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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 19:08

 

EPILOGUE DE NOS SEPT MOIS DE VAGABONDAGE.

 

Nous vous avions quitté au départ de La Palma.

Notre traversée de 48 h au largue s’est bien déroulée avec un vent de nord, parfois même trop faible puisque nous avons dû faire appel à mister Perkins durant quelques heures. Nous n’avons donc pas battu de record de vitesse mais nous avons bien profité de l’océan, du soleil en journée, du ciel constellé d’étoiles et de madame la lune la nuit et puis chaque jour, nous avons reçu la longue visite des dauphins, parfois même dès le lever du soleil. Que demander, souhaiter de plus?

Dans un premier temps nous avons rejoint Puerto Calero sur l’île de Lanzarote pour y faire effectuer une série de travaux par des professionnels apparemment consciencieux : entre autre essayer de trouver une solution définitive pour les goupilles buissonnières de l’enrouleur de génois, réparer la voile de trinquette qui a déjà souffert...Et comme souvent, un travail en amène un autre...

Et puis ce vendredi 13, nous avons rejoint Gran Tarajal, port de l’île de Fuerteventura où nous laisserons Manéa durant les cinq mois de notre retour en Belgique. Dernière belle navigation de notre périple et retrouvailles avec nos amis de Tavéac, qui laisseront aussi ici leur voilier durant printemps et été. Là, suite de la préparation technique de notre complice ( désarmer, nettoyer, ranger, protéger, inventorier...) et psychologique de l’équipage : après sept mois de vie au grand air, pourrons-nous nous réhabituer sans peine à vivre en espace clos, supporterons-nous facilement des chaussures fermées et puis il paraît qu’il ne fait pas très beau au pays ...alors...??

Mais que retiendrons-nous de ces sept mois d’errances? De vagabondages?

Nous avons été séduits par chacune de nos escales mais certaines nous ont touchées plus que d’autres.                                         

D’abord notre passage au Maroc. Premier contact avec l’Afrique et choc culturel assuré. Pays vaste, beau, au peuple fier de ses racines, chaleureux, généreux et accueillant. Ainsi, lorsque nous voyons un étranger à l’arrêt du bus en Belgique, le saluons-nous? Lui souhaitons-nous la bienvenue au pays comme cela a été le cas pour nous là-bas? Terre où il y a encore beaucoup à faire mais où nous avons senti l’espoir de la jeunesse, ses courage et aspiration pour construire un monde nouveau...Sentiments que l’on ne ressent parfois plus chez nous où les jeunes sont parfois si désabusés, amers... devant les perspectives d’avenir que leur proposent nos responsables politiques avec notre complicité “passive” puisque nous les élisons.

Et puis nos quatre mois de découverte des îles Canaries. Elles sont toutes belles, chacune à sa personnalité propre et mérite d’être découverte même si nos coups de coeur vont à Lanzarote pour son côté minéral, brut, aride et pour le mariage heureux qu’il y a entre nature et culture. En deuxième lieu viennent  La Gomera et La Palma pour leur côté intact et où la nature est préservée ( luxuriante et généreuse pour La Palma), la vie douce, hors du temps et sans stress. Bref, si vous avez l’occasion d’y venir, prenez votre temps, elles valent toutes ( même les tant décriées Ténérife et Gran Canaria...) le coup d’être visitées.

Pour ce qui est de la navigation dans ces îles, c’est plus mitigé car il y a peu de mouillages, et ceux qui sont fréquentables, sont souvent un peu rouleurs et ne  permettent pas de débarquer sur la plage pour pouvoir découvrir l’intérieur du pays, car la pente y est souvent forte et fait déferler les vagues. Il faut donc aller à la marina et ce n’est pas cela que nous recherchions. Pas de possibilités de vagabondages de cala en cala comme dans les Baléares pour ceux qui connaissent ni de lézarder le long des côtes à la voile car la direction à peu près constante des vents ainsi que leur force d’ailleurs, ne permet de naviguer ( confortablement du moins et encore!) que dans un  sens : celui du vent. En revanche, les “surprises” météo sont quasiment inexistantes : sur les quatre mois, à part les dernières trois semaines, les vents ont toujours été de secteur nord-est à nord. Le problème des accélérations du vent entre les îles (effet venturi) est lui aussi à prendre en compte : 35 noeuds ne se négocient pas comme 15 ou 20. Or, c’est assez fréquent ( encore plus l’été, aux dires des habitués). Cela crée un peu de  stress qu’il faut apprendre à gérer, et on a beau être prévenu : ça décoiffe!

Nous avions le temps et nous les avons visitées mais nous comprenons ceux qui en ayant moins ne font qu’y passer pour toutes les raisons énoncées précédemment.

La navigation en Atlantique est totalement différente et bien plus agréable que celle de la Méditerranée : houle plus longue, vent plus constant, pas de problème de place dans les marinas et surtout prix beaucoup plus réalistes que sur la Côte d’Azur, la Costa Brava ou encore les Baléares où on atteint des sommets! Est-il normal, alors qu’on amène son lit, ses draps et ses serviettes, d’y payer plus que le prix d’une chambre dans un cinq étoiles?

Durant cette saison nous avons parcouru 2.700 milles. (1 mille=1852m) et donc 2.700 milles =?

Mais ce que nous retenons encore plus que les beautés de dame nature sur mer et sur terre, c’est la richesse des rencontres simples et authentiques faites dans les différents pays et îles visités au gré des pontons et des mouillages, des balades et du hasard, la diversité des manières de voyager et de vivre, la qualité de l’hospitalité, la solidarité des “voileux”, la simplicité de notre mode de vie respectueux le plus possible de l’environnement, les découvertes gustatives et épicées, la complicité et complémentarité de l’équipage que nous formons, les questions et échanges philosophiques et politiques que tous ces éléments ont fait naître et puis la chance que nous avons de vivre dans un pays tel que la Belgique même si tout n’y est pas parfait....

A vos agendas donc si vous souhaitez nous rencontrer car nous rentrons le 25 avril et quelques dates sont déjà prises...

Amitiés et à bientôt!


Epilogue

 

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Published by manéa - dans 2011
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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 18:51

 

LA PALMA: DERNIERE DECOUVERTE DE NOTRE PERIPLE 2011-2012.


Nous avons bien profité de La Gomera, de ses mouillages hors du temps et si nous voulons découvrir la dernière des îles des Canaries “visitables” en bateau : l’isla de La Palma, appelée aussi Isla Bonita (l’île jolie) ou encore l’île verte, nous devons quitter “ l’île ronde”.  El Hierro est en effet interdite à la navigation de plaisance sur son pourtour pour cause de volcan naissant dans la mer (actuellement tout y semble calme et la navigation de plaisance y serait à nouveau autorisée) .

Le jeudi 15 mars, au petit jour, nous levons donc l’ancre et mettons le cap sur La Palma.

C ‘est au moteur que nous quittons Valle Gran Rey et c’est grâce à l’aide de mister Perkins que nous avançons durant 3/4h.

Une fois quitté l’abri du sud de La Gomera, le vent se lève et nous envoyons le génois. Très vite, le vent forcit et nous décidons de le rouler pour envoyer la trinquette, plus petite. Il y a déjà 20/22nds établis avec des rafales. Nous estimons que nous sommes un peu sous-toilés et nous envoyons en plus un demi-génois. Notre allure augmente alors à 6/6,5 nds.

Plus nous approchons de la pointe sud de La Palma plus le vent forçit. Nous voyons l’anémomètre grimper petit à petit mais de manière continue. Régulièrement dans les rafales, l’anémomètre est à 35 noeuds ( 65km/h) et nos copains de Tavéac qui lofent davantage ( se rapprochent du lit du vent) auront eux des pointes à 45 noeuds (80km/h).  Nous sommes à 70° du lit du vent, au petit largue, la mer est formée , blanche et régulièrement des déferlantes nous “rincent” de la tête aux pieds. Parfois nous voyons la mer “fumer” (des embruns volent) et des arcs-en-ciel se dessinent dans l’écume des vagues. Spectaculaire!

Nous avions pourtant pris la météo la veille de notre départ et rien n’annonçait ces conditions sportives de navigation. Sans doute avons-nous négligé l’importance des effets “venturi” ( accélération du vent ) entre les îles. Ceux-ci sont connus mais jusqu’à présent nous ne les avions pas encore vraiment “côtoyés”, sauf peut-être en descendant sur Gran Tarajal à Fuerteventura. Voilà, ça y est, nous les avons expérimentés. Et Manéa tient bien la route.

La pointe sud franchie, c’est l’étonnement complet: plus un souffle de vent et la mer est plate. Tous les moutons sont rentrés à la bergerie!!! C’est donc au moteur que nous atteindrons le mouillage devant le port de Tazacorte. Durant la fin de notre trajet, nous pouvons à loisir contempler les bananeraies qui occupent le moindre espace cultivable disponible sur l’île (80% de la richesse de La Palma provient de cette culture qui produit des fruits délicieux).

Durant cette traversée “sportive”, le cap’tain a voulu barrer pour reposer “Trevor” (le pilote automatique) et là il découvre que la barre est dure, impossible à manoeuvrer dans un sens mais pas dans l’autre. La seule alternative possible est alors de désolidariser Trevor de la barre... Que se passe-t-il?

Nous attendons le docteur “és pilote” pour connaître son diagnostic....

Diagnostic : le moteur est mort.

Nous en avons donc commandé un nouveau mais devons attendre sa livraison (il vient du continent et il y a des formalités douanières à accomplir car ici, même si c’est aussi l’Espagne, c’est une zone franche et les taxes sont différentes). Gros trou dans la caisse de bord en perspective! Mais nous pourrions être plus mal lotis en étant dans un endroit plus moche. Nous allons donc mettre à profit cette attente pour visiter l’île verte.

“Davantage encore que le reste de l’archipel, La Palma (de son vrai nom San Miguel de La Palma) permet de découvrir une nature authentique et préservée : forêt pluviale luxuriante au nord, paysages volcaniques tourmentés au sud, paisibles pinèdes du Parque Nacional de la Caldera de Taburiente. Des précipitations et des sources abondantes font de ce territoire le plus vert des Canaries. Vergers, vignobles et forêts forment un contraste saisissant avec les rudes escarpements rocheux et les cratères qui descendent du centre.

L’activité volcanique responsable de ce relief très accidenté  (l’île est la plus escarpée au monde, s’élevant à 2426m  (Roque de los Muchachos) au-dessus du niveau de la mer en à peine plus de 10km) s’est manifestée pour la dernière fois en 1971 à Fuencaliente et reste forte. Destination rêvée donc pour un séjour de randonnées....

Le tourisme de masse n’a heureusement pas encore touché celle qu’on surnomme la Isla Bonita (l’”île jolie”) car l’absence de plages de sable doré tient à distance le gros des vacanciers.

Ici la culture de la banane représente toujours 80% de l’économie locale.”

                                                          Canaries, Lonely Planet, p209

 

Location d’une voiture avec nos copains de Tavéac pour découvrir tout cela et cette fois, ce sera la Bretagne au volant.

Nous commencerons par le sud où bananeraies à perte de vue, vignobles, pinèdes, paysages volcaniques et côte déchiquetée forment le décor.                     Tazacorte,  petite ville dont dépend le puerto où nous sommes amarrés, nous a étonnés par ses maisons colorées disposées en amphithéâtre devant une marée de bananiers et par son église traditionnelle, sans doute trop petite agrandie par une aile ultramoderne; mariage réussi.  

                                                                                                                            A Fuencaliente, les plus jeunes volcans de l’archipel (dernière éruption en 1971)  dessinent un paysage désolé, et c’est sous un vent fort que nous avons parcouru le sentier qui fait à demi le tour du cratère béant du volcan San Antonio tout en admirant la beauté de ses parois teintées de rouge et de jaune (dépôts de soufre) et aussi le travail de l’homme qui a immédiatement récupéré les surfaces gagnées sur la mer par les coulées de lave en y plantant bananeraies et vignobles: deux produits délicieux!  Navigation oblige, nous descendrons ensuite par une petite route spectaculaire et battue par les vents jusqu’à la “punta de Fuencaliente” où les “salinas et el faro” ne manquent pas de poésie et c’est là que nous pique-niquerons.DSC03636

Poursuivant notre route, nous nous sommes arrêtés à Mazo, paisible bourgade où il y avait un mercadillo bon enfant et sans prétention mais avec de vrais produits du terroir. Nous avons ainsi goûté un nouveau fruit : le nisperro (voir: nisperro), découvert le fromage de chèvre local : il est légèrement fumé, savouré les différents miels, confitures et “dulces” à base essentiellement d’amandes. Le cap’tain n’a pas su résister et a succombé à la tentation...Vous connaissez ses goûts sucrés...

Puis, route du retour et profitant de ce que nous sommes motorisés, arrêt avitaillement surtout pour tout ce qui est lourd (de l’eau et des sodas pour certains et du vin et des bières pour les autres...)

Le lendemain, changement de décor : nous prenons la direction de l’ouest, route pleine de courbes traversant des collines verdoyantes et des villages s’éparpillant dans la campagne, puis des forêts de pins canariens (ils résistent au feu et donc survivent aux incendies)  pour atteindre la “Caldera de Taburiente” par le nord et l’observatoire d’astrophysique. Il est implanté dans l’environnement fabuleux du “Roque de los Muchachos”, au plus près des étoiles. Inauguré en 1985, il regroupe la plus grande concentration de téléscopes de l’hémisphère nord. 60 pays ont contribué financièrement à sa création. Malheureusement, ses portes ne sont ouvertes au public que l’été. C’est l’un des meilleurs sites du globe pour observer le ciel nocturne. Située au milieu de l’Atlantique, loin de la pollution lumineuse des grands centres urbains, La Palma constitue l’endroit idéal pour regarder les étoiles. D’ailleurs, il est demandé de ne pas allumer ses phares lorsqu’on y roule la nuit pour ne pas déranger les astronomes!DSC03625

C’est dans ce fabuleux décor de pics rocheux que nous pique-niquerons et puis balade digestive pour admirer l’à-pic d’un des dénivelés les plus importants du monde. Dans un silence impressionnant, la vue y est à couper le souffle. Nous avons eu de la chance car les nuages n’avaient pas envahi comme souvent le coeur de la caldeira. Et c’est déjà la route du retour ....

Un appel via skype à notre petit loulou qui nous demande : “encore combien de dodos avant que vous reveniez?” Et là, nous sommes sidérés car à notre réponse : 40, il commence à compter sans se tromper. C’est à ce genre de chose que nous comprenons que nous avons allons retrouver un petit loup bien grandi!

Lundi visite du doctor es pilote et attente de son verdict, mardi activités habituelles d’un bateau au port: lessive, courrier, épissures, ...bref de quoi nous occuper en attendant mercredi où, en bus, nous allons visiter Santa Cruz de la Palma, capitale de l’île.                                                                        

 Avec le déclin des activités portuaires et la fermeture des chantiers navals, elle a perdu une part importante de ses ressources et vit désormais essentiellement du tourisme. A peine descendus du bus, c’est au port et à la marina que nous nous rendons et là nous constatons avec étonnement que le ressac des bateaux amarrés est important, même si à l’extérieur il n’y a pas ou peu de houle, les amarres doivent souffrir...

La calle Real, artère principale de la ville, est étroite,  pavée de galets et bordée de grandes maisons coloniales en pierres ou colorées arborant en façade des doubles balcons en pin canarien ouvragés. Beaucoup d’entre elles datent du 16éme, 17ème ou 18ème siècle et sans avoir été abîmées, elles ont été souvent transformées en boutiques, restaurants., centre culturel...DSC03665

Il règne une atmosphère attachante et bon enfant dans cette ville qui en fait n’est qu’un gros village (18.260hts).

