nous questionne. Sur ses conseils nous repartirons 2 jours en bus à Essaouira, petite ville côtière à 175kms d’Agadir.

« Blottie derrière ses remparts à la Vauban, sur une presqu’île souvent balayée par les alizés, Essaouira a tout pour séduire : une médina au tracé rectiligne et aux vénérables façades blanches égayées de bleu et baignées par une incomparable lumière océanique, un port animé, un air vivifiant et des mouettes en pagaille. » ( Géoguide, Maroc, p.395) .

L’album photos à lui seul vous racontera sa séduction.

Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et après plus d’un mois de séjour dans ce beau pays au peuple attachant, nous larguons les amarres mettant le cap sur les Canaries. Nous repartons heureux et enrichis.

C’est à Daniel Drion, auteur de « Latitudes Vagabondes », que nous emprunterons notre conclusion : » Une fois de plus, il nous a ainsi été prouvé que la réussite d’une escale dépend plus des contacts humains que de l’environnement : le vrai voyage est autant la découverte des hommes que celle des pays »( p.28)

Comme on dit au Maroc « Inch’Allah »….

 

Sud Maroc.

 

Agadir/Essaouira

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by manéa - dans 2011
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Manéa.over-blog.com
  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
  • Contact

Profil

  • manéa

Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

 DSC01498

       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…