La Plaza de Espana forme ce qui est dit le plus bel ensemble Renaissance des Canaries. Place remarquablement homogène qui épouse à merveille l’irrégularité du terrain. (des escaliers montent vers la ville haute) L’église del Savador a un plafond à caissons de style mudéjar (plafond en marqueterie de bois précieux ou décoré en plâtre).

Nous nous sentons bien dans cette petite ville et nous y reviendrons, en bus toujours, le vendredi. Nous explorerons d’autres quartiers et visiterons le “mercadillo “municipal, bel ensemble architectural où nous goûterons et apprécierons le “guarapo”. Jus de la canne à sucre, qui sera pressée sous nos yeux et aromatisée avec du fruit de la passion ou maracuja. Un délice, rafraîchissant!! Une chouette découverte.

Les vents sont bons, nos copains de Tavéac nous quittent et entreprennent le retour vers Fuerteventura via le chemin des écoliers càd d’île en île, de mouillage en mouillage.

Balades, lectures, découverte d’un marché où nous verrons fabriquer des “purros”(cigares) manuellement ponctueront nos journées en attendant l’arrivée du nouveau moteur du pilote.

Ca y est, je vois la camionnette d’”El Chopo”, le mécanicien!! Il a tenu parole et il vient bien ce mardi nous apporter la pièce salvatrice...

Mais à la grandeur de la boîte le capt’ain a un doute, un mauvais pressentiment : effectivement, le moteur livré est celui avec un bras court et il nous faut celui avec un bras long.

Il jure un bon coup, exprime son mécontentement...et moi qui avait accueilli ce mécanicien en lui disant “El Salvador”...Je me fais toute petite dans un trou de souris.

Il n’est pas content non plus, il téléphone longuement à l’importateur Raymarine, cherche l’origine de l’erreur et même si nous ne comprenons pas tout en espagnol, la tonalité nous en dit long sur les noms d’oiseaux qui s’échangent...

Nous n’avons qu’une solution : attendre la livraison du bon moteur, mais ce jeudi 29 mars en Espagne, c’est “huelga general” (grève) et donc pas de transport donc un jour supplémentaire de délai. Nous voici coincés ici quelques jours de plus...Mais bon, nous pourrions être plus mal lotis ( au froid, sous la pluie par ex...) et comme après discussion, il s’avère que c’est la firme qui prendra en charge les jours de port supplémentaires (ce qui , supposons, fera accélérer l’envoi), nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur et nous en profitons pour aller découvrir le nord et nord-est de l’île que nous ne connaissions pas.

La dense forêt tropicale, les collines fertiles, le joli village très coloré de San Andrés avec ses rues pavées de galets et bordées de maisons anciennes dévalant vers la mer nous a offert un spectacle de toute beauté.DSC03684

Non loin de là, après avoir emprunté le “puente” (=pont) de Los Tilos de 353m qui enjambe le barranco et nous être enfoncés dans une végétation de plus en plus dense, nous avons atteint la forêt de Los Tilos (laurisilva). Elle doit sa luxuriance à la fraîcheur des alizés qui butent sur les hauteurs de l’île et se condensent en nuages. L’humidité presque constante et la chaleur y permettent la préservation de plusieurs espèces endémiques de fougères. Nous y randonnons une petite journée et découvrons une forêt grouillante de vie, un écosystème frais et humide ( cascades, eau ruissellant des parois). Lieu un peu magique avec des bruyères de dimensions surprenantes, des fougères arborescentes, des mousses recouvrant des lauriers géants (20 à 30m ) .DSC03706

Au retour, nous compterons pas moins de 16 tunnels en 20 km...de quoi alimenter nos réflexions politiques sur la manière dont l’Europe distribue ses subsides. Autant de tunnels sont-ils nécessaires? Quel est le gain de temps réel? Combien de voitures les empruntent-ils? Est-ce bon ou même utile d’aider ces gens à se déplacer plus vite et surtout pour faire quoi? Est-il bon de donner des facilités pour après devoir les reprendre parce que le pouvoir politique n’a pas été suffisamment prévoyant? Que de débats en perspective...


Ca y est, El Chopo est là et le moteur du pilote est remplacé...Tout fonctionne, les prévisions météo sont bonnes et donc nous partons aujourd’hui à 15 h vers Fuerteventura afin de préparer y laisser Manéa et de prendre l’avion pour vous retrouver...

A bientôt...

 

La Palma

 

 

 

 

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Published by manéa - dans 2011
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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 18:19

 

 

La Gomera : l’île ronde : 5ème escale aux Canaries

 


Après le Sud de Tenerife et ses gigantesques villages de vacances, énormes pompes à fric, ne laissant guère de place aux cultures canarienne et espagnole mais plutôt allemande et anglaise (il suffit de parcourir les rayons d’un supermercado pour s’en rendre compte : multitude de saucisses et gelly’s de toutes les couleurs), le 28 février au matin, nous levons l’ancre et partons vers une des plus petites îles canariennes : La Gomera.

C’est une île ronde qui a 25km de diamètre, 24.000 habitants vivant dans 6 villages, 2 routes principales (pas possible de se perdre) et qui vit principalement de l’agriculture : bananes et fruits tropicaux et multiples petites  terrasses et jardins permettant aux insulaires de vivre en autarcie.

Une fois de plus, cette île est marquée par l’empreinte de Christophe Colomb puisque c’est ici que vivait sa maîtresse : Beatriz  de Bobadilla et qu’il y embarqua l’eau pour sa traversée. Selon le folklore local, il aurait « baptisé » l’Amérique avec celle puisée dans un de ses puits. Lieu mythique donc pour tous ceux qui se préparent à «  La traversée « en suivant la route ouverte par Colomb il y a 520ans.

Ile où on ne peut arriver que par bateau ou par petit avion de ligne intérieure à la capacité limitée et donc de ce fait très préservée du tourisme.

Après un début de traversée au moteur, le vent se lève assez vite et c’est sous génois et trinquette que nous parcourons les 23 Milles nous séparant de Tenerife.

Le dépaysement est total, nous mouillons dans une baie sauvage, entourés non plus par des buildings mais par des falaises impressionnantes où la roche a été sculptée par l’érosion.DSC03502 

Que dire ? Nous y vivrons d’abord 6 jours dans des mouillages superbes et plus sauvages les uns que les autres, entourés par des falaises rudes et escarpées, bercés par le chant de la mer ramenant les galets sur la plage, quasiment hors du monde et du temps.

Comment se passent nos journées ? Elles filent toutes plus vite les unes que les autres : lecture sur le pont sous la caresse du soleil, vie quotidienne (préparation des repas, confection du pain, entretien du bateau, échanges avec l’équipage de Tavéac…) et observations : goélands plongeant sans raison sur l’eau et puis nous apercevons des dauphins qui sont là, près de nous, dans la baie. C’est apparemment leur lieu de vie car nous les repérerons 3 fois au même endroit, à des moments différents,                                                                                    

 Un soir, c’est apparemment un chant d’oiseau mélodieux et strident qui nous captive. Cherchant son origine, nous découvrons à flanc de falaise un berger ramenant ses moutons et en portant même un sur les épaules. En fait c’est lui qui émet ce langage qu’ici on appelle le silbo.                                                      

 Sentiment aussi de remonter dans le temps et de nous retrouver à la période de la préhistoire lorsque nos ancêtres vivaient dans des grottes. En effet, dans certaines falaises, l’érosion a creusé des grottes et le matin nous voyons en sortir des hommes et femmes nus, vivant la journée au bord de l’eau. Le soir, ce sont des feux qui illuminent la nuit à différentes hauteurs des falaises.                                          

Ile à l’atmosphère très particulière donc qui nous a offert ces cadeaux sans prix.

Après ce bain de nature, nous prenons la direction de l’unique port de l’île, celui de sa capitale San Sebastian où nous laisserons Manéa pour pouvoir découvrir La Gomera de l’intérieur.

San Sebastian est une petite ville agréable, aux places ombragées et qui se parcourt aisément à pieds.

Nous louons une voiture et le premier jour nous sillonnerons la route de droite et le second celle de gauche.

Elles ont en commun de grimper rapidement et d’avoir de nombreux virages.  Plus ça monte, plus la végétation devient exubérante et luxuriante en raison de l’humidité ambiante apportée par les alizés. Les troncs sont envahis par la mousse, les fougères sont géantes, les lauriers atteignent une hauteur de 10m.*  Sur la route, nous rencontrons parfois des mers de nuages formés par les alizés se heurtant aux crêtes. Nous nous arrêtons régulièrement aux nombreux « mirador » (= point de vue) prévus et contemplons. Ile tout en montagnes russes forgées par les volcans et sculptées par l’érosion .DSC03560

Dans le sud, région la plus ensoleillée, alternent montagnes brûlées vallées de bananeraies luxuriantes, côtes rocheuses austères et plages de sable noir.

La plus impressionnante de ces vallées est celle de Valle Gran Rey : ravin aux allures d’amphithéâtre où au fur et à mesure de la descente dans le canyon, les falaises arides laissent place à de nombreuses petites  terrasses verdoyantes  parmi lesquelles s’éparpillent des habitations d’un blanc immaculé et ce barranco se termine par une palmeraie exubérante. C’est là, que Jacques observera les seaux qui récoltent le suc de palme avec lequel les insulaires fabriquent le « miel de palma » qui est en fait la sève de palmier récoltée et puis chauffée, un peu comme le sirop d’érable.

Après ces 4 jours passés à bon escient au port (un coup de vent est passé ) nous repartons à nouveau pour ces mouillages dont nous ne nous lassons pas. Celui situé à la sortie de Valle Gran Rey est impressionnant par la majesté de ses falaises. Dans le petit port règne une atmosphère bon enfant, les vieux pêcheurs passent leur journée à jouer aux dés mais surtout il y a beaucoup d’hippies et de « baba-cool » jeunes ou plus âgés.

Le soir, cela nous amène à des réflexions plus philosophiques sur les besoins, le fait d’être marginal, la liberté des choix, la solidarité, la responsabilité…Nous ne vous « tannerons » pas avec celles-ci mais si vous le souhaitez nous les partagerons avec vous lors de notre retour ou par mail interposé.

Demain, nous avons quitté cette belle île préservée, (pour combien de temps encore?), pour voguer vers notre dernière escale aux Canaries : l’île de Palma.

Nous n’irons pas à El Hierro, la plus petite des Canaries car depuis octobre 2011, un volcan naît dans la mer face à elle et la navigation y est très déconseillée si pas interdite certains jours.

En route donc pour la dernière découverte avant de prendre le chemin du retour.

 

A bientôt

 

* A l’heure où nous publions ces notes, tout ou presque est hélas, parti en fumée

 

  La Gomera

 

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 17:51

 

 

TENERIFE :4ème ESCALE AUX CANARIES : ESCALE ECLAIR….

 

 

Tenerife, au centre de l’archipel est la plus étendue des îles canariennes. Elle offre une grande diversité de paysages et de curiosités naturelles : plages de sable blanc ou noir, végétation exubérante et bananeraies à perte de vue, sous serres ou à l’air libre, immenses champs de lave dominés par l’imposante silhouette du pico del Teide (3718m), forêt de pins et de lauriers, vastes stations balnéaires avec soleil garanti tout au long de l’année…rien ne manque à ce triangle volcanique paradisiaque de 2000km2.

Le 23 février au petit matin, nous quittons Las Palmas et son port pour mettre le cap sur Tenerife où nous devons retrouver nos copains de Tavéac qui nous y ont précédés. La sortie du port est houleuse, pas mal de clapot dû au trafic incessant malgré l’heure matinale. Nous faisons route au moteur durant quelque temps et la pointe NE de l’île passée, nous pouvons enfin virer vers l’ouest direction Tenerife mais si la mer s’est calmée, le vent aussi et mister Perkins est donc appelé à la rescousse pour nous faire avancer. Enfin, vers 10h, le vent se lève et nous pouvons dérouler le génois et la trinquette. Un banc de marsouins vient nous saluer, cabrioler et nous occuper durant un long moment. Toujours aussi magique !!! Et puis, arrive la nouvelle tant attendue : la petite Lily-Ana est née ce matin et tout va bien pour elle et ses parents. Nous sommes heureux et émus car nous ne la verrons pour la 1ère fois que dans deux mois. Elle aura certainement déjà beaucoup changé lors de notre retour, mais un bateau ce n’est pas comme une voiture que l’on laisse au parking. .. Nous avançons bien et nous avons froid car le vent souffle. C’est emmitouflés (veste de quart pour le capitaine et même cagoule polaire pour le moussaillon !!) que nous entrons à Puerto Radazul sur Tenerife au grand étonnement de l’équipage de Tavéac car le soleil brille. Le port étant petit, nous nous mettrons à couple de leur voilier. Le soir apéro retrouvailles : un planteur de derrière les fagots préparé par le moussaillon.

Après une bonne nuit, nous partons en bus découvrir Santa Cruz qui n’est pas à proprement parler « une belle ville » mais il est néanmoins agréable d’y flâner. C’est une cité espagnole typique dénuée des pièges à touristes du sud. La journée se passe en balades.

Le lendemain, location de voiture pour aller découvrir le Pico del Teide qui culmine à 3718m et est le plus haut sommet d’Espagne. DSC03374C’est un ensemble de plusieurs volcans dont la dernière éruption date du 18ème S. Aujourd’hui, le volcan est endormi, son activité se limite à des fumerolles. La route qui nous y conduit, la route des crêtes, traverse l’île et une forêt somptueuse avec des échappées éblouissantes sur les paysages côtiers. Et puis, changement de décor lorsque nous entrons dans le « parque nacional de Las Canadas del Teide ». Sa superficie est de 189,9 km2. Constituée de débris volcaniques accumulés, la caldeira (chaudière) ressemble à un immense champ de lave ponctué d’éboulis ou de concrétions rocheuses aux formes et couleurs très variées : du blanc au noir en passant par le violet sombre et le rouge. Ces différences de teintes sont dues aux différents minerais présents dans les débris volcaniques. Les cratères rouges, jaunes et bruns y ont des airs de taupinières préhistoriques. Une fois de plus la magie de la nature opère et nous nous taisons  (oui, oui, parfois je me tais) devant tant de beauté. DSC03420 

Arrivés au pied du Teide (2350m), nous accédons en téléphérique à l’altitude de 3550m en 8 minutes. Sensations fortes, trajet et vues superbes : en contrebas s’étale majestueusement la vallée volcanique, îles de La Gomera, La Palma et El Hierro émergeant de l’Atlantique. Nous parcourons durant 1km un sentier balisé qui nous offre de superbes points de vue mais nous ne grimperons pas à son sommet. C’est la première fois que nous montons si haut. Pourtant, il nous faut redescendre et prendre la route du retour.

Fatigués mais heureux nous regagnons notre port d’attache.

Le lendemain dimanche, après que l’équipage de Tavéac a reconduit à l’aéroport sa fille Eva, nous partons vers le sud où nous mouillerons deux jours devant des complexes touristiques. Cela ne nous donne pas envie d’aller à terre et le mardi matin, le 28 février, nous mettons le cap sur l’île de La Gomera que l’on dit si sauvage et si peu touristique…

Notre passage à Tenerife aura donc été assez bref mais nous sommes persuadés, pour le peu que nous en avons vu que comme à Gran Canaria, le cœur de l’île a su se préserver : plus on s’éloigne des stations du sud-ouest, moins il y a de vacanciers et plus les villages sont restés authentiques.

 

Tenerife 

 

 

 

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 17:31

 

Gran Canaria : notre 3ème escale aux Canaries


Le vendredi 27 janvier à 4h, branle-bas de combat sur Manéa. Il fait encore nuit noire mais nous sommes déjà debout pour lever l’ancre et mettre le cap sur Gran Canaria. Nous devons parcourir +ou- 57M et nous voulons arriver de jour et comme nous ne connaissons pas d’avance la vitesse que nous ferons nous préférons prendre nos précautions. Un peu de stress pour récupérer l’orin et l’ancre dans l’obscurité mais tout se passe bien et nous quittons le mouillage de Morro Jabble au sud de Fuerteventura vers 5h comme prévu.

Le vent est de NE, entre 18 et 20 Nds, la houle entre 1m et 1,5m, mais protégés par la côte, pour l’instant, le vent est faible et nous naviguons au moteur. A bout d’une petite heure, nous pouvons envoyer le génois, seul, car c’est du portant qui est annoncé.

Nous naviguons donc grand largue, navigation agréable. Nos copains bretons de Tavéac sont partis en même temps que nous et nous faisons route parallèle. Nos vitesses sont quasi identiques, Dès le lever du jour, le vent tombe un peu et Michel envoie la grand-voile, d’abord avec un ris, puis le largue car le vent a encore molli (environ 12nds). Par précaution, lorsque nous naviguons de nuit, nous préférons être sous-toilés que surtoilés, le bateau étant alors plus facile à maîtriser si le vent monte. Alors que Fuerteventura est encore visible, l’île de Gran Canaria se dessine déjà. Comme à chaque traversée, la magie opère et nous contemplons l’océan, y cherchons tous les signes de vie quand tout à coup, un banc de marsouins (petits dauphins) surgit à l’étrave de Manéa, pirouette, cabriole et semble réagir à nos encouragements émerveillés. Nous nous sentons en harmonie profonde avec la nature. Sensations difficilement descriptibles.

Sans raison apparente (même vent, même route, même surface de toile) nous devançons Tavéac et mouillons 25 minutes avant eux dans la baie de Las Palmas, devant les ports de commerce et de plaisance.DSC03194

Las Palmas est une grande ville de + ou – 400.000 habitants mais c’est d’abord un grand port, le 5ème d’Espagne, au carrefour de 3 continents : Europe, Afrique et Amérique. Les Canaries jouissent d’un statut de port franc et donc détaxés dans beaucoup de domaines (par ex : taux de TVA ici 5% , en Espagne : 18% ; peu d’accises : un paquet de Marlboro coûte ici 2,4€ alors qu’en Espagne continentale, il coûte plus de 5€ , un litre d’essence coûte +ou- 1euro alors que sur le continent c’est 1,5 euro ) Pourtant, ici aussi nous sommes en Espagne, il y a donc 2 sortes de citoyens espagnols…

A notre arrivée nous avons donc slalomé entre cargos, remorqueurs, HLM flottants (bateaux de croisière) et c’est assez impressionnant : sensation de petitesse et plaisir aussi car nous sommes dans un vrai port, nous y sentons la vie. Jour et nuit on y travaille à charger, décharger….

Las Palmas de Gran Canaria est une ville calme ni vraiment canarienne ni tout à fait espagnole et déjà presque sud-américaine (ainsi ici on ne dit pas autobus mais guagua) qui s’étire dans la partie étroite d’un isthme. Ici vivent plus de 400.000 personnes et excepté le flot des voitures à certaines heures, il est difficile de s’en rendre compte. C’est indiscutablement la capitale de l’archipel même si de vieilles rivalités l’obligent à partager ce titre avec Santa Cruz de Tenerife. 

C’est une ville aux visages multiples et nous l’avons maintes et maintes fois sillonnée à pieds. Son cœur ancien est constitué de deux barrios ou quartiers : Vegueta et Triana, où il est très agréable de flâner en admirant les maisons à  balcons de bois, patios fleuris, lourdes portes en bois verni. Une des plus belles est la « casa de Colon » : construite autour de deux patios avec balcons, fontaines, palmiers et perroquets. L’extérieur est à lui seul une œuvre d’art associant des motifs plateresques exubérants à des balcons traditionnels à balustrades. Quant à l’intérieur, il est superbe et dans les différentes pièces à plafond à caissons sont retracés les quatre voyages de Colomb de 1492 à 1504. De quoi nous faire rêver…

DSC03324Las Palmas restera pour nous une escale riche en rencontres de tous types.

C’est d’ici que partent beaucoup de voiliers pour traverser l’Atlantique et il y a donc de nombreux corps de métiers compétents présents sur le port et en ville. De plus, les prix pratiqués y sont concurrentiels par rapport au continent. Cela tombe bien car le capitaine est bien décidé à en finir avec les problèmes récurrents de l’enrouleur de génois. Contacts pris avec les gréeurs, le travail se réalise en toute confiance.

Cherchant des leds pour le carré dans un ship (= magasin) sur le port, nous faisons la connaissance d’un client du magasin qui se permet de nous dire qu’il peut nous filer un tuyau à ce propos. Dès la sortie, il nous amène sur le bateau de Marc et Lisbeth qui ont ouvert un commerce de leds à des prix défiant, eux, toute concurrence. Cela se passe dans la confiance et la simplicité, les leds peuvent être essayés avant l’achat et Lisbeth ira même jusqu’à renvoyer en Allemagne ceux que Michel avait acheté en Belgique via internet et qui ne conviennent pas pour les plafonniers de Manéa car ils sont à un contact et non à deux comme nécessaire. Geste désintéressé.

Nous rencontrons aussi Martha, présidente de l’association « les Correos de la Mar » qui recherche des voiliers afin d’expédier vêtements, semences, matériel scolaire…vers des associations, organisations non gouvernementales au Sénégal, Cap Vert et Brésil. Nous ne travaillons plus mais nous ne pouvons rester insensibles à sa demande et c’est évidemment le transport de matériel scolaire qui nous plairait le plus. On ne se refait pas. Etre des courriers de la mer nous permettra aussi de rencontrer les populations locales et c’est un des buts de notre croisière.  Grâce à elle, nous réaliserons donc plus facilement ces rencontres. Plus de 150 voiliers ont ainsi déjà transporté des colis vers ces pays. Les Correos de la Mar commençant à être connus, elle reçoit de plus en plus de vêtements, matériel scolaire, mais aussi de quoi alimenter une brocante. Elle profite d’ailleurs du grand rassemblement des bateaux à Las Palmas pour le départ de l’ARC ( Atlantic Rally for Cruisers)  pour organiser sur le port un marché aux puces. Elle a aussi besoin d’aide pour trier et organiser par sexe et groupes d’âge les vêtements reçus. Nous avons donc consacré un samedi à l’aider à cette activité de fripier. Si certains vêtements sont nickels, d’autres sont trop abîmés ou même sales et elle craint de froisser la susceptibilité des populations : ils ne sont pas nos poubelles ! Le tri est donc impitoyable, tout ce qui ne convient pas, c’est «  fuera ! » Après le travail, c’est la détente autour d’un repas, où Martha, néerlandaise arrivée à l’âge de trois ans aux Canaries, nous raconte sa vie, ses joies, ses peines, ses parents qui se font vieux et dont elle s’occupe car ils ne sont plus autonomes, ses projets ( elle fait restaurer une vieille maison qui lui cause bien du souci) et nous, qui racontons nos vies également, nos projets, nos interrogations, bref on refait le monde jusque 11h du soir, après quoi, elle nous ramène au bateau.

Bien que prévenus ( «  prenez des polars car j’habite dans la montagne, il ne fait pas chaud… ») nous retrouvons Manéa complètement congelés, car la chaleur des rencontres (et Martha sait y faire, je vous assure…) suffit aux cœurs mais pas toujours aux corps…

Nous sommes aussi partis à la découverte de la troisième ’île de l’archipel pour y découvrir des falaises côtières déchiquetées (ouest), des « vegas » (riches terres de culture au nord et nord est) et des « barrancos » ( lits de rivières asséchées au centre) où poussent bananiers et palmiers et aussi des complexes immobiliers hideux (sud)

Nous décidons d’ »explorer » le centre qui est resté « authentique » et où les montagnes nous ont offert des tableaux spectaculaires.

Nous nous sommes d’abord dirigés vers le nord qui concentre l’essentiel du potentiel agricole de l’île sous forme de cultures en terrasses ou celle d’hectares de serres de plastique où poussent tomates, bananiers…Routes sinueuses, nombreux et calmes petits villages et hameaux aux maisons colorées éparpillés dans le centre de l’île et nous voici déjà sur la côte occidentale. La route qui nous mène d’Agaete à La Aldea De San Nicola nous offre un parcours grandiose avec des vues à couper le souffle. Nous longeons de hautes falaises, d’étroits barrancos et une succession de crêtes volcaniques. Comme nous l’a dit Martha, c’est parfois faire beaucoup de route pour aller d’un petit hameau à un autre mais la route en elle-même est un cadeau visuel.DSC03266

Curieux, nous sommes également allés vers le sud abîmé par un chapelet de complexes touristiques au goût douteux et destiné au tourisme balnéaire de masse des adorateurs du soleil. Nous n’y sommes pas restés longtemps…Excepté Puerto Mogan où les ruelles fleuries du centre sont charmantes.

Anne-Marie, nous a aussi rejoint pour une semaine de retrouvailles, d’amitié partagée et comme elle dit de repos car vie « hors du temps ». Avec elle, nous avons à nouveau sillonné essentiellement le centre de l’île au relief accidenté, peu peuplé et peu fréquenté par les touristes. Les jours ont filé à toute allure et nous n’avons pas eu l’occasion de sortir avec elle en voilier. Les mouillages quasi inexistants et peu fiables, le vent costaud ( 2O à 25 Nds en permanence avec la mer qui va avec, bien sûr, et qui rendent la remontée au près pénible…)mais aussi des contraintes d’horaires quant à son  retour (6jours, c’est très court !) ne nous ont pas permis de lui offrir ce plaisir… La prochaine fois, on le fera, promis, juré !

Dans deux jours, nous partons pour Tenerife, quatrième escale aux Canaries. Nous avons bien pris la « température » de cette île, comme des deux premières Lanzarote et Fuerteventura. Chacune a sa propre personnalité, très différente des autres : ne croyez pas les connaître toutes les trois en n’en ayant vu qu’une seule…

A bientôt pour de nouvelles découvertes.

 

Gran Canaria

 

 

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 18:37

 

ERRANCES EN MACRARONESIE (CA FAIT CHIC, HEIN ?)

 

Nous vous avons quitté au seuil de l’an nouveau que nous avons fêté à Puerto Calero (Lanzarote) avec nos copains bretons de Tavéac.

Depuis nous « bourlinguons » de concert au gré du vent et des mouillages.

Restant sur notre faim, pour cause de mal de mer chronique d’Elsa et Antoine, nous sommes retournés pour quelques jours au mouillage de Papagayo (côte sud de Lanzarote) où Michel a enfin pu aller snorkeller ( = se balader dans l’eau avec masque et tuba pour regarder les poissons et quand on est plus habitué chasser) avec Jacques qui lui est un habitué. En annexe nous avons également gagné la plage et sommes allés nous balader sur cette pointe sauvage.

En bateau, on ne sait jamais à l’avance ce que l’on fera le lendemain car tout dépend de la direction et de la force du vent qui peuvent rendre unDSC03024 mouillage aujourd’hui paradisiaque invivable le lendemain.

C’est donc pour cette raison que nous avons quitté Papagayo pour nous réfugier à l’abri de la digue de Marina Rubicon dans l’avant-port. Précaution judicieuse car le vent est passé au SE de force 6 à 7( de 22 à 33 Nds) nous amenant du sable du Sahara (=sirocco). Chaque matin, pour garder un rendement optimum de nos panneaux solaires, nous devions les nettoyer de la  fine pellicule de sable rouge qui les recouvrait. Notre semaine de mouillage « forcé » est passée très vite  entre les levers réguliers pour vérifier la tenue de l’ancre, les siestes ensoleillées mais venteuses pour récupérer des réveils nocturnes, le nettoyage des coques malgré le clapot, les courses à terre, quelques balades venteuses, la connaissance d’un Anglais comme nous au mouillage (il a trouvé grâce aux yeux du capitaine car il vient des Cornouailles et n’est donc pas tout à fait anglais, il a du sang celtique)  et les différents pots chez l’un et l’autre. Lors du nettoyage communautaire de notre coque cela s’est même terminé par une crêpes –party sur Manéa.

Après cette semaine du grand vent, nous avons quitté définitivement Lanzarote pour partir à la découverte de Fuerteventura. Nous avons mouillé à Isla de Lobos, petite île située entre Lanzarote et Fuerteventura. Là encore le capitaine a « snorkellé » et Jacques a ramené le souper : 2 délicieux sars et un poulpe.

Les jours défilent et nous sommes déjà le 17 janvier. La dernière nuit ayant été « rouleuse »nous mettons le cap sur le SE de Fuerteventura. Les vents sont  portants et nous avançons bien, nous faisons même une pointe à 9,5Nds. Nous naviguons sous génois et trinquette. Michel qui commence à s’intéresser à  la pêche a installé son moulinet à la traîne et sa pieuvre colorée à l’arrière du bateau. Il aura quelques belles touches, de beaux démarrages mais rien au bout. Dépité, il s’aperçoit que si la pieuvre est toujours là, le double hameçon du leurre, lui est disparu. Peut-être est-ce son moussaillon qui lui a porté la poisse car dès que le moulinet commençait à chanter elle préparait l’appareil photos pour immortaliser la prise du siècle. Vérification du vieil adage «  il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

Le vent forcit et il faut réduire la toile et pour cela la rouler un peu et donc choquer (= larguer) un peu d’écoute pour pouvoir rouler le génois. C’est le moussaillon qui doit choquer peu à peu pendant que le capitaine roule. Fausse manœuvre, au lieu de lâcher doucement, l’écoute file à toute vitesse et en essayant de la retenir, elle me brûle l’intérieur des doigts. Résultat des cloques de plus en plus grandes sur tous les doigts et même la peau arrachée profondément à l’intérieur des phalanges de l’index gauche. La manœuvre est réussie mais je sens que je vis et ma main n’est apaisée que dans l’eau froide. Quand Michel me dit que je suis gauchère, je m’en étonne souvent, pourtant cet accident en est la preuve.

A notre arrivée à Gran Tarajal, nous sommes accueillis par la sécurité. C’est en effet le point le plus proche de l’Afrique et c’est souvent ici que les clandestins choisissent d’arriver. C’est un petit port public dans une ville canarienne non touristique.

Les formalités d’entrée accomplies, sur conseil du pharmacien consulté, nous nous rendons au « centro de la Salud » ( centre de santé, dispensaire) car les blessures sont profondes. Nous découvrons que les cartes européennes de sécurité sociale sont efficaces à condition d’être à jour. Or les nôtres expiraient le 31 décembre 2011. Nous avions pourtant essayé de les faire prolonger avant notre départ mais c’était trop tôt dans le temps (administration quand tu nous tiens…). Malgré cela, les soins quotidiens me seront donnés sans m’être facturés (la caisse espagnole récupérera directement auprès de la mutuelle belge) car de toute façon nous dira le médecin la « sécuridad sociale ruina ».

Convalescence oblige, nous louons une voiture pour visiter l’île. A quelque chose, malheur est bon…

DSC03096Le vent du large souffle en permanence sur cette terre rouge et ocre comme nulle part ailleurs. Le nom de l’île lui va comme un gant. Heureusement, c’est une île de soleil avec un ciel presque toujours extrêmement dégagé et bleu. Soleil et vent font la joie des surfeurs.

Deuxième en superficie mais essentiellement constituée de terres hostiles, Fuerteventura demeure l’île la moins densément peuplée de l’archipel avec celle d’ El Hierro. Ici, il y a 54,35 hab/km2. C’est une terre de larges espaces et de solitude.

Le soleil y a modelé des paysages brûlés sur des collines et montagnes plutôt arrondies où ne pousse qu’une végétation steppique.

L’Afrique et le Sahara sont à moins de 100km et tout vient le rappeler : horizons de dunes, rares villages blancs aux maisons cubiques au milieu des palmeraies au creux des vallées, habitat clairsemé et relief adouci par rapport aux autres îles canariennes.

Ici le nom de Béthancourt résonne très fort et il apparaît sous sa forme hispanisée par exemple dans le village de Betancuria qui était l’ancienne capitale. Ce nom descend du colonisateur normand qui découvrit et colonisa l’île sous le drapeau de la famille de Castille.

Le tourisme est la grande ressource de l’île : 1,5 million de touristes séjournent dans l’île chaque année alors qu’elle ne compte que 100.OOO habitants. Au Sud de l’île, le long de la côte où abondent les plages de sable blanc les résidences de vacances poussent comme des champignons et déparent souvent les paysages. Ici, apparemment les promoteurs ont eu davantage le champ libre pour profiter de la manne touristique. Une plage médiocre de sable blanc est toujours préférée à une belle plage de sable noir (sensation de saleté sans doute)

Ici, l’eau manque cruellement. Comme à Lanzarote, les vents marins qui passent au-dessus des massifs arrondis de l’île donnent rarement la moindre ondée mais seulement quelques gouttes de rosée (il tombe 150mm d’eau par an). Pourtant selon des récits qui datent du temps de la conquête par les Normands (Jean de Béthancourt), il y avait autrefois de nombreuses sources. A l’exclusion de celles signalées par des éoliennes puisant une eau saumâtre dans les nappes phréatiques, elles sont toutes taries. Les averses extrêmement rares ne parviennent pas à les réalimenter. La seule solution reste donc le dessalement de l’eau de mer par distillation ou par osmose inverse (séparation des sels sous pression par passage dans des membranes semi-perméables). L’usine de Puerto Rosario (la capitale) peine à couvrir les besoins d’une île qui fait plus que doubler sa population chaque mois en attirant mensuellement plus de 120.000 visiteurs. C’est ainsi que l’eau de Fuerteventura est l’une des plus chères d’Espagne.

L’attrait de cette île réside surtout dans ses paysages arides, ses plages paradisiaques pour les fanas de la bronzette.

En ce qui nous concerne, n’étant pas fanas de la bronzette et même si certains paysages nous ont impressionnés par leur aspect désertique et grandiose, nous n’avons pas ressenti ici les mêmes émotions qu’à Lanzarote où » nature brute de décoffrage »  la culture se marient.DSC03083 

Ma main étant quasi guérie, cette île ne nous séduisant pas plus que cela etles vents étant calmes, nous mettons le cap demain sur un mouillage au sud et puis nous traverserons vers Gran Canaria où nous ferons aussi quelques mouillages avant de faire notre entrée officielle à Las Palmas au 1er février car là-bas une taxe est perçue mensuellement sur les bateaux. Il est donc idiot d’y arriver le 31 janvier car alors nous paierions la taxe pour tout le mois de janvier et le 1er février celle due pour le mois de février.. .Vous n’aurez donc plus de nouvelles de nous avant quelque temps…

A bientôt

 

 

Fuerteventura 

 

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 11:41

 

Lanzarote.

 

Depuis le 12 décembre nous sommes dans l'archipel des Canaries.

Durant quelques mois, nous allons les découvrir les unes après les autres.

Il y a les Grandes Canaries et les Petites Canaries, petites îles au N de l'archipel: Alegranza, Montana Clara et Graciosa.DSC02774

Arrivant d'Agadir, c'est devant l'île de Graciosa que nous avons mouillé durant 6 jours à la Playa Francesca. Nous y avons même été seuls au monde 24h avant d'y être rejoint pour les jours suivants par "Tavéac" un voilier breton. Il faut savoir qu'à certaines périodes de l'année il y a parfois plus de 35 bateaux au mouillage!

C'est une petite île de 27 km2 de garrigue aride, plate et sablonneuse et dominée par 5 cônes de scories alignés du Nord au Sud.

A environ 40 minutes de marche du village de Caleta del Sebo,  s'étend la ravissante plage de Playa Francesca.

A mille lieues du tourisme de masse, le village ne possède aucune route goudronnée et il semble être le fruit du croisement entre un village marocain et un avant-poste du Far-West.

 

La première grande île que nous découvrirons est Lanzarote. Pour une fois, la plume est prise par Elsa et Antoine qui nous  y ont rejoints une semaine.

 

" voilà un résumé à ma sauce ...(façon Elsa…)

 

Nous voici enfin le mardi 20 décembre 2011!!! Après avoir pris les précautions "d'usage", Antoine et moi-même partons pour les îles Canaries.

Une visite express chez Arnaud et Coco et celle-ci (et notre futur neveu ) nous conduisent déjà à l'aéroport ....

 

Après 4h de (long) vol, pas très confortable (merci Ryanair) il est minuit 30 quand nous atterrissons. Premier étonnement... ici les bagages arrivent vite (par comparaison avec la Crète où nous sommes allés en voyage de noces... les Crétois étant beaucoup plus zen (lents?)

Nous voici arrivés et vient le temps des retrouvailles avec nos matelots (en tee-shirt et short), partis depuis bien trop longtemps pour Elsa....

Direction Puerto Calero et sa marina où nous allons enfin découvrir celui qui fait tant parler de lui depuis quelques temps : Manéa, et il est vrai qu'arrivés au port, nous pouvons dire qu'il est quand même impressionnant. Nous le trouvons beau et grand !

 

Première difficulté : monter sur le bateau avec quelques kilos sur le dos !

 

Nous en découvrons ensuite l'intérieur, tout de bois, avec quelques touches féminines de la part de maman et ses mini couchettes!

Antoine et moi-même qui ne sommes pas toujours regardants sur le rangement, découvrons vite que nous allons devoir apprendre à ranger systématiquement (je vous rassure et peux déjà vous affirmer que nous n'avons pas perdu notre habitude de bordel pendant ce périple ...).

 

Première soirée tardive (couchés à 3h30 heure belge) sous le signe de la papotte avec à notre grande surprise, des crêpes à déguster avec une merveilleuse confiture de mangues tous deux préparés par notre notre chef cuistot préférée!  Ah maman, toujours mère poule !!

 

Lors de notre séjour, nous avons parcouru l'île chaque jour, y découvrant chaque fois  des lieux étonnants (naturels ou aménagés par l'homme).DSC02755

Le meilleur exemple en est la maison de César Manrique (architecte, peintre et sculpteur). Il a acquis une ancienne coulée de lave (il avait sûrement les moyens) et y a aménagé sa maison (1800m2 de superficie habitable), bel exemple d'une architecture moderne cherchant à se fondre dans l'environnement, à gommer la frontière entre espace intérieur et espace extérieur. Les salons s'intègrent dans des bulles volcaniques naturelles éclairées par des puits de lumière. Le basalte et le blanc immaculé des murs rappellent les tonalités des maisons traditionnelles de l'île. Le résultat est superbe! Il souhaitait que son île soit protégée du danger d'un développement anarchique du tourisme et son opiniâtreté a été payante: l'île est classée « d'intérêt touristique spécial". Ainsi les maisons ne sont pas très hautes, toutes sont blanches avec des portes vertes.

 Il a également aménagé avec talent Los Jameos del Agua : grottes appartenant à un réseau volcanique souterrain. L'océan, en s'engouffrant dans une fissure a rencontré la lave en fusion; un bouchon de vapeur s'est alors formé et a fait "sauter" la couverture de la poche, créant deux cavités à ciel ouvert. Le clou du site est le lac souterrain où vivent de minuscules crabes blancs aveugles.

 

Tout au long du séjour, nous serons tous les 4 étonnés et abasourdis par ces paysages si noirs, chaotiques, désertiques mais oh combien , majestueux.

L'île nous semble partagée en différents secteurs : un côté est plus agricole (et encore ! car il ne pleut quasi jamais), un autre est destiné à faire pousser la vigne (région de la Géria), un autre encore est complètement désertique (parc de Timanfaya ), ...DSC02877

 

Antoine et moi tombons amoureux de cette île si magique façonnée par la mer, le vent et le feu.

Nous avons la chance de découvrir le parc naturel de Timanfaya le jour de Noël et il y a peu de monde. C'est une zone apocalyptique: coulées figées, crevasses, étendues de cendres, cratères... de + ou - 5000années, sortis du chaos au 18ème siècle. Cette éruption est un des phénomènes volcaniques les plus impressionnants de l'histoire. Chaque jour, durant 6 ans, 48 millions de m3 de lave ont jailli et coulé tandis que des pluies de roches en fusion s'abattaient sur la campagne et la mer. Univers de silence et de mort où la faune et la flore n'ont pas encore repris leurs droits et qui a servi de décor pour tourner certaines scènes de la Planète des Singes. Les couleurs y sont magnifiques et mes mots ne pourraient décrire la beauté des paysages....De plus, les gardiens du parc, réalisent différentes expériences prouvant  que les volcans sont bien là, endormis à quelques mètres sous nos pas, mais pour combien de temps ??

 

Emotion indescriptible, il faut y aller pour comprendre ce que nous avons ressenti, sensation que l'on est bien petits face aux forces de la nature, que notre terre est belle et que nous l'oublions bien trop souvent.

 

Découverte aussi de la vie en bateau, nous partons mouiller au sud de l'île : à Papagayo. Pendant le trajet jusqu'au mouillage, Antoine et moi n'étions pas très en forme et au mouillage non plus. Or, selon Michel et maman, pourtant, le bateau ne bouge pas !! Antoine avait proposé de préparer le repas mais son état ne le lui permet pas !! Il est mieux dehors, dans le cockpit que dedans, à l'intérieur du carré. Le soleil se couche déjà et nous avons l'impression qu'il ne se couche que pour nous 4 !DSC02796

Dodo juste après le repas tellement nous avions la nausée, nous nous endormons avec le bruit des poissons perroquets qui "grattent" la coque du bateau.

A mon réveil, Antoine qui a ressorti la canne à pêche laissée par Matthieu l'été dernier est déjà en train de titiller le poisson. Bonheur de contempler le lever de soleil sur cette ile qui parait si paisible alors que le feu gronde sous terre.

 

Nous pêchons le repas du soir (une dorade royale pour Elsa et un sars pour Antoine) avant de rejoindre la plage en annexe. Evidemment,  nous tombons sur une plage de nudistes , fous rires devant certains attributs passant sous notre nez  !!

Nous avons peur d'être encore malades et de passer une mauvaise soirée donc nous repartons au port mais nous nous sentons mieux suite à cette bonne nuit de sommeil.

 

Nous nous sentons de mieux en mieux sur le bateau, mais le fait d'être en vacances  n'en est pas la seule cause : être en débardeur/t-shirt en décembre, nous remonte le moral, la lumière et la chaleur du soleil sur notre peau, fêter Noël avec les matelots (avec quelques denrées ramenées de Belgique), voir la famille via skype, déguster de bons fruits tropicaux, prendre le temps, voir les merveilles de notre terre ...se satisfaire des petits bonheurs du quotidien ! Durant cette semaine, nous nous sommes réellement ressourcés !

 

Semaine de bonne humeur,  de découverte de la vie de Michel et maman sur leur bateau, leur vie, la fierté et l' étonnement de voir maman se débrouiller comme un chef sur Manéa, et voir surtout leur bonheur à tous les 2.

Cela fait du bien de voir qu'ils sont heureux sur leur bateau, heureux du choix de leur vie même si pour nous il est parfois difficile de les savoir loin de nous.

 

Nous nous sommes sentis un peu Père Noël dans l'âme avec nos victuailles de Belgique demandées par les matelots, les cadeaux donnés par la famille, les galettes de Mamy, les lettres, le dessin de Mathias pour son Papychel et sa Framboise, la première photo du 2ème futur petit Lemiez à venir (chez Arnaud et Coco ) ,etc ....

 

Nous repartons heureux, un peu tristes de les laisser derrière nous, mais heureux de les voir si bien! Nos sacs sont remplis de quelques denrées (dont les mangues qui feront que nous sonnerons plusieurs fois au portique de sécurité!) Dernier fou rire avec Antoine avant de monter dans l'avion quand un enquêteur du ministère nous demande où nous dormions et que notre réponse fut "sur un bateau " .... !Quel étonnement!

 

Nous repartons vers notre Belgique, à nous de ne pas déprimer et de garder le positif emmagasiné lors de cette semaine alors que nous allons reprendre le travail (enfin  dès le 28 pour Elsa mais pas avant le 3 janvier pour Antoine), retrouver les tracas de l'hiver, etc.

 

Merci à nos 2 matelots de nous avoir fait partager leur simplicité et leur vie pendant une merveilleuse semaine, mais on nous reverrons dans 4 mois ...et ça ira vite! Et c'est sûr nous reviendrons sur Manéa  !!!

Je suis fière  de toi maman !

Bravo pour ta patience Michel ;-)

Merci à vous 2 pour votre gentillesse !  "

 

Les sous-doués de la navigation.

 

Graciosa

 

Lanzarote

 

 

 

 

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 18:05

 

Ali-Baba et sa gazelle au pays des Mille et Une Nuits : suite….

 

Deux semaines déjà que nous sommes ici et nous percevons de mieux en mieux les  aspirations de ce peuple attachant. Peu à peu, au fil de nos rencontres, nous échangeons et alors qu’à notre arrivée, nous percevions leur « gentillesse » comme parfois du harcèlement, nous nous rendons compte que pour eux tous les moyens sont bons et indispensables pour trouver de quoi manger. Ici le taux de « chômage », c’est à dire sans travail, est élevé et de nombreux jeunes qui ont fait des études supérieures ne trouvent pas d’emploi ou alors des emplois sous-qualifiés.

                                                                                                          Ainsi, un taxi à qui nous disions  «  Vous avez un beau pays » nous a répondu que oui, mais qu’il y a aussi de la misère et même des endroits où l’on a faim. Il nous a ainsi confié qu’il avait une licence en lettres depuis 1995 mais que le seul emploi qu’il ait trouvé était chauffeur de  taxi. Oui, il y a des concours pour des postes mais il y a 20.000 candidats pour une cinquantaine d’emplois à pourvoir. Avec son salaire ( + ou – 300€), il doit faire vivre 7 personnes car ici pas de pension quand on est plus âgé (sauf si on a travaillé avec un contrat légal ce qui n’est pas très courant ou pour tout le secteur de l’administratif) mais solidarité et prise en charge alors par les enfants. 

 Lorsque nous sommes passés devant un palais,  à ma question si c’était celui de Mohammed VI, il m’a répondu avec ironie, non, ici c’est le « petit palais », lorsqu’il vient il habite le 2ème palais qui est beaucoup plus vaste (en insistant sur la notion de vaste) et qui va jusqu’à la mer…Celui-ci c’était celui de son père, HassanII. Nous l’avons senti aigri, déçu mais aussi fier car au moment de payer, nous avions arrondi la somme, il a refusé le pourboire en nous disant que ce n’était pas le prix convenu. Pourtant, nous, ne souhaitions pas l’humilier mais le remercier pour son partage.

Cette crise de l’emploi pour les jeunes diplômés explique aussi en partie la non-fréquentation scolaire car à quoi cela sert-il d’étudier si c’est pour ne pas exercer la profession choisie ? Sans compter les sacrifices inutiles consentis par les parents. Alors un certain nombre de jeunes préfèrent travailler tout de suite. Cela nous renvoie à l’origine de la révolution du jasmin et du suicide de Mohamed Bouazizi en Tunisie en décembre dernier.

Nous nous rendons compte aussi de la chance que nous avons de vivre en Europe avec notre système de sécurité sociale, même s’il est imparfait.

Ici, il y a aussi trop de fonctionnaires : ainsi par exemple, au port, il y a 3 douaniers alors qu’un seul suffirait. A l’office du tourisme,  4 employés tentent vainement de tromper leur ennui. Cependant, nous avons eu le sentiment de les déranger lorsque nous avons franchi la porte. L’accueil, plutôt «  froid «  associé à une mauvaise réputation relatée jusque dans notre guide, montre qu’ils ne sont pas prêts à changer les choses : encore beaucoup d’ennuis en perspective. C’est d’ailleurs une constante dans les administrations et autres services publics : on a franchement l’impression qu’ils s’em…et qu’on les em…Pourtant ils profitent de leur « pouvoir »  et la corruption semble être une règle établie.

Les Marocains en parlent ouvertement et souhaitent changer cet état de fait, demain, 25 novembre, ce sont les élections et nous sentons une grande attente  de la part de la jeunesse : attente d’une lutte contre le manque de travail et contre la corruption. C’est un des enjeux de ces élections. Voici deux petits exemples illustrant ces problèmes. D’abord la corruption : à la marina, nous avons sympathisé avec Naïma, la secrétaire. Nous la voyons soucieuse et apparemment pas très bien. Elle nous confie alors qu’elle a très souvent mal la tête depuis qu’un groupe électrogène a été installé pour le café voisin. Pourquoi avoir recours à ce mode de fourniture d’énergie ? Simplement le patron ne paie pas ses factures d’électricité, on la lui a donc coupée et lui a trouvé le subterfuge du groupe électrogène pour se fournir en énergie. Mais cela est très bruyant et dérangeant pour l’entourage. Elle a bien essayé de déposer plainte à la police du port, mais eux ne font rien car comme elle nous a dit : ils reçoivent le petit déj, le café et le jus d’orange tous les jours, alors ils ne vont pas mettre en péril cet avantage quotidien en nature pour une secrétaire chez qui le bruit du moteur provoque un  mal de tête. Devant notre étonnement elle nous a dit simplement : « mais tu sais, ici, on est au Maroc ».

Autre exemple illustrant la difficulté de trouver du travail même pour les diplômés : un jeune serveur d’un resto avec qui nous avons sympathisé nous a confié vouloir changer de job et partir travailler comme manœuvre maçon parce que là il est assuré de recevoir un salaire. En tant que serveur, il est payé selon le nombre de couverts faits et non de manière fixe. S’il n’y a personne, pas de salaire donc. Or, il est présent de l’heure d’ouverture du restaurant jusqu’à la fermeture et cela sans être assuré de gagner quoi que ce soit. N’oublions pas le « rabatteur » dans la rue qui vous vante son resto. Le salaire d’un manœuvre maçon est de 100 dirhams/jour càd +ou- 9€, et il trouvait cela correct pour travailler de 8h à 17h en recevant du pain et un yaourt comme 1er repas  et puis du pain et un œuf dur comme repas principal.  Evidemment, travail au jour le jour et non par contrat.

Dès que le soir tombe, une multitude de petits commerces « clandestins » apparaissent : vente de paquets de mouchoirs en papier au détail, enfants vendant des « babioles », ainsi, une petite fille de 5 ou 6 ans vendait quelques roses hier soir…Apparemment elle était seule…

Lorsque nous allons déguster une glace, nous fréquentons très souvent le même établissement et au fil des jours nous nouons des contacts. Cela commence toujours par « Français ? En vacances ? ». Nous précisons bien que français non, en vacances oui et nous bavardons un peu avec le serveur. De fil en aiguille, nous lui demandons où il va en vacances si il le peut. Et bien, non, les Marocains n’ont pas le droit de sortir de leur pays pour aller en vacances sinon pour les pays arabes (Emirats Arabes nous a-t-il dit), l’Europe leur est ouverte si c’est avec un permis de travail, pas de permis touristique. Alors évidemment de l’Europe, ils en rêvent, d’ailleurs leurs yeux pétillent…Ces échanges nous font mesurer de plus en plus la chance que nous avons de vivre dans une démocratie et dans la liberté, même si c’est un système imparfait.  Papotant avec lui, il nous confie lui aussi que le Maroc a un grave problème avec le manque de travail. En fait il y a peu de travail régulier avec contrat et sécurité mais il existe une multitude d’emplois journaliers et il y a un grand sens de la débrouille pour le boulot.DSC02188

Nous nous sommes déjà rendu compte aussi de la multitude d’intermédiaires dans tous les domaines : ex : au niveau de la pêche : il y a évidemment les pêcheurs. Arrivés au port des camions frigorifiques les attendent sur les quais et là, le patron négocie le prix des caisses de sardines par ex qui vont du bateau au camion ; des transporteurs viennent en mobylette chercher des caisses de sardines qu’ils s’empressent de livrer aux restos, des livreurs à pied font plusieurs fois l’A/R avec leur triporteur quasi au pas de course, sans doute payés à la caisse livrée , à même le sol d’autres hommes étêtent et éviscèrent des sardines que des petits marchands cuisent sur des braseros et vendent aussitôt…  Cette multitude de petits boulots permet à chacun de vivre… Volontairement nous n’avons fait de photos « misérabilistes »mais de la misère, il y en a. A elle seule, la vision des bateaux de pêche dépasse l’entendement, ce ne sont pas des photos d’un cimetière de bateaux que nous vous avons envoyé mais bien celles de bateaux sortant régulièrement.

Un problème que nous plaisanciers rencontrons, c’est la pose de filets dérivants au large des côtes par certains pêcheurs. Ceux-ci sont quasi invisibles lorsqu’on navigue même de jour et une fois que le voilier « entre dedans » celui-ci s’entortille autour de l’arbre d’hélice et endommage voire empêche le fonctionnement du moteur. Il faut alors se mettre à l’eau et le découper autour de l’arbre mais ce n’est pas toujours possible (houle, nuit…) Il y en a même à l’entrée du port de plaisance. Cette semaine, ici, nous étions le seul voilier à ne pas en avoir pris un. Ainsi, un bateau copain, parti la semaine dernière vers les Canaries, s’en est pris un à 80 Milles des côtes, il y avait de la houle, c’était la nuit et donc ils ont dû attendre le jour. Florence, qui est pourtant plongeuse professionnelle, n’a pu que constater les dégâts au matin. Résultat, leur voilier doit être sorti de l’eau pour réparer, ce qui entamera bien leur caisse de bord. Autre considération, ces filets sont totalement « aveugles », n’importe quoi s’y laisse piéger, y compris évidemment les dauphins, qui privés d’air, meurent noyés ! Ces pratiques interdites seraient d’après ce qu’on raconte, financées par les Espagnols, qui payeraient des pêcheurs Marocains pour faire ce sale boulot. Si c’est vrai, honte à eux !

Nous ne vous parlerons pas de l’hygiène car si le poisson est frais, il est lavé avec l’eau du port sur laquelle flotte du mazout…

Ici au port,  nous sommes en cage dorée car il n’est pas question d’en sortir pour aller mouiller à l’extérieur par ex…et lorsque nous déciderons de quitter le Maroc, nos passeports nous seront repris pour y apposer le tampon de sortie et une fois qu’ils nous seront rendus avec la lettre de pavillon (= sorte de carte d’identité du bateau) de Manéa que les autorités portuaires détiennent depuis notre arrivée, nous ne pourrons plus quitter le port et nous devrons « déguerpir » dans l’heure suivante.

Ce samedi 26 novembre, nouveau grand départ !!!

Nous rêvons de découvrir l’Anti-Atlas et le grand sud marocain avec son désert. Nous avons réfléchi à différentes formules : location de voiture, logements par nos soins….ou opter pour un circuit organisé. Finalement nous choisirons cette formule car elle nous offre beaucoup d’avantages : d’abord tous deux, nous profiterons pleinement des paysages puisque nous serons conduits, ensuite nous irons là où nous n’oserions pas nous aventurer seuls (le désert par ex), tout sera organisé et pris en charge (logements, repas, visites…) et donc nous pourrons profiter au maximum de notre trip  et enfin la formule choisie nous permettra de faire des rencontres  puisqu’il est prévu que nous logions chez l’habitant.

Depuis plus de 10 ans, le capitaine rêve de voir le désert et puisqu’il va fêter sa nouvelle dizaine et son statut officiel de pensionné, ce sera l’occasion de concrétiser l’un de ses rêves.DSC02246

Décrire ce que nous avons vécu durant ces six jours nous sera difficile tant cela a été riche : richesse d’abord des paysages montagneux, variés, d’une beauté  à couper le souffle, sensation d’immensité, puis découverte d’une vie rurale dure et parfois semblant archaïque (ainsi pas de tracteur mais uniquement des ânes et des araires en bois pour labourer le sol), femmes portant des charges énormes, déplacements à pieds ou en vélo sur de longues distances dès le plus jeune âge, solidarité de tous pour le travail dans les champs et oasis : enfants, femmes….et pourtant visages rieurs. Descendants d’esclaves noirs, berbères, arabes peuplent encore les villages et oasis de la vallée du Drâa et y vivent en harmonie. Enfin et surtout richesse des contacts noués lors de nos rencontres : gentillesse, bonne humeur, humour, attentions, prudence…de notre chauffeur Moubarak avec qui nous avons vécu durant ces six beaux jours et qui nous a fait partager son amour de ce superbe pays. Régulièrement il nous apprenait l’un ou l’autre mot berbère, langue essentiellement parlée dans le sud.

Richesse aussi de nos rencontres dans les coopératives visitées. Ainsi à Tamegroute, à la coopérative de poterie, un enfant voulait nous vendre un dromadaire en terre cuite pour un dirham.  Le potier qui nous accompagnait nous a recommandé de ne pas lui donner d’argent  car d’abord les enfants étaient nombreux et ne pas donner à tous risquait de créer des jalousies et puis leur donner de l’argent c’est aussi les inciter à ne plus aller à l’école et l’école, c’est la chance de s’en sortir. En tant qu’anciens profs, nous avons été touchés par son message, d’autant qu’ils essaient de valoriser le travail de tous dans le village en ayant créé un magasin communautaire et non de se concurrencer par un commerce individuel, le bénéfice des ventes étant partagé équitablement entre les différentes familles de potiers et le surplus consacré à l’éducation des enfants. Et tout naturellement nos échanges se sont poursuivis à l’ombre d’un mimosa en savourant le verre de thé au thym offert si gentiment.DSC02323

La journée de dimanche nous a encore offert un autre cadeau. A notre arrivée à Ouled Driss, point de départ de notre première méharée, Moubarak est soucieux car au bivouac où nous devons passer notre 1ère nuit dans le désert, un groupe est attendu et il craint que nous soyons dérangés par leur présence. Nous le rassurons et enfourchons nos montures. Quelle aventure ! Habitant près du parcours de Paris-Roubaix, je croyais que l’épreuve suprême consistait à effectuer un km à vélo sur les pavés de l’enfer du Nord. Que nenni ! C’est faire une heure de dromadaire ! Jamais rien vu d’aussi inconfortable. Nous n’avons qu’une hâte : arriver et descendre de ces engins infernaux ! L’objectif étant de «  voir le coucher du soleil sur le désert », nous arrivons évidemment dans l’obscurité et impossible de voir où nous allons. Chacun sait que quand on ne sait  pas où on va, ça parait long ! DSC02369

Après une heure et demie de torture, nous parvenons enfin au bivouac. Nous y sommes les premiers et nous y serons bientôt rejoints par un groupe de 48 étudiants vétérinaire de 5ème et 6ème année de l’université de Rabat. Ils sont curieux et les conversations s’enchaînent. Cette soirée avec eux, nous l’avons vécue comme un magnifique cadeau : discussion sur leur avenir, questions –réponses à propos de l’Europe et de ses mirages, jeunes remplis d’idéal et de rêves pour améliorer la vie de leur pays, enthousiasme et espérance après les élections de ce 25 novembre qui a vu vainqueur le parti de la lampe et de la justice, attentions de leur part pour que nous ne nous sentions pas « mis de côté » ( une blague est racontée en arabe, immédiatement ils nous la traduisent) , fierté du président du cercle qui voulait absolument faire découvrir sa région à ses condisciples du Nord et qui envisage de s’installer dans celle-ci même si les sirènes de la facilité et du gain facile tenteront de l’attirer en France où il a déjà effectué des stages, conscience des problèmes fondamentaux du pays : hygiène, éducation, ignorance de la campagne à la ville : ainsi il est interpellé par le fait que l’étude du dromadaire qui est un animal important pour l’économie du sud du pays ne soit pas abordée durant les études vétérinaires. Or, il est conscient de l’impact économique de celui-ci…

Nous découvrons aussi qu’ici au Maroc, toutes les études supérieures sont effectuées en français et non pas en arabe ou berbère ce qui n’est pas facile pour eux mais quel atout économique ! De même le métier de vétérinaire n’en est qu’à ses débuts : le pays qui est immense n’en compte que 520, c’est donc un métier d’avenir mais avant cela il va falloir apprivoiser la population…Notre soirée s’est donc déroulée dans la joie entre discussions, musique et danses autour du feu et puis cuisson du pain de sable( galette de pain déposée directement sur le sable chaud, recouverte d’un couvercle métallique et entourée des braises du feu pour sa cuisson ) et puis partage et dégustation de ce délicieux pain. Vers minuit, nous regagnons notre tente et nous nous endormirons bercés par les chants et danses. Une des forces de la jeunesse est sa résistance et c’est vers 6h30 que nous serons réveillés car il ne s’agit pas de rater un des moments magiques du désert : le lever du soleil…Moment de communion et d’émotion et puis, après avoir échangé nos adresses mail, dans la joie, la caravane de nos amis d’un soir s’ébranle vers le retour à la civilisation.

Peu après, ce sera notre tour, guidés par Ali notre chamelier silencieux mais très attentif à notre confort. Nous devions sans doute être un peu tendus hier car ce retour vers Ouled Driss se passera beaucoup mieux que l’aller, ou est-ce déjà l’habitude ?

Durant notre 3ème jour nous gagnerons une autre région du désert : les dunes de Chegaga. Silence, beauté, immensité…Nous sommes seuls au bivouac et c’est sous un ciel étoilé comme nulle part ailleurs que nous nous endormons.DSC02400

Au petit matin, seulement 3° dans notre tente mais dès le lever du soleil, nous sentons monter la température. Le capitaine est heureux de débuter la journée de son anniversaire dans ce décor du « Crabe aux pinces d’Or ».DSC02404 Après un petit déjeuner berbère, nous quittons notre bivouac direction Foum-Zguid. La piste nous donne des petites sensations de Dakar, nous traversons le « désert noir »(désert de roches), apercevons des mirages et ne rencontrons que quelques troupeaux de moutons et chèvres et des nomades. Nos yeux ne savent où aller pour capter toutes ces beautés.

Après un délicieux repas de brochettes et frites, nous reprenons la route, direction Tata. A nouveau des paysages différents mais tout aussi sublimes. Arrivés à Tata, une autre surprise nous attend car ce soir nous logeons chez l’habitant. C’est une maison en blocs et non en briques de terre crue comme très souvent. Nous débarquons fatigués, saluons nos hôtes qui nous installent dans une pièce qui est sans doute la pièce de réception de la maison. Une pièce nue, recouverte de tapis au sol et de coussins. Ce qui nous frappe dès l’abord, c’est l’absence de meubles. Dans la cour gambadent des biquettes. Nous nous asseyons et avons droit aux différents rites de bienvenue : l’eau chaude pour nous laver les mains, le parfum sur nos vêtements, l’encens dans le petit bruleur au charbon de bois : de quoi éloigner le mauvais œil et nous souhaiter la « baraka ». Après ces différents rites, c’est la cérémonie du thé et puis nous partons visiter la coopérative de dattes qui a pour but de fournir du travail  et de mieux rétribuer chacun.

A notre retour, nous rencontrons d’autres personnes, nous nous perdons un peu dans la composition de la famille et dans les différents liens de parenté entre toutes les personnes qui nous sont présentées,  les différentes générations vivant ensemble et de plus parfois il y a eu des remariages. Apparemment notre arrivée a été signalée et c’est l’événement du jour. Même l’iman viendra nous saluer. Nous bavardons, échangeons sur les élections et retrouvons les mêmes attentes que celles évoquées ci-dessus : lutte contre la corruption, développement de l’alphabétisation, du travail…  et aussi sur l’Europe. DSC02491                                                 

 Ensuite une table basse est amenée et c’est le moment du repas : un délicieux couscous maison que nous mangeons avec les doigts à même le plat. Devant notre incompétence, nous aurons droit aux cuillers…La soirée est riche en échange avec chacun, les hommes sont présents et les femmes font de brèves apparitions excepté Aïcha, une des filles de la maison, qui mangera avec nous.

Durant tout ce temps, nous nous demandons « mais où allons-nous dormir ? ». Le repas terminé la table basse est emportée et des couvertures nous sont apportées. Voici donc la réponse à notre question : nous allons dormir là, sur les tapis. Heureusement, nous avions pris nos sacs de couchage. Séance de rires quand nos hôtes découvrent cet objet inconnu. Le capitaine n’a pas eu de gâteau mais tout au long du jour, il a reçu des tas de surprises et il n’est pas prêt d’oublier cette journée d’anniversaire hors du commun. Fatigués, nous nous endormons à la berbère c’est-à-dire à même le sol et ce seront les biquettes qui le lendemain feront le réveil matin.DSC02499

Après avoir « refait notre lit », retour de la table basse et petit déjeuner berbère : d’abord une soupe à base de riz et céréales accompagnée de dattes( ça tient au corps) et puis galette chaude de pain avec thé ou café au lait infusé de thym, confiture ou fromage.

Après ce copieux petit déjeuner un de nos hôtes nous invite à venir visiter la petite école maternelle fréquentée par Zora (une des enfants de la maison). Nous y sommes accueillis comme des personnalités et au signal de leur institutrice tous les petits bouts entament une chanson. Certains sont émus et pleurent mais la petite Zora très fière vient nous faire un bisou. Françoise se prendrait presque pour la princesse Mathilde lors d’une de ses visites.  Cet accueil chaleureux nous a aussi touchés.

Cette nuit chez l’habitant nous a marqués : nos hôtes, qui n’ont pas grand-chose, se préoccupant sans cesse de notre bien-être, leur hospitalité ne peut être qualifiée que de généreuse et chaleureuse et quelle fierté parfois un peu naïve en nous faisant découvrir leurs projets : école maternelle, coopérative de dattes…

Nous les quittons et reprenons la route : direction Tafraoute. Une fois encore nous découvrirons des paysages splendides et nous ferons le plein de beau. Pour notre dernière nuit, nous dormirons à l’hôtel.

Notre voyage touche presque à sa fin et il y a un peu de nostalgie dans la voiture.

Nous avons eu du mal d’ »amerrir », tant nous revenons riches : riches de toutes les beautés de la nature mais surtout riches de toutes les rencontres faites dans la simplicité, l’authenticité, la vérité, la générosité. Riches de questions aussi : la place de la femme dans cette société patriarcale par exemple. Nous avons ainsi le sentiment d’un peu mieux sentir l’âme du Maroc, de sentir un peu mieux battre son cœur et les attentes de ses jeunes.

Nous sommes plus conscients encore de la grande chance que nous avons de vivre en Belgique, pays de liberté  où même si le système est imparfait ou que certains  même en profitent de façon éhontée,  la sécurité sociale est une réelle protection.

Moubarak, notre chauffeur découvre avec étonnement Manéa. Il n’avait jamais vu de voilier et nous questionne. Sur ses conseils nous repartirons 2 jours en bus à Essaouira, petite ville côtière à 175kms d’Agadir.

« Blottie derrière ses remparts à la Vauban, sur une presqu’île souvent balayée par les alizés, Essaouira a tout pour séduire : une médina au tracé rectiligne et aux vénérables façades blanches égayées de bleu et baignées par une incomparable lumière océanique, un port animé, un air vivifiant et des mouettes en pagaille. » ( Géoguide, Maroc, p.395) .

L’album photos à lui seul vous racontera sa séduction.

Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et après plus d’un mois de séjour dans ce beau pays au peuple attachant, nous larguons les amarres mettant le cap sur les Canaries. Nous repartons heureux et enrichis.

C’est à Daniel Drion, auteur de « Latitudes Vagabondes », que nous emprunterons notre conclusion : » Une fois de plus, il nous a ainsi été prouvé que la réussite d’une escale dépend plus des contacts humains que de l’environnement : le vrai voyage est autant la découverte des hommes que celle des pays »( p.28)

Comme on dit au Maroc « Inch’Allah »….

 

Sud Maroc.

 

Agadir/Essaouira

 

 

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Published by manéa - dans 2011
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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 17:30

IMPRESSIONS MAROCAINES OU LE JOURNAL D’ALI-BABA ET DE SA GAZELLE

Arrivés sur la terre d’Afrique, c’est sûr, nous sommes dans un autre monde.

Comme port d’entrée et d’attache au Maroc, nous avons choisi Agadir, qui signifie « grenier fortifié » Pour y entrer, nous avons hissé le pavillon jaune demandant la visite des douanes. Le » marinero » (comment dit-on en arabe ?) qui nous accueille et nous aide à nous amarrer nous précise bien que nous ne pouvons pas bouger du bateau en attendant la visite de la police et des douanes. Nous avons de la chance, ils ne se font pas attendre : d’abord le policier en uniforme impeccable et puis le douanier dans une tenue un peu plus relax (durant notre séjour, nous observerons qu’ils aiment porter l’uniforme : multiples gardiens de sécurité par ex). Vérification des documents du bord, prise des passeports pour y apposer le tampon d’entrée et puis bien sûr, le questionnaire sur ce que nous avons à bord : alcool, cigarettes. ..Nous les savons pointilleux et avant qu’ils ne procèdent à la fouille méthodique comme cela s’est pratiqué sur des bateaux copains à leur arrivée,  nous déclarons donc et montrons nos deux fardes achetées à Gibraltar.  C’est le maximum autorisé à l’importation.  Le douanier est très intéressé par nos Malboro et nous en demande un paquet : cadeau !  Il en prendra deux dans la farde : un pour lui et un pour le policier à qui il le donne. Il est à noter que le policier n’a rien demandé lui mais a accepté sans sourciller. Nous sommes donc entrés au royaume du « bakchich »

Ici, le temps n’a pas du tout le même sens que chez nous en Europe : voulant prendre le bus, nous repérons les abris-bus, et à notre grande surprise, aucun horaire ni n° de lignes sur ceux-ci. Nous avons déjà observé qu’une foule nombreuse est massée auprès de ceux-ci et lorsque nous demandons les horaires, les marocains nous regardent étonnés : il n’y a pas d’horaire, le bus passe quand il passe et tu l’attends. De même pas de n° de lignes. Nous savons où nous voulons aller mais évidemment ne connaissons pas le n° du bus qui peut nous y conduire puisqu’il n’y a aucune info, alors nous aussi nous attendons et quand le 1er bus s’arrête, nous lui demandons le n° du bus à prendre pour arriver à notre destination. Très gentiment, le renseignement nous est donné et le bus 4, celui qui doit nous conduire à la gare routière arrive enfin. Ici, systématiquement tous les bus s’arrêtent à chaque arrêt ne sachant pas s’ils auront ou non des clients. Le chauffeur, nous promet de nous indiquer notre arrêt. Pourtant le trajet dure et nous remarquons que nous sortons peu à peu de la ville et entrons dans sa banlieue pour ne pas dire la zone : ici plus d’arrêts de bus signalés, difficile de comprendre pourquoi le chauffeur s’arrête là ou là, sans doute l’habitude, des terrains vagues, des bâtiments en construction dont certains ressemblent plus à des entrepôts ou des remises mal construites en blocs de béton brut plutôt qu’à des maisons…Bref, nous ouvrons de grands yeux. Nous arriverons à ce qui semble être le terminus  (un semblant de rond-point autour d’un terrain vague) seuls dans le bus.

Nous découvrant, le chauffeur éclate de rire car il croyait que nous étions descendus (en fait nous n’étions plus dans son angle de vision) mais nous promet de nous avoir « à l’œil » et cette fois de nous indiquer où descendre. Nous papotons avec lui en attendant qu’il redémarre. A telle heure ? Non, quand il le décidera… Il nous explique qu’il est né après le tremblement de terre de 1960 où il a perdu 3 frères et 3 sœurs, qu’auparavant il était pêcheur mais a eu un accident et s’est reconverti en chauffeur de bus, que la ville d’Agadir s’agrandit de manière exponentielle ce qui pose problème. Il est content de nous parler de son pays et de la mer. Puis, il repart. Sensation que nous n’avons pas la même notion du temps : comme nous l’a dit un marocain : « vous avez l’heure, nous, nous avons le temps ».

Dans le bus, nous sommes les seuls européens et les enfants observent,  nous sommes les étrangers et je comprends, via le regard de fillettes, qu’elles sont surprises : j’ai les cheveux courts et je n’ai pas de bijoux. Ici, dès leur plus jeune âge, toutes les filles en ont. Alors une femme sans bijoux cela leur pose question…Suis-je une pauvre ?

Pour eux aussi nous sommes des riches et ils ont du mal de comprendre que nous prenions le bus plutôt que le taxi. Un trajet de plusieurs kms coûte 4 dh/personne (=+ ou- 35cts) et le même en taxi 20 dh (1,8€) pour 2 ou 3 maximum…Pourtant, c’est une des manières de sentir la vie d’un pays, se mêler à sa population.

La vie ici, proportionnellement pour nous, ne coûte rien : ainsi par exemple, une baguette coûte 13,5 cts, une délicieuse assiette de friture de poissons, calamars et crevettes avec pain et petite salade marocaine 34dh càd 3€, un grand verre de jus d’orange frais pressé : 4Dh.

Un des aspects de leur comportement nous agace : ils sont parfois très collants et attendent pour certains, quasi systématiquement la pièce. Il est difficile pour nous de les « rembarrer », nous avons du mal d’être fermes, mais après quelques jours, nous commençons à nous y faire. Selon eux, ce qui les guide, c’est « le plaisir de la gentillesse » mais leur gentillesse n’est hélas pas toujours désintéressée. Nous en avons quand même rencontrés quelques-uns et le leur avons dit. Lors de notre visite à Marrakech, finalement  nous nous adressions aux femmes car elles n’attendent rien en retour. Il est aussi fatigant d’être sollicité sans cesse dès que l’on regarde quelque chose ; c’est ce qu’ils appellent « plaisir des yeux ». Alors maintenant dès qu’ils nous interpellent, nous disons « plaisir des yeux » et ils comprennent.

Nous avons aussi du mal avec le marchandage quasi systématique. Ainsi le taxi commence à 60dh et après marchandage en arrive à 20 mais si on ne dit rien…

Dès que l’on quitte les centres villes pour leur périphérie, nous sommes frappés par la pollution des sacs plastiques qui s’accrochent à tout et sont autant d’ »ornements ». Il y en a partout !!!La gestion des déchets est elle aussi, un problème.

Le Maroc est un pays qui nous a toujours attiré et nous avons envie de le découvrir côté citadin et côté rural.

Pour le côté citadin, nous choisissons Marrakech, ville d’1.100.000 habitants, (3ème ville du pays) située à 260 kms au NE d’Agadir qui est notre port d’attache. Et pourquoi partir alors que nous sommes dans une ville ? Agadir a été détruit par un terrible tremblement de terre en 1960 et il ne reste quasi rien de son passé : juste sa citadelle ou kasbah DSC02112                                                                    

Le lundi 14 novembre, sacs et valise bouclés, nous embarquons donc à la gare routière. Trois heures de bus nous attendent.  Nous empruntons route et puis autoroute et nous constatons que dès que l’on quitte les villes , il y a très peu de circulation . Alors que dans les villes, le parc automobile semble important, cela est donc loin d’être la réalité.                                                                                                  

Nous sommes également frappés par l’importance de la  présence policière et militaire : nombreux contrôles avec barrages, postes de gendarmerie « royale » à l’entrée et sortie de l’autoroute. Sentiment d’être dans un état très contrôlé : ainsi à l’hôtel fiche d’identité avec indication de notre provenance, du lieu de notre retour, de la durée de notre séjour…Présence policière et militaire importante également en ville.

Cette traversée de 270kms nous fait découvrir des régions superbes : on traverse en effet une partie ( la plus basse) de l’Atlas.

Omniprésence de la royauté : dans chaque magasin, échoppe, café, lieu public petit ou grand, figure un ou des portraits de Mohammed VI  et ou du même et de sa famille, sur chacun des billets ou des pièces quasi une seule figure : M6, gendarmerie dite « royale », palais dans de nombreuses villes…Ainsi à Agadir comme à Marrakech, il n’habite pas le palais de son père Hassan II, le souverain précédent, mais il y a simplement fait construire un autre palais…Il faut savoir que le Maroc est encore une monarchie constitutionnelle de droit divin. «  Mohammed VI descend d’Ali, le gendre du Prophète . Le royaume qui a fait de l’islam la religion d’Etat a pour devise : « Dieu, la Patrie et le Roi ». Le monarque est à la fois le chef suprême de la nation et son guide spirituel en qualité de Commandeur des croyants. De fait, il exerce, avec ses conseillers, un pouvoir temporel quasi absolu. C’est lui qui nomme et révoque le 1er ministre et les membres de son cabinet et peut dissoudre les assemblées. Il conserve la haute main sur quatre ministères clés : Défense, Affaires intérieures, Affaires étrangères et Affaires religieuses. » (extrait du Géoguide, Maroc)

 

Après un séjour de 4 jours à Marrakech, voici en partage nos sensations et impressions contrastées : nous sommes heureux d’avoir découvert une ville au passé historique et culturel très riche, bien conservé (beauté) et en même temps déçus, agacés des emprunts à la modernité qui sont déplorables : pollution du bruit et des odeurs des milliers de mobylettes se faufilant jusque dans la moindre ruelle de la Médina . Parfois, même, un voile bleuté flotte sur la ville. Poules, chats et chiens se nourrissent dans les poubelles, odeurs nauséabondes donc et quelques mètres plus loin parfums délicats dans les jardins. Beauté des objets fabriqués et des lieux visités.DSC02115

Tradition et modernité se côtoient aussi par exemple dans les moyens de transport tous plus inventifs les uns que les autres : charrettes tirées par des ânes, carrioles tirées par des hommes, vélos, mobylettes , transportant des marchandises plus importantes qu’eux, bus bondés, taxis »pourris », voitures de luxe…Bref, une ville grouillante de vie où il faut sans cesse être attentifs si on ne veut pas être renversé, écrasé…DSC02096

La place Jemaa-el-Fna, place centrale de la Médina (=vieille ville) où jadis, les sultans exposaient pour l’exemple les têtes des suppliciés, est un lieu qui offre à chaque instant de la journée un spectacle différent : charmeurs de serpents , montreurs de singes, acrobates, musiciens, vendeurs de fruits secs, de jus de fruits frais ….et le soir d’innombrables gargotes se montent avec rapidité : dans une atmosphère enfumée par les grillades touristes et Marrakchis s’installent autour de longues tables et mangent (pour avoir testé, pas terrible et très cher par rapport aux prix pratiqués dans la ville) en se distrayant du bagout des jeunes gargotiers « polyglottes » qui se disputent la clientèle au son des orchestres ambulants…Bref, bain de foule différent mais assuré tout au long de la journée.

Des centaines de marchands ambulants aussi viennent de la campagne pour vendre leur maigre production sur un petit étal au sol ou dans leur carriole.  Vente de quasi tout et n’importe quoi au détail : cigarette, paquet de mouchoirs en papier, œuf, gants de toilette,,…                                                                  

 De multiples petits métiers abondent : du cireur de chausssures au guide touristique en passant par le porteur, le muletier qui se vend à la journée avec son animal… Ici, quand on n’a pas de travail, on n’a rien, et donc rien pour manger. Ce n’est pas comme dans notre société belge où on a droit alors à des allocations de chômage…Ceci explique un peu pourquoi notre pays leur paraît être un eldorado où on est assuré d’avoir au moins à manger tous les jours. Eux, pas.

Vu le nombre d’enfants grouillant dans les rues et essayant de vendre des « babioles », la fréquentation scolaire ne doit pas être au top et le nombre d’illettrés et d’analphabètes doit probablement être important. C’est la campagne électorale (vote le 25 novembre, durée de la campagne : 2 semaines) et sur les espaces publics réservés aux différents partis pour se présenter nous avons observé qu’ils se représentent sous forme de pictogramme : balance, cheval noir cabré, rose,…Discutant avec notre hôtelier du problème scolaire, il nous explique qu’ici effectivement, tous les enfants ne vont pas à l’école car dans les familles pauvres, il faut travailler et puis il faut aussi payer son matériel  et toutes les familles ne peuvent pas le faire. Une des pratiques de l’école qui lui tient à cœur c’est  «  la correction »  c’est-à-dire que si tu ne connais pas ta leçon, le maître te corrige physiquement et selon lui c’est une bonne chose car ainsi on la retient. Il nous confie que c’est grâce à cette correction 2x pour la conjugaison en français et 2x pour la conjugaison en arabe qu’il les connaît bien, idem pour ses tables de multiplication. Il déplore d’ailleurs qu’au collège et au lycée, cette méthode ne soit plus appliquée, que ce soit la liberté d’apprendre ou non qui soit mise en avant car selon lui alors on ne retient rien.  Nous sommes bien loin de nos pédagogies où il faut d’abord partir du vécu de l’élève…

Autre problème pour les enfants : leur dentition. De nombreuses petites échoppes vendent sucreries et bonbons au détail et donc nombreux gamin(e)s aux dents cariées ou déjà perdues. Depuis le début de notre séjour nous sommes aussi frappés par la jeunesse de la population (70% a moins de 30 ans) et du nombre important d’enfants en bas-âge. Notre hôtelier nous dira qu’ici l’espérance de vie, c’est 60 ans.

Ici nous sommes au cœur de la récupération de tout ce que notre société de consommation jette et la leçon est à retenir : multitude d’ateliers de réparations de vélos et de mobylettes qualifiés d’ obsolètes chez nous (MBK et les antiques « Mobylettes ») dans des espaces hyper –réduits (2m sur 2m), de télé et autres appareils électro-ménagers, deuxième vie aussi donnée aux pneus en les transformant en objets utilitaires (seaux par ex) ou décoratifs (cadres). Nombreux petits garages réparant R12, R4…C’est aussi un peuple qui a le sens de la débrouillardise et de l’opportunisme, de l’à-propos : ainsi par ex jeudi soir, il tombe 2 gouttes, et hop voici 2 ,3, puis 4, 5, 6 marchands de parapluie sortis de la lampe d’Aladin.

Religion omniprésente : appels réguliers du muezzin à la prière et où que nous soyons, nous l’entendons. Il y a 300 mosquées. Nous ressentons comme une forme d’intolérance le fait que les non-musulmans ne peuvent pas pénétrer dans les mosquées. Nous sommes pourtant prêts à respecter leurs coutumes comme enlever nos chaussures par exemple( tant pis pour eux !). C’est comme si chez nous on interdisait l’entrée des églises aux non-chrétiens…

Un des moments forts de nos visites a été la découverte des tanneries de la rue Bab-ed-Debbagh  où nous sommes arrivés  un peu par hasard après nous être quasi perdus dans les ruelles labyrinthiques des souks et de la Médina. Nous avons été impressionnés par la « puanteur » qui se dégage de cet endroit, le travail physique des tanneurs qui ont chacun leur spécialité et la « beauté » des objets fabriqués qui en sortent.DSC02022 Le Berbère qui nous a proposé de nous guider tout au long de la visite a tenu parole : c’était par fierté pour le travail accompli, par « gentillesse » et totalement gratuit. Autre moment fort : la  visite d’ un atelier de tissage. Un  vieil homme travaille sur un métier antique : deux pédales pour inverser la trame et une cannette qu’il envoie à la main et récupère de l’autre côté. Un petit coup pour tasser le tout et hop, on recommence. Le vendeur nous présente des produits déjà réalisés : ils sont de toute beauté mais nous préférons la chaleur des coloris de la couverture que le vieil homme est en train de tisser. Soudain, il avance son métier de quelques centimètres et coupe grossièrement la trame. Son travail est terminé. Nous demandons s’il est possible de l’acheter : oui, bien sûr ! Ok, marché conclu. Celle-là ( et sans doute les autres aussi) ne sera pas  «  made in China » !

Peu à peu à force de nous balader d’un coin à l’autre, nous nous sommes de – en – perdus. Selon nous, c’est ainsi que l’on sent le mieux la vie d’une ville.

Un autre chouette moment, a été la visite des jardins Majorelle qui inspirent à la « zénitude », lieu enchanteur où le vert profond des plantes exotiques  (cactus, bambous géants, nénuphars…) se mêle au bleu éclatant des bassins, des jarres et de la villa.DSC02128

Nous avons aussi dégusté de délicieux petits déjeuners marocains (jus d’oranges, crêpes) de succulentes tajines, des glaces pour le capitaine…

Vendredi fin de journée, heureux de nos découvertes, nous avons repris la route vers Agadir et c’est avec bonheur que nous avons retrouvé Manéa et la tranquillité de la marina.

 

 

 Maroc 1.

 

 

 

 

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 10:28


 Le 5 novembre.

 Après avoir réglé la note (douloureuse), les deux marineros, l’un en          zodiac, l’autre sur le catway, nous aident à dégager : la place n’a pas très  grande et dans ce cirque, le vent, faible certes, tourbillonne quand même,  et aurait tôt fait de nous déporter d’un côté ou de l’autre. Départ sans  gloire donc, mais c’est mieux que de se payer une coque ou un balcon.  Tout se passe bien, nous ne touchons rien, et ce sans l’aide de nos anges  gardiens.

 12h30 : dès la sortie du port, nous hissons la grand-voile avec un ris de  précaution et déroulons le génois, le vent étant dévié par la pointe Sao  Lourenzo.

 14h : nous avons dépassé la pointe et le vent n’est pas suffisant pour  garder le ris ; nous larguons et la vitesse s’établit à environ 5,8Nds, vent  entre 8 et 13 Nds, houle de N-E de 2m.DSC02013

 15h : nous longeons (pour un bout de temps, elles sont orientées SE/NW,  pratiquement notre cap…) les Iles Désertas, inhabitées où on ne peut  débarquer que moyennant une autorisation et dans des conditions de  précarité telles que nous préférons éviter. Soudain, des dauphins  arrivent. Ils ne restent pas longtemps mais nous gratifient de sauts  périlleux plusieurs fois. Tu vois Marie, il suffit de demander et ils sont là.  Nous leur avons transmis tes bisous.

 17h : le vent est toujours de NNE avec des variations vers l’est de 10 à  15° et de 5nds en force soit entre 8 et 13Nds de vent apparent, celui-ci  se renforçant quand le vent réel refuse. Pour les non-initiés, le vent  apparent est une composante du vent réel et de la vitesse du bateau. Il  est plus faible que le vent réel quand celui-ci souffle de l’arrière, mais se  renforce au fur et à mesure qu’il passe du travers vers l’avant du bateau,  pour atteindre le maximum de différence au plus près, c’est-à-dire  à  environ 45° de la route du bateau. On dit que le vent refuse quand sa  direction se rapproche du cap que fait le bateau. Nous marchons en ce  moment au 120 et le vent est au mieux au 30 soit NNE mais il a tendance  au passer au 40 et même 45 soit NE dans ses variations, ce qui explique  en partie aussi l’augmentation du vent apparent. La mer reste agitée et  cuisiner dans ces conditions est acrobatique : nous nous contenterons  donc de finir le poulet et le taboulé préparé pour la traversée.

 19h30 : pris un ris, le vent apparent monte à 18nds. La vitesse ne tombe  pas (7,3nds) mais l’allure est plus confortable, le bateau gîte moins, et la  barre est moins dure. La houle de NNE est toujours bien présente et  contraint Trevor ( le pilote…) à travailler beaucoup dans les coups de  gîte. Mais nous avançons bien, la mer n’est pas trop agressive et la nuit se  déroule sans changement majeur, pour une fois : habitués à la  Méditerranée, nous avons remarqué qu’au contraire de ce qui s’y passe, le  vent a tendance à se renforcer en Atlantique la nuit. Vers minuit, nous  apercevons notre premier cargo, route au NW.

 Le 6 novembre : deuxième jour.

 8h : le vent refuse et passe progressivement à l’Est Nord-Est et nous  nous retrouvons au bon plein (environ 60° du vent). L’allure devient moins  confortable, la gîte s’accentue et se déplacer dans le bateau beaucoup  plus difficile. Ce n’est pas hélas le meilleur scénario, ni celui annoncé par  les fichiers météo qui prévoyaient du NNE de 10 à 15Nds. Or, il avoisine  les 18 avec des pointes à 20/22. Si ça continue, on est bon pour le  deuxième ris.

 10h : je prends le deuxième ris et quelques tours de génois pour réduire  les efforts du pilote et rendre la vie à bord un peu moins dure. La vitesse  se stabilise à +ou- 7nds mais la mer se creuse davantage sous l’effet du  vent avec naissance d’une houle secondaire d’ENE (générée par le vent  donc) qui vient se superposer à la principale de NNE, ce qui nous donne  une houle croisée et une mer assez désagréable. A 11h3O, 24 heures  après le départ, nous avons parcouru 157milles ce qui compte tenu des  trois ou quatre premières heures où nous nous sommes trainés à 4nds,  nous fait quand même, une belle moyenne de 6,5 nds.

 13h : le vente refuse encore et la dérive plus le courant général qui nous  déporte vers le sud nous oblige à modifier le cap légèrement vers le  nord : 110° et nous nous retrouvons… au près ! L’allure est très  inconfortable, se tenir dans le cockpit pas simple ( le cap’tain, ça va ; il a  de longues jambes, mais le moussaillon…) je ne vous parle pas du carré où  il faut s’agripper aux mains courantes et à tout ce qui vous tombe sous la  main et les pieds ! Françoise réalise combien les « jolies » fargues qui  entourent la cuisine et la table à cartes sont aussi très …pratiques ! Le  repas de midi sera remplacé par un bout de pain, un peu de charcuterie  et un verre d’eau. Et il y en a qui croient qu’on s’amuse !

 16h : un cargo pourtant pas en route convergente (il passait largement    derrière nous) se déroute pour nous laisser passer : il fait carrément un  360° ! Y en a sans doute qui ont du temps à perdre… Enfin, c’est toujours  mieux que de ne pas se dérouter d’un iota comme c’est assez souvent le  cas. En haute mer, un voilier est en principe prioritaire,  sauf sur un  pêcheur (s’il est en pêche…). Mais il faut pour cela qu’il y ait quelqu’un qui  veille sur le cargo et apparemment ce n’est pas toujours le cas, vu les  nombreux récits de navigateurs contraints de manœuvrer dans l’urgence  alors que la visibilité est bonne, que les feux sont bien visibles… Alors,  nous, on part du principe qu’ils ne nous voient pas et c’est nous qui  bougeons (c’est d’ailleurs plus facile la plupart du temps…) Heureusement  aujourd’hui, l’AIS ( automatic indentification system) nous aide bien : on  repère souvent avant qu’on ne les voie, les cargos, qui sont obligés    d’émettre un signal détecté par un récepteur qui ne coûte plus très cher  (+ou- 200€ …) Ce n’est cependant pas une garantie tout risque car j’ai vu  au moins deux fois, des cargos alors qu’il n’y avait aucun signal : VHF  coupée ou panne du système ? Donc prudence et veille surtout dans les  zones où l’on risque de rencontrer du passage.(les routes « classiques »  sont renseignées sur des cartes spéciales car les cargos n’ont aucune  raison de ne pas emprunter le chemin le plus court : donc tous ceux qui  vont de Gibraltar à New-York par exemple empruntent tous la même  route)

 18h : le vent monte à 22nds, la mer est très agitée à forte, la houle  croisée et les rappels de plus en plus brutaux : je décide de prendre le  troisième ris, de rouler le génois et de dérouler la trinquette. La vitesse  tombe un peu, mais c’est plus confortable. Dans les surventes, elle monte,  malgré le peu de toile, à 7,5nds.

 19h : le vent monte encore d’un cran : 25nds en permanence avec des  pointes à 27. Lassés d’être secoués, nous décidons de prendre la cape (  pour ceux qui ont la mémoire courte voir sa définition dans le récit de la  traversée de Gibraltar  à Porto Santo : arrivée devant Porto Santo) pour  dormir un peu : la nuit dernière, ce ne fut pas fameux, alors zut, un peu  de tranquillité. Instantanément le bateau se stabilise, le roulis cesse et  nous pouvons enfin nous déplacer quasiment normalement. Nous mangeons  enfin chaud et décidons d’aller nous coucher pour récupérer non sans  avoir programmé les tours de veille, rendus beaucoup plus simples par le  fait que le bateau ne bouge quasi pas ( en fait, il dérive sous le vent à  +ou- 1/1,5nds à environ 50/60° du vent, ce qui fait que quand nous  remettrons en route demain, nous aurons reculé de près de 15milles) et  que nous pouvons contrôler la présence de cargos à l’AIS et au radar.  Mais nous sommes en dehors des lignes de cargos et nous ne verrons  personne.

 Le 7 novembre : troisième jour.

 8h : on largue le troisième ris, le vent est tombé à 15nds et a adonné  pendant la nuit : il est NE. Nous repartons frais et dispos, lestés en plus  d’un petit déjeuner pantagruélique.

 9h : on largue le deuxième ris, déroule le génois,  vent mollissant, la mer  s’apaise un peu et l’allure est beaucoup plus confortable : nous sommes  pratiquement vent de travers.

 11h30 : on largue le premier ris, le vent est tombé à 10nds et la vitesse à  4,8nds : les nez s’allongent ! Nous avons quand même parcourus 230milles  en 48h avec un stop de 12h et un recul de 15 milles.

 15h : le vent est remonté à 12nds et la vitesse augmente elle aussi :  5,5nds au largue. La mer se calme de plus en plus et le ciel est  complètement dégagé.

 18h : dans un ciel d’une limpidité exceptionnelle, le soleil descend jusqu’à  n’être plus un point sur l’horizon et soudain, pendant quelques secondes,  nous voyons le rayon vert. Spectacle magique : un rayon vert fluo  pendant cinq à six secondes. Il faut des conditions particulières,  notamment une absence d’humidité sur l’horizon pour que le vert du  spectre solaire soit visible. La plupart du temps, on ne voit que l’orangé et  le rouge au couchant car le reste du spectre (jaune, vert, bleu, indigo et  violet) est dévié vers le haut et donc invisible au niveau de la mer.  (explication empruntée à «  Rayon vert au Cap Horn » de Loïck Fougeron,  édition du Pen Duick, p150).

 20h : le vent est toujours de NNE, force 4 c’est-à-dire environ 12nds et  la vitesse de 7nds. Nous constatons toujours un courant contraire de  0,3nds.

 21h15 : comme à son habitude en Atlantique, le vent forcit en début de  nuit : 20nds mais toujours d’NNE et donc un seul ris suffit, car en plus la  mer n’est pas très agitée. Le centurion étant assez toilé, nous avons  remarqué que près du vent (du près serré jusqu’au petit largue), il vaut  mieux prendre un ris à 15nds, le deuxième à 20nds, la vitesse ne change  pas mais la gîte diminue et le bateau marche mieux. Nous dormirons à  tour de rôle, confortablement car les conditions ne changeront pas la  nuit.

 Le 8 novembre : quatrième jour.

 7h : le vent est toujours pareil ; 12nds de Nord Nord-est. La mer est  restée stable : 12nds de vent, ce n’est pas suffisant pour créer une mer  agitée. Françoise croit apercevoir la terre : nous distinguons en effet  une forme dans le lointain qui semble être un cap (mais c’est peut-être  juste un nuage…). C’est toujours un moment magique que celui où l’on  aperçoit la terre après la traversée…

 9h : aperçu un voilier en route semble-t-il, vers les Canaries : cap au SW.  Le vent mollit, la vitesse aussi, il reste 41 milles pour Agadir.

 9h30 : Nous apercevons de nouveau la terre : c’est le cap Rhir au nord  d’Agadir : cette fois-ci, aucun doute. Le vent se maintient à 12nds mais  adonne : on est maintenant à 110° du vent et la vitesse s’en ressent :  6,3nds.

 10h30 : le vent est tombé à 7nds, la vitesse à moins de 5. Nous ne  voulons pas arriver trop tard, notamment parce que nous n’avons pas de  carte de détail du coin, mais aussi en raison de la présence de nombreux  cassiers et autres filets, parfois dérivants d’ailleurs, signalée par de  nombreux plaisanciers dans les parages. Mister Perkins, voici du travail  pour vous : il reste environ 30 milles.

 16h30 : sans forcer, sans rencontrer de filets ni de casiers (quelques-uns  aux environs immédiats du port, mais bien visibles…) nous nous amarrons  aux catways d’Agadir après avoir parcouru 422,79 milles en 77h, ce qui  ne constitue pas un record de rapidité ni de lenteur. Des plaisanciers  français sont un peu étonnés de notre provenance : Madère, ce n’est pas  habituel comme port de départ pour le Maroc. Ils nous apprennent que  tout est fermé car c’est l’Aïd, la fête du mouton, et c’est sans doute la  raison pour laquelle nous n’avons rencontré aucun pêcheur ni filet  dérivant (tous les bateaux copains rencontrés ici s’en sont pris minimum  un…) en arrivant : z’étaient tous en train de faire la fête ! Celle-ci  durera d’ailleurs pratiquement jusqu’à la fin de la semaine…

 


 

 

 

 

 

 

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  • : Le blog de Manéa.over-blog.com
  • : Préparation et compte-rendu d'une retraite vagabonde autour du monde en voilier.
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Qui sommes-nous?

 

Nous nous appelons Françoise et Michel. Nous sommes belges et pré-retraités de l'enseignement tous les deux.

Nous habitons un petit village de la province de Hainaut, dans les Hauts-Pays pour ceux qui connaissent, tout près de la frontière française.

Après environ 35 ans d'enseignement chacun, nous avons décidé de vivre les quelques prochaines années à découvrir le monde en bateau, manière de vivre assez ascétique et où nous retrouvons les valeurs essentielles.

 

Françoise.

Elle n'avait jamais navigué auparavant. Elle ne nage pas très bien, n'aime pas  être dans l'eau (espérons que cela changera;;;)  mais aime être sur l'eau. Elle est cependant pleine de bonne volonté. 

Avant de me connaître, sa seule expérience du bateau en mer, se résumait à une visite des grottes près de Bonifacio, sur un " promène-couillons "(!) au cours de laquelle, elle fut copieusement malade! C'est vous dire si elle était anxieuse la première fois qu'elle est montée sur Manéa  en juillet 2009.

Mais, miracle, son mal de mer semble n'être qu'un mauvais souvenir.

Elle aime la nature, les voyages, la vie simple, lire, écouter de la musique, réfléchir et discuter sur la condition humaine, (elle était prof de philo!), cuisiner,  ses enfants et son petit-fils. En revanche, -mais elle fait de louables efforts pour s'améliorer- elle n'est pas toujours très ordonnée. Mais, sur le bateau, c'est nettement mieux qu'à terre... Chacun sait que sur un bateau,...Elle aime la solitude et la contemplation mais apprécie aussi d'être entourée par famille et amis.

Elle est affligée d'une difficulté chronique à reconnaître sa droite de sa gauche mais ça n'influe pas (enfin pas trop! ) sur son aptitude à barrer.

Elle apprend vite mais, -est-ce un manque de confiance en soi?-, elle a tendance à paniquer dans l'urgence et de ce fait, certaines manoeuvres n'ont pas toujours la fluidité qu'elles devraient avoir. Mais sans doute, suis-je un peu responsable là, moi aussi : assez pédagogue? ( gênant pour un ancien prof...)

Michel.

J'ai fait mes premières armes sur caravelle et puis vaurien en 1970 sur l'île de Batz en Bretagne. Mais, tout petit déjà, j'ai toujours été attiré par la mer et les bateaux. Pour ceux qui se souviennent, je pense que ce sont " les aventures du Capitaine Troy ", feuilleton télévisé des années soixante, qui m'ont donné le virus. Oui, j'entends encore le doux bruit de sa goélette, naviguant dans les mers du sud...

Cette première expérience fut complétée par quelques autres sur dériveur mais le véritable départ fut en 1977, quand j'effectuai un stage de croisière à Saint-Malo. Deuxième révélation : la vie en croisière me remplit d'aise : vivre, manger, dormir à bord, manoeuvrer,  faire la navigation, c'est tout ce que j'aime. J'ai su à cet instant, que je ne pourrais jamais plus me passer durablement de naviguer.

L'année suivante, location d'un  Flush Poker, toujours à Saint-Malo puis en 79, un embarquement pour la Corse. Expérience mitigée, car le patron est un peu " juste ", notamment dans la manoeuvre de son bateau et dans ses relations avec l'équipage : quelques équipiers débarqueront et nous  nous retrouverons seuls avec lui. Je devrai assumer, bien malgré moi, le rôle de skipper. Tout se passera bien cependant et nous rentrerons à Antibes sains et saufs! Est-ce cette première expérience d'embarquement qui a fait que je n'ai plus eu que des bateaux à moi par après? Peut-être, mais cela ne m'a pas empêché de prendre des équipiers à bord ensuite, et ça s'est toujours bien passé.

Recherche

Mes bateaux.

1986 : un corsaire complètement pourri baptisé " Boaf " et un laser pour rigoler dans les thermiques  du golfe de Valencia (5 à 6  chaque après-midi) 

1988 : kelt 620 " Hiva oa"

1991 : first 30 : Manéa  premier du nom.

1994 : kelt 9m : Manéa toujours. (Vendu en 98, non remplacé alors)

2009 : attalia 32 : Manéa. (vendu en août 2010)

2010 ; centurion 42 : Manéa.

Archives

Manéa

Centurion 42 N° 32 du chantier Wauquier de 1988.

Acheté par un osthéopathe anversois, il semble l'avoir doté de toutes les options possibles et imaginables : trinquette sur enrouleur, génois maxi, génois lourd, chaussette à spi, spi, chauffage, frigoboat, hélice maxprop, pilote automatique, j'en oublie...

Vendu en 2005 à un Français originaire du Doubs, il n'a que peu navigué : le moteur ne totalise que 1472h. Ce dernier n'a malheureusement pas pu réaliser ce pourquoi il l'avait acheté : faire la même chose que nous! Chaque fois que nous le rencontrons, nous mesurons combien sa déception est grande...

Manéa  correspond à nos attentes : bon marcheur ( 108m2 au près), facile à manoeuvrer (accastillage bien dimensionné), peu gîtard, tirant d'eau réduit, et beaucoup d'espace et de rangements. Et en plus, il est beau. Et je vous assure que je ne suis pas le seul à le dire.DSC01504

Nous avons ajouté à son équipement un deuxième pilote, refait l'électronique entièrement, installé l'informatique, un portique, des panneaux solaires, un taud récupérateur d'eau (www.banik.org) et un bimini.


En voici les caractéristiques générales :

Longueur coque ....................12,86m

Longueur flottaison................ 10,12m

Largeur................................   4,06m

Déplacement........................11000Kgs

Lest plomb.............................4320Kgs

Tirant d’eau..............................1,74m

Tirant d’air................................19m

Grand voile................................36m2

Génois léger...............................72m2

Génois lourd...............................62m2

Spinnaker.................................165m2

Batteries service : 6x105Ah

Batterie moteur : 105Ah

Chargeur : 60A Cristec.

Panneaux solaires : 270W.

Gestionnaire de batterie BEPmarine

Eau : 750L

Gasoil : 260L (plus 80l jerrycans)

 DSC01498

       DSC01500           


Mais pourquoi partir?

Par Françoise

 

Depuis toujours l’un et l’autre, nous avons «  la bougeotte » et l’envie de voyager a toujours été présente en chacun de nous, même si parfois elle a été occultée par des tas d’autres « priorités ».

Pour ma part, j’ai toujours su qu’une fois  à la retraite,  je partirais à la découverte  du monde et des autres mais je n’avais jamais imaginé que cela se réaliserait en bateau, moi qui n’aime pas vraiment l’eau (du moins être dedans, sur elle, je me sens en totale confiance et cela est certainement dû à la grande prudence du capitaine !). Quant à Michel, il n’est vraiment lui-même que sur l’eau et il espérait ce retour depuis de nombreuses années.

Partir, mais pourquoi partons-nous ? Quelles sont nos motivations ?

Elles sont multiples :

Partir pour partager et tenter de vivre ensemble un rêve, celui de Michel dans lequel il m’a offert d’entrer si généreusement et qui est devenu celui de notre couple.

Partir en sachant prendre le temps, moi qui ai eu la sensation d’être un robot pendant des années : tout était programmé dans mes journées, aucun temps mort !

Partir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, de l’autre, des autres.

Partir pour voir le monde, en prendre plein les yeux et tenter de vivre au rythme de la nature.

Partir pour rencontrer d’autres cultures, essayer de les comprendre en nous laissant interpeller par elles. 

Partir et essayer de vivre sans tomber dans les pièges de notre société de consommation : savoir retrouver l’essentiel qui est bien plus dans l’être que dans l’avoir et donc tenter de vivre la concrétisation du contenu de mes cours.

Partir parce que nous n’avons qu’une vie….

Partir pour essayer de changer notre vie, notre vision des choses grâce à toutes nos futures rencontres….

Partir en quête de rencontres humaines vraies avec l’envie de retrouver l’authentique.

Partir parce que nous avons envie de faire partie de la tribu de ceux qui vivent leurs rêves plutôt que de celle de ceux qui rêvent leur vie.

Nous avons choisi de partir et choisir c’est renoncer : nous renonçons effectivement à une série de choses qui font souvent le sel de la vie pour beaucoup d’autres : ne pas voir grandir semaine après semaine nos petits-enfants, vivre après coup et à distance des événements importants : une grossesse, une naissance, un projet de mariage, des fêtes de famille : Noël…être présent au quotidien auprès de nos parents qui vieillissent mais bon, si nous ne le faisons pas maintenant alors que nous sommes encore en bonne santé, quand le ferons-nous ? Nous sommes en effet la génération « sandwich » coincée entre nos parents, nos enfants et petits-enfants et puis, pour ma part durant plus de 30 ans, j’ai tout consacré et donné à mes enfants : temps, argent…Il est donc juste maintenant de penser à moi, à nous, même si certain(e)s peuvent trouver cela égoïste. Nous sommes conscients de ces renoncements et ils sont le « côté plus sombre » du défi que nous nous sommes fixé, largement compensés par les nombreuses découvertes et rencontres que nous ferons dans notre vie de bourlingueurs.

Nous vidons la maison pour la mettre en location et cela aussi, ce n'est pas toujours facile : se retrouver face à ses souvenirs,  les trier,  penser que certains auxquels on tient particulièrement, plairont aux enfants et puis  non, ils n’en ont rien à faire. Enfin, l’avantage sera pour eux de n’avoir quasi plus rien à vider lorsque nous serons disparus. … Et puis, nous ne vous embêterons pas en parlant de l’administration de notre pays, des heures passées au téléphone,  sachez simplement que dans tous les domaines elle est à la hauteur de sa réputation et que,si certains fonctionnaires ne sont pas capables de sortir du cadre, nous en avons quand même rencontré quelques sympas…Ouf…

Mais où et par où partir ?

Nous ne sommes pas de grands originaux et donc aux alentours du 20 septembre, après la mise à l’eau de Manéa notre route sera classique : aux saisons les plus propices, nous tenterons de suivre  les alizés (nous sommes un peu frileux et aimons la chaleur) mais pour cela nous devrons d’abord sortir de la Méditerranée  par Gibraltar (donc d’ Hyères cap sur les Baléares et puis Gibraltar) et puis à nous l’Atlantique !!! Première grande escale de notre vie de bourlingueurs : Madère, et puis peut-être la découverte de L’Afrique du Nord par le Maroc mais ce qui est certain c’est que tout cet hiver nous naviguerons dans l’archipel des Canaries et que nous n’aurons sans doute pas trop de temps pour en découvrir les sept îles. Ensuite retour au pays pour quelques mois après avoir mis Manéa au sec….

En septembre 2012 retour vers les Canaries pour retrouver notre complice et descendre la côte africaine pour visiter le Sénégal et surtout la Casamance que l’on dit si belle, si authentique encore…Le Cap Vert ( ?) et puis, LA TRAVERSEE !!! fin 2012, début 2O13…et cap sur le Brésil, pays immense dont nous rêvons depuis si longtemps. Ensuite le Vénézuela avec les îles des San Blas, des Testigos et le Costa Rica pays où l’armée a été supprimée et où la majorité des budgets est consacrée en priorité  à l’éducation, la santé et à la préservation de la nature : le pays tout entier est en effet une immense réserve naturelle…Ce petit pays d’Amérique Centrale  devrait servir d’exemple à bien d’autres pays du monde.

Et puis  petites et grandes Antilles …Tant d’îles aux noms mythiques : Grenadines, Martinique… 

Tout cela est promesse de dépaysement, quelques années se seront écoulées et nous serons toujours dans l’Atlantique. Et ensuite me direz-vous ? Oserons-nous rejoindre le Pacifique pour atteindre les îles aux noms enchanteurs et prometteurs : les Marquises, l’archipel des Tuamotu, la Polynésie…..Mais ne faisons pas trop de pronostics, tous les marins vous diront que cela attire le mauvais œil…